Les
voeux de bodhisattva
Lama Jigmé Rinpoché
Enseignement
donné à Kalingpoung, mars 1999, dans le jardin
du Gyalwa Karmapa Assis
dans le jardin du Gyalwa Karmapa, nous écoutions Jigmé
Rinpoché donner un enseignement permettant de mieux comprendre
celui donné quelques heures plus tôt par le Gyalwa
Karmapa.
Question
: pouvez-vous nous parler du chemin du bodhisattva, des
différentes étapes qu'il parcourt, afin de
mieux comprendre l'activité du Gyalwa Karmapa.
Jigmé
Rinpoché : Nous
allons parler des étapes que nous pouvons comprendre,
c'est-à-dire de celles qui nous sont accessibles. Ainsi,
nous pourrons les mettre en pratique. Le Karmapa a dit l'essentiel,
mais je vais commenter certains détails.
Le Gyalwa Karmapa a parlé de l'importance qu'il y a pour
nous à apaiser notre esprit. Nous parlons en général
de la discipline qu'il nous faut développer.
Cela signifie que nous ne devons pas nous laisser influencer
par les pensées négatives. Par exemple, par la
saisie égoïste, la jalousie et l' orgueil. pour
ne pas se laisser influencer, il nous faut développer
la vigilance.
Etant mieux
conscients du fonctionnement de notre esprit, même
si nous ne pouvons pas arrêter les émotions perturbatrices,
nous pouvons les utiliser. Ainsi que nous l'a enseigné
le Karmapa, il nous faut discipliner notre esprit. C'est-à-dire
ne pas nous laisser désarçonner par les émotions
perturbatrices.
Quand nous parlons de paix ou de discipline, il nous faut en
préciser le sens. Rester assis sous un arbre à
méditer procure bien sûr de la paix, mais il nous
faut arriver à rester paisibles quelles que soient
les circonstances que nous rencontrons. Lorsque nous ne
comprenons pas ce qui nous arrive, nous sommes perturbés
par les émotions qui nous traversent. Par contre, si
nous sommes conscients du fonctionnement de notre esprit, spontanément,
nous ne serons plus dérangés par les émotions
perturbatrices. Alors, nos actes et nos pensées
ne seront plus négatifs.
Afin de mieux comprendre l'activité du Karmapa, il nous
faut développer l'amour et la compassion. Son activité
est celle d'une présence dans le monde, qui prend tout
son sens dans l'aide donnée à tous les êtres.
Pour nous, pratiquer et être dans l'activité signifie
être relié, connecté avec le Karmapa. Bénédictions
et enseignements nourrissent cette connexion; cest
ce qui permet à l'activité de chaque individu
de se déployer afin de mieux aider ceux qui l'entourent.
Si nous ne comprenons pas ce qui suscite les émotions,
nous aurons du mal à agir positivement. Mais si
nous faisons le lien entre notre activité et notre compréhension
des émotions, alors nous pourrons développer amour
et compassion. C'est ce qui nous amène à comprendre
la souffrance de tous les êtres et à développer
un état d'esprit positif envers tous. Sans cela, nous
émettons de nombreux jugements. Lorsque nous comprenons
la souffrance, nous pouvons aider chacun à s'en libérer.
La compassion se déploie à partir de cet amour
et de cette compréhension. C'est au travers de l'amour
et de la compassion que nous pouvons agir de façon juste.
Le Karmapa a expliqué combien il est important d'aider
les autres. Pour cela, il nous faut nous connaître et
établir en nous un esprit paisible, développer
l'amour et la compassion, afin de faire de notre mieux.
C'est pourquoi nous devons travailler avec nos différents
états d'esprit. Nous n'avons pas l'habitude d'agir ainsi,
mais la pratique, ainsi que la réflexion que nous avons
à la suite des enseignements, nous permet de comprendre
de quoi il s'agit. A partir de là, l'activité
du Karmapa est illimitée. Si nous sommes utiles
aux autres, notre propre activité devient sans limite.
Sur le plan individuel, nous pouvons être très
profitables aux autres. Nous faisons du lien tout simplement
parce que nous sommes reliés ensemble. De ce fait, notre
action est plus spontanée et entraîne bien plus
de résultats positifs pour les autres. Bien sûr,
agir seul est possible, mais être relié à
des êtres comme le Karmapa, qui sont des bodhisattvas,
permet à la bénédiction d'opérer,
et ainsi notre esprit est plus clair. Cela signifie que nous
sommes alors à même de travailler avec les émotions
perturbatrices. Ces mots sont neutres, et l'ignorance entraîne
de notre part une incompréhension face aux émotions.
Nos actes sont alors en relation avec cette ignorance.
Etre plus clair signifie se libérer de cette ignorance.
Nos actions seront alors plus justes. Lorsqu'elles ne le sont
pas, nous sommes perturbés et agissons sur un plan mondain.
Ainsi, nous en revenons à ce nous faisons habituellement.
A savoir que lorsque nous aimons quelque chose, nous sommes
à même de le faire, et lorsque nous ne l'aimons
pas, nous sommes dans l'incapacité ou la difficulté
d'agir. Ce sont encore nos jugements de valeur qui décident
de nos actions.
L'ignorance n'est pas quelque chose qu'il faille chercher à
éviter à tout prix, elle se dissipera d'elle-même,
avec le temps.
Ainsi que le Karmapa l'a expliqué, au quotidien, même
les petites choses ont leur importance. En effet, l'esprit développe
de nouvelles habitudes avec le temps. Sans parler des vies passées,
dans cette vie-ci, nous avons déjà des automatismes,
et cela crée des difficultés. Notre esprit a des
idées toutes faites sur ce qui est important ou non.
Or, ce qui nous semble important aujourd'hui ne l'est pas autant
que cela. Pour l'instant, nous ne sommes pas habitués
à agir, à réfléchir ainsi, et il
nous est donc difficile de changer. Les petits événements
du quotidien ajoutés les uns aux autres font les grands
changements. Souvent, nous passons à côté
des petits incidents de notre quotidien, car nous sommes à
la recherche de grandes actions. Mais l'important ne se situe
pas là où nous croyons. Ce sont les petites choses
qui vont nous permettre d'évoluer.
Etre relié à l'activité du Karmapa signifie
aider tous les êtres vivants. Pour cela, il nous faut
pratiquer et agir de façon juste. Avoir l'attitude juste
est essentiel parce que l'activité négative ne
porte pas les fruits justes. Si l'activité est positive,
l'esprit devient plus clair. Pour l'instant, cela n'a pas vraiment
de sens pour nous, mais au fil de la pratique et de l'action,
nous comprendrons ce que cela signifie. Si nous ne sommes pas
habitués à pratiquer, nous pouvons croire
que seule l'activité est importante; en fait, les deux
le sont. L'action entraîne des habitudes et une capacité
à agir, et la pratique nous permet d'être plus
clairs par rapport à nos actions. Il n'est pas nécessaire
de chercher le pourquoi du comment, mais en pratiquant, nous
allons comprendre plus clairement le fonctionnement de notre
esprit.
Pratiquer
est bien plus qu'un acte traditionnel ou religieux, c'est quelque
chose qui va nous permettre de nous comprendre en profondeur.
Le corps est un support qui facilite la méditation. Cela
signifie que rester simplement au niveau de la pensée
et des mots n'est pas suffisant. Dans le Mahamoudra, dans le
gourou yoga, le lama et nous-même sont inséparables.
Nous recevons la bénédiction et nous pratiquons.
Nous aidons les êtres de façons diversifiées,
en fonction de ce que nous sommes. Dans le gourou yoga, on visualise
l'essence de la présence du Karmapa et l'on souhaite
l'essence de la présence des bodhisattvas. Utiliser
le corps comme support facilite ces visualisations.
A la fin
de chaque pratique, il y a des prières et des souhaits.
On en trouve le sens en connectant l'activité avec le
Karmapa. Si on les étudie, on va découvrir peu
à peu le sens que recèlent ces prières.
On pratique ainsi au quotidien, un peu tous les jours; on agit
en faisant des souhaits pour se libérer du samsara et
de la souffrance. Nous souhaitons en libérer tous les
êtres, et c'est en émettant tous ces souhaits que
peu à peu notre activité s'amplifie et touche
de plus en plus d'êtres.