Science de l'esprit  

14ème Kunzig Shamarpa, Tcheukyi LodreuLes voeux de bodhisattva - #1
Kunzig Shamar Rinpoché

Orgueil et fermeté mentale

D'une façon générale, lorsqu'on pratique le dharma et qu'on s'engage dans l'accomplissement d'actes positifs, on rencontre des obstacles, parce que notre nature est encombrée d'émotions. Parmi ces émotions, la principale est l'orgueil, qui conduit au mépris des autres (par un processus de surestimation de soi: je suis le meilleur, le plus fort etc.). La présence de l'orgueil détermine automatiquement celle de la jalousie et de la haine ou colère. Si l'orgueil est la cause, la colère est l'émotion dont l'activité est la plus puissante car elle conduit à la production de toutes sortes d'actes négatifs graves qui provoquent les renaissances inférieures.

On fait souvent une confusion et une assimilation, en Occident, entre orgueil et fermeté mentale; on pense qu'être dépourvu d'orgueil, c'est être faible. L'orgueil est une hypertrophie de la saisie égoïste et, en ce sens, une faiblesse. On peut avoir une grande force de caractère, avoir décidé de parvenir à un but, par exemple l'éveil sans pour autant manifester de l'orgueil.
Il faut donc dissocier l'orgueil, qui est une affirmation de sa propre suprématie sur autrui, qui suppose de l'aveuglement, et la fermeté mentale, qui est une qualité dépourvue de ce qui fait toute la négativité de l'orgueil. De la même manière, on assimile souvent, de façon abusive, humilité et faiblesse de caractère. Ce dont nous avons besoin, c'est du courage de la force de caractère, sans la déviation de l'orgueil.

Transformer les émotions - changer de situation

Cette méditation sur l'amour et la compassion va de pair avec l'obtention de la stabilité mentale. En effet, pour ce qui est de l'orgueil et de la colère, pour le débutant, il est difficile d'abandonner ces émotions instantanément. Jusqu’à l'obtention de cette capacité, il est nécessaire de pratiquer la stabilisation mentale conjointement à la méditation sur l'amour et la compassion. C'est le propre de la méditation de chiné.
Par exemple, si vous examinez le concept de colère, vous devez échanger cette image, cette représentation mentale. Pensez à une personne qui vous est désagréable, que vous considérez comme votre ennemie. Si vous n'avez pas d'ennemi, essayez de penser à une personne qui va faire monter en vous la colère Une fois que vous vous sentirez en colère, n'agissez pas en fonction de cette colère, vous pourriez frapper quelqu'un, mais considérez la colère en tant que type de pensée et voyez à quoi elle ressemble, d'où elle vient, si elle vient de la personne ou de vous-même. Si c'est de l'esprit, d'où apparaît-elle, comment demeure-t-elle, où va-t-elle quand elle disparaît ? Il s'agit de prendre pour objet de méditation et de réflexion la colère elle-même.
De temps à autre, vous échangez les rôles. Une fois que vous êtes vraiment en colère contre quelqu'un, vous prenez alors sa place et vous lui donnez la vôtre. Par exemple, je suis Shamar Rinpoché. Shamar Rinpoché est en colère après vous. Maintenant, vous pratiquez l'échange et vous êtes Shamar Rinpoché. Ou bien je deviens vous-même, l'esprit rempli de pensées, pas très clair. Faites de même pour la jalousie et l'orgueil. Ceci est la phase de chiné. Par l'observation de l'état de forte colère et de l'état paisible de l'esprit, vous en viendrez à l'observation de l'essence de l'esprit, ce qui est la vision supérieure (lhaktong). Si vous pouvez utiliser cette méthode pour toutes les émotions perturbatrices, cela vous sera extrêmement profitable.
S'il y a beaucoup de pensées dans l'esprit et que vous parveniez à les traiter par cette méthode, cela est excellent. Cependant, lorsque les émotions sont si fortes, qu'on ne parvient pas à les contrôler, il est nécessaire de stabiliser l'esprit au moyen de l'attention à la respiration, au va-et-vient du souffle, qui sera alors plus efficace.

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