Science de l'esprit  

14ème Kunzig Shamarpa, Tcheukyi LodreuLes voeux de bodhisattva - #3
Kunzig Shamar Rinpoché

Amour et vacuité

Cet amour pour tous les êtres qui, au départ, est une attitude artificielle, fabriquée qu'on n'éprouve pas automatiquement, va se développer progressivement par l'entraînement et tôt ou tard deviendra naturel. Quand nous éprouvons de l'amour pour un être, ou plusieurs, cet amour est partial parce qu'il est sélectif et qu’il procède de l’attachement. Lorsqu’on parle d’amour spirituel , ce n‘est pas l’amour partial, exclusif, c'est celui fondé sur l'essence de l'esprit: la vacuité. D'elle s'élève toute manifestation.
Méditant sur l'amour, son essence est vacuité, non-existence. L'objet considéré par votre méditation sur l'amour (les êtres) est aussi vide du point de vue ultime. Cependant, sa nature relative existe, s'élève, sans être contradictoire à son essence : S'il en était autrement, l'existence d'une réalité ultime intrinsèque se suffirait à elle-même et ne permettrait pas aux phénomènes relatifs d'être manifestés. Si le rêve était réel, il ne pourrait prendre place dans l’espace de l’esprit. Si l’essence du rêve n'était pas semblable à un miroir vide, l'image ne pourrait s'y refléter. Ainsi, l'essence de la confusion des êtres est vacuité. Sans cela, comment pourrait-elle apparaître ? Elle serait exclusivement solide, matérielle. Bien que cette contemplation de la nature ultime de la bodhicitta soit quelque chose qu'il faille réaliser, cela vient dans un deuxième temps. Au départ, il convient de s'entraîner principalement à cultiver l'aspect relatif de cet amour et de cet compassion, pour évoluer ensuite vers la reconnaissance de la vacuité ou bodhicitta ultime. Parallèlement à cette méditation, une compréhension profonde va se développer. Si l'on médite sur l'amour au moyen de la vacuité, cet amour va devenir supérieur. Non seulement cela, mais dans le même temps, en méditant sur la nature de l'amour, nous obtiendrons la pacification stable (chiné) et, simultanément, notre force positive ira croissant. Par le rappel constant de l'esprit de l'éveil, nous pourrons créer un bienfait considérable pour les autres. Par le samadhi de l'amour (absorption complète), nous allons pénétrer le sens ultime authentique. Notre esprit sera lié à la réalité définitive, si bien que notre conscience ne sera plus traversée par d'autres conceptions que l'amour pour tous les êtres. Elle n'en sera plus jamais séparée.
Par la force de notre méditation, notre amour pour les êtres sera semblable à celui '!ide l'oiselle pour ses petits. C'est un processus qui se développera de lui-même, de par sa nature propre, jusqu'à embrasser tous les êtres dans l'état d'éveil. Graduellement, le courant de notre être deviendra capable d'être bénéfique à un plus grand nombre d'êtres. Cela n'a rien à voir avec la télépathie ou une quelconque intention, comme si l'on envoyait des ondes à ceux qui sont plus bas que nous, mais cela s'élève spontanément de la force de la vertu de l'activité positive. Le pouvoir de cette méditation est tellement fort qu'il peut se communiquer. Cet amour s'étend, rayonne et vient à naître dans l'esprit d'autres êtres, en particulier les petits animaux, les oiseaux, par exemple.

Compassion

L'essence de la compassion, c'est d'abord de comprendre la souffrance d'autrui, puis de voir que les êtres souhaitent que cette souffrance cesse. Exactement comme lorsque nous souffrons et que nous n'avons qu'un seul désir: que cette souffrance s'arrête! Comme pour l'amour, il faut développer cette méditation jusqu'à ce que la souffrance et l'insatisfaction des autres nous deviennent aussi insupportables que les nôtres et prendre conscience de l'absence de réalité intrinsèque de cette souffrance qui n'existe que par l'état de confusion des êtres. Par l'accoutumance, on parvient à percevoir l'absence de réalité du sujet de la méditation, le moi individuel, et celle de l'objet de la méditation, les êtres.
Bien que les êtres, depuis l'origine, soient prisonniers de la frustration, celle-ci est illusoire et fonctionne comme un rêve. Ce que vous devez comprendre, c'est qu'à la fois la souffrance et celui qui l'expérimente sont sans réalité. La réalisation de la vacuité, c'est la connaissance suprême qui permet de comprendre la compassion ultime. Par cela, l'amour et la compassion devienne des perfections transcendantes (paramitas). Sans compréhension de la voie juste, cette méditation produit, bien sûr, des effets bénéfiques, mais ils demeure mondains, relatifs. Par la compréhension de la vacuité, l'amour et la compassion deviennent la voie supra-mondaine, totalement libératrice, beaucoup plus puissante.

Equanimité, source de joie

Lorsque nous méditons, il faut considérer les êtres de façon complètement équanime, sans en rejeter un seul, ni s'attacher à aucun. Cet amour et cette compassion ne doivent pas, par empathie, entraîner de souffrance. Comme lorsque notre père ou notre mère souffre et que nous en souffrons aussi. L'amour et compassion que nous éprouvons pour tous les êtres n'entraînent pas de chagrin. Il n'est pas nécessaire de se mettre soi-même en état de souffrance ou de douleur volontaire. Bien sûr, vous êtes concerné par la souffrance des autres, et, que cela vous fasse souffrir ou non, dépend de vous. Vous développez simplement compassion originelle. Progressivement, vous allez éprouver sans raison apparente de la joie, du bonheur et vous vous sentirez heureux. En même temps, vous considérerez la souffrance des êtres et cela vous fera monter les larmes aux yeux. Mais ce ne seront pas des larmes de souci, de souffrance, ce sera à la fois, mélange de bonheur et de tristesse qui n'est pas douloureux. Cela signifie que l'esprit devient naturellement plus heureux, plus clair, plus doux qu'à l'habitude aussi naturellement plus respectueux des autres. C'est le signe manifeste de l'accomplissement de la pratique. Nous ne sommes plus ordinaires, nous allons devenir comme de l'or pur, c'est-à-dire que nous allons rapidement obtenir le terres et les chemins de l'éveil.

 

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