Une méditation
juste
Dans l'esprit
de beaucoup, cette méditation est souvent identifiée
à des exercices respiratoires. En fait, le point important
ici n'est pas la respiration. Il convient de veiller à
ce que l'esprit demeure posé, conscient du va-et-vient
du souffle, avec constance et sans distraction. L'attention
porte sur la concentration elle-même, sur la stabilité
mentale. Certains pensent que l'essentiel réside dans
l'aspect physique de la pratique, mais ce n'est pas le cas.
L'essentiel, c'est l'accoutumance. Le succès de méditations
telles que chiné et lhaktong ne dépend pas de
la conception de ces états méditatifs mais de
l'accoutumance au processus lui-même. C'est la différence
entre gongpa: concevoir et gornpa : méditer, s'entraîner,
s'habituer.
La conception juste naîtra de la méditation, de
l'accoutumance. Pour cela, la méditation elle-même
doit être établie sur des bases précises.
Afin d'obtenir l'état de bouddha, il est nécessaire
de se détourner radicalement du devenir, c'est-à-dire
de toutes les formes de bonheurs mondains associées aux
différentes sphères. On pourrait, par exemple,
viser un bonheur relatif comme celui des états supérieurs
de l'existence, affranchi de la souffrance des conditions inférieures,
ou viser la paix des shravakas dans laquelle on ne peut agir
pour le bien des êtres. Cependant, la puissance et la
capacité d'action pour les autres ne résident
que dans l'éveil ultime.
Les remèdes
de l'éveil
Le remède
au bonheur du devenir est la réflexion sur l'impermanence
et sur les "quatre idées fondamentales qui détournent
du cycle des existences". Le remède à l'attachement
à la quiétude est la méditation sur l'amour
altruiste et la compassion. Il convient de développer
cet amour et cette compassion jusqu'à ce qu'ils deviennent
une attitude naturelle de l'esprit. L'amour et la compassion
sont les qualités qui vont accompagner toute la progression
spirituelle depuis la naissance de l'esprit de l'éveil
jusqu'à l'obtention de la bouddhéité. Cet
éveil sera alors pourvu des corps, parole, esprit et
qualités du bouddha.
Par la puissance de l'amour et de la compassion, toutes les
conditions contraires, le samsara et ses causes, les émotions
perturbatrices, vont être détruites, anéanties.
Sans l'amour et la compassion, on n'obtient pas l'énergie
suffisante. Quand bien notre esprit demeure prisonnier du samsara,
soumis à l'influence des émotions et du karma,
l'amour et la compassion permettent d'infléchir la direction
de notre devenir.
Cet amour et cette compassion ont un objet: tous les êtres.
Pas seulement les êtres qui nous entourent (les humains).
Tout ce qui possède un esprit est un être. Et là
où il y a être, il y a souffrance. De même
que nous avons un esprit et qu'à travers lui nous expérimentons
la souffrance, de même il en va pour tous les autres.
Ici, il convient de faire la distinction entre vie et esprit.
Toute vie n'est pas , forcément dotée d'un esprit.
Mais là où il y a esprit, conscience, il y a vie.
Il existe toutes sortes d'êtres, certains très
petits comme les insectes. Une erreur courante est de ne prêter
de conscience qu'à des êtres d'une certaine taille.
On assimile souvent la conscience, d'abord à un certain
degré d'intelligence et ensuite, à une certaine
taille. Ainsi, des scientifiques et certains courants philosophiques
dénient une conscience semblable à la nôtre
à des animalcules, à des insectes ou à
de petits animaux marins alors qu'ils en reconnaissent aux poissons
plus gros, comme les dauphins.
En fait,
même les plus infimes insectes cherchent le plaisir et
craignent la souffrance. Si on approche le doigt de petits poissons,
ils vont d'abord se sauver puis, si on les apprivoise, ils reconnaîtront
dans la main qui les nourrit une source de satisfaction et approcheront
quand ils nous verront, tout simplement parce qu'ils cherchent
le bien-être et fuient la souffrance.
Si la taille varie, l'esprit, lui, n'est pas proportionné
à l'apparence physique. L'intensité de la souffrance
ou du bonheur dépend du karma individuel. Le même
esprit peut s'incarner dans le corps d'un être minuscule
au potentiel faible ou dans le corps d'une baleine ou d'un roi
doté d'un pouvoir supérieur à l'animal
par l'esprit, non par la taille. La taille n'intervient pas
dans la puissance de l'esprit.
Les supports
de l'amour et de la compassion
Ce sont
donc tous ces êtres, sans aucune exception, qui doivent
faire l'objet de notre amour et de notre compassion. Considérez
tous les êtres comme vous considérez votre père,
votre mère ou celui ou celle que vous aimez le plus.
Dans les civilisations traditionnelles, en particulier en Orient,
les liens familiaux sont extrêmement forts, le père
et la mère sont les êtres auxquels on tient le
plus, et l'idée qu'il puisse leur être fait du
mal est insupportable. Voilà pourquoi, lorsque nous méditons
sur l'esprit de l'éveil, nous prenons cet exemple, considérant
tous les êtres comme nos parents.
En Occident, il semblerait que ce sentiment ne soit pas unanimement
partagé. Mais c'est sans importance pour la méditation.
Prenez comme support l'amour que vous éprouvez pour l'être
qui vous est le plus cher.
Bien entendu, il est au-delà de nos possibilités
de considérer chaque être individuellement et de
développer pour chacun en particulier de l'amour et de
la compassion. Mais il est possible de considérer l'ensemble
des êtres comme une entité et de méditer
sur le fait que tous ces êtres, quels qu'ils soient, désirent
le bonheur avec la même force que nous. C'est cette force
que vous allez développer en vous mettant à la
place de ces êtres et en désirant, pour eux, ce
même bonheur. Ne faites pas pour autant de ce souhait
une fixation, un attachement, mais concentrez-vous sur ce que
les êtres éprouvent. Vous devez maintenir l'esprit
dans cette aspiration au bonheur de même qu'auparavant,
que vous suscitiez dans l'esprit , des émotions telles
que la colère, l'orgueil, la jalousie afin de pouvoir
en contempler l'essence même.
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