Le
but de la pratique des enseignements du Bouddha est la complète
libération de tous les êtres de l'océan de
souffrances du cycle des existences. A partir du moment où
l'on s'est libéré de la souffrance, on s'ouvre à
l'éveil ultime qui est un état de félicité
que rien ne saurait changer ni détériorer. Tel est
le résultat, le but même de la pratique.
Tôt ou tard, nous serons confrontés au moment de
la mort qu'il est impossible d'éviter. Si nous avons pratiqué
les enseignements donnés en cette vie, nous serons libres
de toute peur au moment de mourir : nous aurons une grande confiance,
nous saurons ce qu'il convient de faire ou d'éviter et
dans quel état d'esprit nous devons nous trouver. Tel est
le sens véritable de la pratique quotidienne durant cette
vie.
Il faut, à chaque fois que l'on entreprend une pratique,
avoir une motivation uniquement tournée vers l'obtention
de l'éveil ultime. En effet, au moment de la mort, nous
laissons derrière nous tout ce que nous avons entrepris
et amassé. Le confort, la réputation, la satisfaction,
ne sont que des bonheurs temporaires qui ne peuvent pas constituer
un but à long terme. Notre unique but, en suivant le chemin
du Bouddha, doit être l'accès au bonheur inaltérable
de l'éveil.
En Europe, nous sommes pourvus de nombreux biens et richesses,
nous avons beaucoup d'objets matériels et de moyens d'agir.
Le fait d'être dans cet état d'opulence matérielle
est le signe que, dans le passé, nous avons accompli beaucoup
d'actions positives. Cependant, ces actions n'ont pas été
dédiées à des fins spirituelles; c'est pourquoi
nous nous trouvons dans un monde confortable et riche, mais éphémère.
Il s'agit maintenant de porter davantage attention à l'autre
aspect des actions positives, qui est le développement
du mérite permettant d'atteindre le parfait éveil.
Sans cette accumulation de mérite d'ordre spirituel, la
simple accumulation de mérite matériel ne nous sera
d'aucune utilité. C'est comme posséder un corps
sans jambes; il est très difficile de cheminer vers l'éveil.
Nous avons beaucoup d'occasions de voir des gens puissants et
nous sommes souvent tentés de vouloir devenir comme eux.
Fascinés par certaines personnalités, nous employons
beaucoup de temps et d'énergie à essayer de les
imiter pour obtenir la même richesse, la même puissance,
la même réputation etc. Nous sommes alors emportés
par l'ambition qui est source de grande souffrance, l'esprit se
trouvant constamment agité par le désir qui provoque
de l'insatisfaction plus qu'autre chose.
Si nous ne reconnaissons pas la réalité du devenir,
de l'impermanence des phénomènes, nous restons enfermés
dans nos désirs et dans l'insatisfaction du cycle des existences.
Nous essayons de saisir et de nous approprier les choses sans
nous rendre compte qu'elles sont en fait irréelles et temporaires,et
qu'elles se transforment d'instant en instant; et même si
nous obtenons finalement ce que nous voulons, nous ne le gardons
pas longtemps.
Nous
avons exactement la même attitude que l'enfant qui, fasciné
par la vue d'un arc-en-ciel, souhaite se l'approprier: il a envie
de courir vers l'arc-en-ciel et croit à sa réalité,
mais il n'a aucune possibilité de le trouver vraiment car
l'arc-en-ciel est quelque chose d'irréel. Notre attitude
à l'égard de la vie courante est identique à
celle de l'enfant. Nous croyons à la réalité
des choses, du monde, des richesses, des situations; nous pensons
que tout cela est solide, que nous pouvons nous l'approprier et
le garder.
Nous y consacrons beaucoup de temps et d'énergie. Mais
cette croyance ne correspond pas à la réalité
des choses et il en résulte insatisfaction et souffrance.
Quand on a conscience de l'instabilité des choses, conscience
que tout ce qu'on perçoit n'a finalement aucune réalité
puisque tout change constamment, la souffrance dès lors
peut s'apaiser : on s'aperçoit que nos ambitions et toutes
les choses que l'on voulait atteindre n'apportent aucun bonheur
puisqu'elles sont vides comme le ciel, et qu'elles n'ont aucune
solidité ni aucun aspect concret.
L'autre manière de pacifier la souffrance consiste à
comprendre que les circonstances que nous connaissons actuellement
sont simplement le fruit d'actions antérieures.Les joies,
les succès, les bonheurs rencontrés représentent
le mûrissement d'actions positives entreprises dans nos
vies passées. Les souffrances, les difficultés et
les situations adverses représentent par contre le mûrissement
d'actions négatives accomplies dans le passé. Il
n'y a rien que l'on puisse changer lorsque le fruit de ces actions
mûrit: c'est le résultat naturel d'actes accomplis
longtemps auparavant. Nous n'avons pas la possibilité de
contrôler tout ce qui advient dans notre vie quotidienne:
très souvent nous souhaitons de toutes nos forces être
heureux et éviter de souffrir, mais ce n'est pas toujours
possible. Ceci montre le lien infaillible entre l'action entreprise
et le résultat qui en découle (ceci est ce qu'on
appelle la loi du karma).
Plutôt que de nous préoccuper d'accéder à
des états qui ne dépendent plus de nous, il est
important de penser au futur et de prendre conscience que la qualité
des actions que nous entreprenons maintenant détermine
notre futur. Si nos actes envers les autres sont positifs, nous
créons des causes favorables pour nos existences futures,
car ces actions mûriront en circonstances avantageuses et
heureuses; mais si maintenant nous accomplissons des actions négatives,
nous sommes sûrs de nous retrouver plus tard dans des états
d'existence déplaisants et remplis de souffrance.
Comprenant que l'éveil progressif de tous les êtres
naît des actions positives, on s'appuie sur la conscience
juste qui les génère. Pour cela, il est nécessaire
que soient donnés des enseignements, maintenus vivants
par une communauté qui les pratique, puis en transmet la
réalisation. Afin d'assumer cette tâche, cette communauté
doit s'organiser en une structure dont le réceptacle est
le monastère.