Quelles
sont les trente-sept pratiques des bodhisattvas, comment doit-on
les comprendre et les mettre en application (Cet enseignement est
très précis et très profond, il rassemble les
instructions permettant de développer les qualités
des bodhisattvas, mais on ne peut, pour le moment, le mettre en
pratique tel quel. Ces instructions peuvent nous servir d'exemples.
Il est important d'abord de savoir ou nous en sommes, d'avoir une
bonne compréhension de ce qui est enseigné, d'en saisir
le sens profond et d'enrichir ainsi notre propre expérience.
Nous sommes pour l'instant dans un état de confusion; nous
sommes soumis à nos habitudes mentales et avons tendance
à nous associer aux êtres et aux choses par attachement
et par ignorance.
Le terme ignorance s'énonce de deux manières en tibétain:
mongpa et marikpa. La première fait référence
à une notion de stupidité, alors que la deuxième
désigne les obscurcissements mentaux, les voiles qui nous
maintiennent dans l'ignorance. C'est à cause de marikpa
que nous errons dans le cycle des existences et que nous sommes
soumis aux émotions perturbatrices dont la principale est
l'attachement. Le sens des trente-sept pratiques est de nous montrer
dans quelle direction nous diriger, c'est-à-dire l'opposé
de ces tendances habituelles. Cet enseignement fera naître
en nous une attitude plus juste, induisant une action correcte,
et c'est ainsi que l'on pourra avancer pas à pas sur le chemin
des bodhisattvas.
La particularité
de cet enseignement tient au fait que les mots utilisés
sont relativement simples, ce qui peut donner une impression
de facilité. Celle-ci est liée à l'ignorance.
Lorsque nous entendons des mots faciles dans les enseignements,
nous avons tendance à dire: "je connais !", car
le concept semble facile à saisir. Par contre, lorsque
l'enseignement utilise des mots plus difficiles, on a l'impression
que l'on ne pourra jamais le mettre en pratique. Nous accordons
trop de valeur aux mots au détriment du sens.
Il faut comprendre "Les trente-sept pratiques des bodhisattvas"
comme des instructions sur les attitudes et actions
fondamentales. Dans cet enseignement, il n'y a pas de
mots compliqués, le langage est simple, quotidien.
Si l'on se dit: "Je connais déjà, c'est du
déjà vu", on ne pourra pas le mettre en pratique.
C'est parce que le langage est simple qu'il est aisé de
se souvenir de cet enseignement. C'est cela l'essentiel: se souvenir
des instructions pour pouvoir les mettre en pratique. Ces instructions
simples peuvent changer beaucoup de choses en profondeur, à
condition de les mettre en application. Leur simplicité
cache leur profondeur. C'est avec les circonstances et les situations
quotidiennes qu'il faut pratiquer pour qu'une vraie transformation
prenne place. Les petites choses amènent un grand résultat;
l'une après l'autre, elles permettent un vrai mûrissement
de l'être. C'est comme quelqu'un qui fait de la musculation:
c'est à force d'entraînement qu'il peut porter des
poids de plus en plus lourds.
Cet entraînement nous permettra de découvrir la cause
de nos obscurcissements mentaux, de nos émotions perturbatrices,
ce qui nous conduira à mieux comprendre les autres êtres.
On a tendance à croire que regarder les autres est suffisant
pour les comprendre, alors qu'en plus un travail sur soi est nécessaire.
"Les trente-sept pratiques des bodhisattvas" expliquent
la façon dont les bodhisattvas parlent, gèrent leurs
émotions, la manière dont ils rencontrent le bonheur,
la souffrance et dont ils vivent leurs expériences quotidiennes.
Comprendre la façon d'agir des bodhisattvas nous aidera
à changer notre propre
comportement. Mais cela ne se fera pas immédiatement. Il
faut faire l'effort d'y réfléchir pour comprendre
leur façon d'agir, le but de cette compréhension
étant de nous libérer de nos obscurcissements.
A force d'entendre les enseignements, ils deviennent plus clairs
en notre esprit et nous nous en souvenons. Les exemples donnés
dans "Les trente-sept pratiques des bodhisattvas"
sont là pour nous permettre d'approfondir notre compréhension.
L'écoute et la réflexion sont indispensables dans
un premier temps, pour acquérir l'état d'esprit
des bodhisattvas; une compréhension juste amène
une attitude juste.
On trouve
parfois des instructions qui semblent contradictoires. Alors que
quelque chose est conseillé au début d'un chapitre,
on nous dit à la fin du même chapitre de ne pas le
mettre en pratique. En fait, cela dépend de l'orientation
de notre esprit. L'important est de ne pas avoir un esprit bloqué,
figé, et encore moins une foi aveugle. Les situations qui
se présentent doivent être abordées sans attachement.
La véritable définition du samsara est: le domaine
dans lequel tout est possible et tout peut survenir. En fonction
de notre état d'esprit, les choses qui nous paraissent
essentielles à un moment donné, ultérieurement
nous apparaîtront comme peu importantes; des actions
que l'on dit à priori ne pas devoir faire devront, en d'autres
circonstances, être accomplies.
Certaines
actions doivent être évitées, il ne faut pas
en prendre l'habitude ni s'y attacher, et ainsi bien des situations
pourront être vécues avec beaucoup plus de liberté.
Nous ne serons pas collés, liés à ces situations,
car nous développerons la conscience et la vigilance
qui nous apporteront la compréhension. Cela paraît
simple, mais la mise en pratique est difficile, car nous n'avons
pas l'esprit libre et ouvert mais traînons au contraire
des préjugés, c'est-à-dire que nous jugeons
la situation avant de l'avoir comprise. De ce fait, les expériences
qui se présentent sont inévitablement marquées
par la souffrance et la frustration car elles nous dérangent.
"Les trente-sept pratiques des bodhisattvas" nous aident
à développer davantage de compréhension.
On comprend comment les bodhisattvas, par leur exemple, nous inspirent
dans notre propre démarche. Ce n'est pas immédiat.
Il y a, bien sûr, une façon très rapide de
mettre ces enseignements en pratique, c'est ce que le yogi Milarépa
a fait au cours de sa vie. Mais, en ce qui nous concerne, nous
sommes fortement impliqués dans la confusion du samsara
et, de plus, nous avons tendance à rester dans cette condition.
C'est pourquoi le changement aura pour cause principale notre
changement de vision.
"Les trente-sept pratiques des bodhisattvas" nous permettent
d'accomplir une transformation intérieure personnelle à
l'instar des bodhisattvas du passé. Ceux-ci nous montrent
comment des actions ordinaires s'intègrent petit à
petit au chemin et comment la mise en pratique de ces différentes
attitudes amène à la libération du cycle
des existences et de l'ignorance. Nous avons la possibilité
de faire beaucoup de choses positives dans notre vie; il faut
simplement essayer de progresser continuellement et de toujours
développer l'attention consciente.
Troisième
stance :
Loin des lieux nuisibles, les émotions négatives
peu à peu s'évanouissent, Loin des distractions,
une conduite vertueuse naturellement se développe; De l'esprit
clair, la confiance dans les enseignements s'élève.
S'établir dans la solitude, c'est agir en bodhisattva.
(Traduciton Padmakara)
Loin
des lieux nuisibles, les émotions négatives peu
à peu s'évanouissent.
Il est important d'éviter les endroits qui suscitent les
émotions négatives, qui provoquent la distraction,
cela permettra de diminuer les émotions perturbatrices.
Ceci fait référence au sangha: chacun doit montrer
l'exemple à l'autre et développer des attitudes
positives, de façon à se libérer des habitudes
et tendances du samsara. Il faut devenir autonome et être
capable de discriminer par soi-même. Il s'agit de se garder
de favoriser les tendances habituelles telles que le désir,
l'attachement et l'ignorance qui induisent la souffrance et, pour
cela, il faut éviter les endroits où l'on serait
poussé à nourrir ces tendances. Cela dépend
des capacités de chacun; arrêter complètement
ces distractions signifierait devenir moine ou moniale. Il s'agit
donc d'éviter de fréquenter des endroits qui ne
nous aident pas à transformer nos émotions perturbatrices.
Ce ne sont pas les endroits qui "salissent" les gens,
mais plus exactement l'assemblée des individus qui fait
qu'un endroit devient positif ou négatif. Ce n'est pas
le lieu qui change les gens, mais ceux-ci qui font évoluer
le lieu. Prenons l'exemple du sangha.
Lorsque ses membres se réunissent, ils influent sur l'endroit
pour qu'il devienne positif. Il faut se rendre compte qu'il est
nécessaire de se montrer mutuellement l'exemple, afin que
chacun puisse devenir autonome et prendre ses responsabilités.
L'attitude du bodhisattva est d'agir positivement, en évitant
les endroits et les compagnies négatives et en créant
une ambiance positive, sans attachement ni colère ou ignorance.
Quand le dharma est établi dans un endroit, les obscurcissements
disparaissent. Il ne s'agit pas de penser que l'on peut accomplir
tout cela du premier coup, ce n'est pas possible, il ne faut pas
se fixer d'objectif trop rapide. Par exemple, on a tendance à
voir la colère comme une émotion très négative,
mais on peut également la considérer avec compassion
et l'utiliser selon les situations pour l'amener au chemin.
Il faut éviter les endroits négatifs et s'associer
avec des individus positifs. Il n'y a pas d'endroit négatif
où vont les bodhisattvas. C'est comme la musique. Si l'air
nous plaît, on le chantonne et il reste en nous: les habitudes
négatives fonctionnent de la même manière.
C'est pour cette raison qu'il faut se tenir à l'écart
des mauvaises mélodies et changer d'air. Il s!agit d'aider
les êtres en ajoutant la compassion, sans trop d'attachement,
de colère ou d'ignorance car, à notre niveau, nous
n'arriverons pas à exclure totalement ces tendances. Cette
attitude éveillée marquée par la compassion
est une clef du grand véhicule et des tantras. Elle demande
de l'entraînement, à 1'image de la cuisine bhoutanaise:
au départ, on ne peut pas la manger, car elle est trop
épicée mais, au fil du temps, avec l'habitude,
on parvient à la manger sans difficulté.
Lorsque notre
principal souci est de parvenir à mettre en pratique ces
instructions, on s'aperçoit que l'on a tendance à
éprouver de l'angoisse: on veut prendre des responsabilités,
être parfait... De plus, cette tension constante est inconsciente.
C'est une attitude qui se situe à l'opposé de celle
des bodhisattvas. Dès le début d'une action, le
bodhisattva est conscient que ce qu'il fait, il le fait pour autrui
et il y a ainsi moins de tension. En ce qui nous concerne, la
volonté de trop bien faire dans notre activité génère
une pression, une peur, due à l'attachement à
soi, à l'ego. L'attitude du bodhisattva est différente
parce que toute son énergie est orientée vers autrui.
Dès que l'on commence à se préoccuper de
soi-même, on est en attente et on se tend; en revanche,
l'attitude change lorsqu'on se soucie de ce dont les autres
ont besoin. Pour se rapprocher de l'attitude du bodhisattva, il
faut se poser la question de , savoir si dans chaque action on
se préoccupe de soi-même ou des autres. La vraie
question est: que puis-je prendre de la situation ou que puis-je
y apporter. Au début, l'attitude est mélangée,
et il faut que cela soit clair dans notre esprit. On doit se poser
la question; en y répondant, on essaye de comprendre et
on suit ainsi l'exemple des bodhisattvas. Grâce aux enseignements,
nous serons capables d'agir pour et envers les autres, et ensemble
nous créerons quelque chose de positif pour tous les êtres
afin que cela serve d'exemple.
Dès que l'on accomplit quelque chose de responsable, qui
tend à la perfection, cela développe une tension
parce que l'on essaie d'obtenir quelque chose pour soi-même.
Les bodhisattvas ont une attitude d'esprit qui ne se préoccupe
que du bien-être d'autrui. Par exemple, si l'on nettoie
une pièce en étant uniquement intéressé
par son propre point de vue et ses difficultés, on est
très vite fatigué. Si l'on se met dans l'idée
qu'on le fait pour quelqu'un d'autre, ce sera plus facile, on
y mettra beaucoup plus de coeur et d'énergie. L'idée
de base des bodhisattvas, c'est d'être détendu, d'agir
pour le bien d'autrui et de faire cette dédicace dans toutes
leurs actions. Ce qui rend les autres heureux nous réjouit
également, sinon nous serons rapidement fatigués
et en proie à de multiples émotions. Pour faire
décroître l'attachement, l'ignorance et l'aversion,
on agit de manière simple en se demandant ce que l'on peut
faire pour les autres et non plus seulement pour soi. C'est l'attitude
de base du bodhisattva, le premier pas. Il s'agit de quelque chose
de fondamental et de difficile, car ce n'est pas notre attitude
d'esprit habituelle. On est plutôt habitué à
penser à soi en priorité.
Loin
des distractions, une conduite vertueuse se développe.
Il s'agit de ne pas perdre de temps pour accumuler des actions
positives. Agir en bodhisattva, c'est accomplir plus d'actions
et de pensées positives. Le texte explique l'attitude de
base: il s'agit d'agir pour le bien de tous les êtres. Il
est important d'utiliser toutes les circonstances nous permettant
d'être la cause du développement d'actions positives.
L'idée est de ne pas perdre de temps dans l'action et la
pensée, de rester vigilant afin de ne pas perdre un instant
pour agir de manière positive, et de comprendre que l'action
peut être utile pour soi-même mais doit l'être
aussi pour autrui.
De l'esprit
clair, ta confiance dans tes enseignements s'élève.
La phrase qui suit traite de la clarté de l'esprit. Celui-ci
peut devenir plus limpide par l'approfondissement du sens du dharma.
Certains mots relatifs aux enseignements sont importants, mais
il faut faire attention, car si l'on ne s'attache qu'à
l'importance des mots rien ne pénètrera l'esprit.
Il faut entendre les mots sans leur donner trop d'importance
et en allant directement au sens. Il s'agit d'un déploiement
de l'esprit: il devient plus clair par la méditation et
la compréhension des émotions perturbatrices. La
compréhension du dharma nous rend capables de développer
notre esprit.
Par l'écoute de l'enseignement, on comprend les instructions
et on peut se situer par rapport à elles. Grâce à
cette compréhension et à la mise en pratique des
instructions, la méditation, on clarifie de plus en plus
l'esprit. Le dharma doit être regardé comme un moyen
de compréhension de notre propre esprit; c'est pour cela
qu'il ne vient pas de l'extérieur. Il s'agit d'une méthode
de compréhension de notre esprit par nous-mêmes.
Mais cela ne peut advenir immédiatement. C'est un
entraînement qu'il faut faire de façon continue,
afin d'avoir une compréhension de plus en plus profonde
de la nature de notre propre esprit.
S'établir
en la solitude, c'est agir en bodhisattva.
L'attitude du bodhisattva est de rester dans un endroit tranquille,
ce qui englobe trois choses: éviter les endroits qui favorisent
la distraction, ne pas perdre de temps, et garder l'esprit clair.
C'est cela que l'on entend par s'établir en la solitude.
Un endroit tranquille ne veut pas dire un endroit où l'on
ne fait rien, mais un endroit où l'esprit est clair tout
en étant conscient. Ne pas perdre de temps, dans ce contexte,
signifie agir toujours de manière à s'engager dans
des actions positives, avec un état d'esprit positif. Eviter
les endroits de distraction signifie éviter les habitudes
à la distraction. Tel est le sens de: un endroit favorable
à la quiétude.
Fin