Amour
et vacuité
Cet amour
pour tous les êtres qui, au départ, est une attitude
artificielle, fabriquée qu'on n'éprouve pas automatiquement,
va se développer progressivement par l'entraînement
et tôt ou tard deviendra naturel. Quand nous éprouvons
de l'amour pour un être, ou plusieurs, cet amour est partial
parce qu'il est sélectif et quil procède
de lattachement. Lorsquon parle damour spirituel
, ce nest pas lamour partial, exclusif, c'est celui
fondé sur l'essence de l'esprit: la vacuité. D'elle
s'élève toute manifestation.
Méditant sur l'amour, son essence est vacuité,
non-existence. L'objet considéré par votre méditation
sur l'amour (les êtres) est aussi vide du point de vue
ultime. Cependant, sa nature relative existe, s'élève,
sans être contradictoire à son essence : S'il en
était autrement, l'existence d'une réalité
ultime intrinsèque se suffirait à elle-même
et ne permettrait pas aux phénomènes relatifs
d'être manifestés. Si le rêve était
réel, il ne pourrait prendre place dans lespace
de lesprit. Si lessence du rêve n'était
pas semblable à un miroir vide, l'image ne pourrait s'y
refléter. Ainsi, l'essence de la confusion des êtres
est vacuité. Sans cela, comment pourrait-elle apparaître
? Elle serait exclusivement solide, matérielle. Bien
que cette contemplation de la nature ultime de la bodhicitta
soit quelque chose qu'il faille réaliser, cela vient
dans un deuxième temps. Au départ, il convient
de s'entraîner principalement à cultiver l'aspect
relatif de cet amour et de cet compassion, pour évoluer
ensuite vers la reconnaissance de la vacuité ou bodhicitta
ultime. Parallèlement à cette méditation,
une compréhension profonde va se développer. Si
l'on médite sur l'amour au moyen de la vacuité,
cet amour va devenir supérieur. Non seulement cela, mais
dans le même temps, en méditant sur la nature de
l'amour, nous obtiendrons la pacification stable (chiné)
et, simultanément, notre force positive ira croissant.
Par le rappel constant de l'esprit de l'éveil, nous pourrons
créer un bienfait considérable pour les autres.
Par le samadhi de l'amour (absorption complète), nous
allons pénétrer le sens ultime authentique. Notre
esprit sera lié à la réalité définitive,
si bien que notre conscience ne sera plus traversée par
d'autres conceptions que l'amour pour tous les êtres.
Elle n'en sera plus jamais séparée.
Par la force de notre méditation, notre amour pour les
êtres sera semblable à celui '!ide l'oiselle pour
ses petits. C'est un processus qui se développera de
lui-même, de par sa nature propre, jusqu'à embrasser
tous les êtres dans l'état d'éveil. Graduellement,
le courant de notre être deviendra capable d'être
bénéfique à un plus grand nombre d'êtres.
Cela n'a rien à voir avec la télépathie
ou une quelconque intention, comme si l'on envoyait des ondes
à ceux qui sont plus bas que nous, mais cela s'élève
spontanément de la force de la vertu de l'activité
positive. Le pouvoir de cette méditation est tellement
fort qu'il peut se communiquer. Cet amour s'étend, rayonne
et vient à naître dans l'esprit d'autres êtres,
en particulier les petits animaux, les oiseaux, par exemple.
Compassion
L'essence
de la compassion, c'est d'abord de comprendre la souffrance
d'autrui, puis de voir que les êtres souhaitent que cette
souffrance cesse. Exactement comme lorsque nous souffrons et
que nous n'avons qu'un seul désir: que cette souffrance
s'arrête! Comme pour l'amour, il faut développer
cette méditation jusqu'à ce que la souffrance
et l'insatisfaction des autres nous deviennent aussi insupportables
que les nôtres et prendre conscience de l'absence de réalité
intrinsèque de cette souffrance qui n'existe que par
l'état de confusion des êtres. Par l'accoutumance,
on parvient à percevoir l'absence de réalité
du sujet de la méditation, le moi individuel, et celle
de l'objet de la méditation, les êtres.
Bien que les êtres, depuis l'origine, soient prisonniers
de la frustration, celle-ci est illusoire et fonctionne comme
un rêve. Ce que vous devez comprendre, c'est qu'à
la fois la souffrance et celui qui l'expérimente sont
sans réalité. La réalisation de la vacuité,
c'est la connaissance suprême qui permet de comprendre
la compassion ultime. Par cela, l'amour et la compassion devienne
des perfections transcendantes (paramitas). Sans compréhension
de la voie juste, cette méditation produit, bien sûr,
des effets bénéfiques, mais ils demeure mondains,
relatifs. Par la compréhension de la vacuité,
l'amour et la compassion deviennent la voie supra-mondaine,
totalement libératrice, beaucoup plus puissante.
Equanimité,
source de joie
Lorsque
nous méditons, il faut considérer les êtres
de façon complètement équanime, sans en
rejeter un seul, ni s'attacher à aucun. Cet amour et
cette compassion ne doivent pas, par empathie, entraîner
de souffrance. Comme lorsque notre père ou notre mère
souffre et que nous en souffrons aussi. L'amour et compassion
que nous éprouvons pour tous les êtres n'entraînent
pas de chagrin. Il n'est pas nécessaire de se mettre
soi-même en état de souffrance ou de douleur volontaire.
Bien sûr, vous êtes concerné par la souffrance
des autres, et, que cela vous fasse souffrir ou non, dépend
de vous. Vous développez simplement compassion originelle.
Progressivement, vous allez éprouver sans raison apparente
de la joie, du bonheur et vous vous sentirez heureux. En même
temps, vous considérerez la souffrance des êtres
et cela vous fera monter les larmes aux yeux. Mais ce ne seront
pas des larmes de souci, de souffrance, ce sera à la
fois, mélange de bonheur et de tristesse qui n'est pas
douloureux. Cela signifie que l'esprit devient naturellement
plus heureux, plus clair, plus doux qu'à l'habitude aussi
naturellement plus respectueux des autres. C'est le signe manifeste
de l'accomplissement de la pratique. Nous ne sommes plus ordinaires,
nous allons devenir comme de l'or pur, c'est-à-dire que
nous allons rapidement obtenir le terres et les chemins de l'éveil.