Science de l'esprit  

Conseil aux occidentaux #4

Shamar Rinpoché

Shamar Rinpoche Il existe une philosophie propre à chaque tantra. Vous devez étudier l'aspect de la visualisation, ainsi que je l'ai expliqué, mais aussi son absorption, signifiant que vous dissolvez toutes ces choses que vous avez visualisées dans une certaine vacuité. Mais quelle sorte de vacuité ? Ce n'est pas comme un arc-en-ciel qui a disparu, ne laissant rien qu'un ciel vide.

L'absorption (dzogrim en tibétain) est l'essence de la visualisation de tous les mandalas et divinités. La visualisation constitue la partie extérieure, qui est plus artificielle ; mais l'essence réelle est ce que l'on appelle dzogrim. Cette phase d'absorption se compose de deux parties : la première est le dzogrim de
complexité, la seconde le dzogrim de simplicité. Vous devez étudier et comprendre les deux aspects.

Ensuite, vient l'initiation à ce tantra, la manière dont vous la recevez, ce que c'est, ses bénéfices, le type de lama requis pour la donner, les qualités particulières demandées au disciple pour la recevoir, le nombre de phases différentes qu'elle contient. Puis vous étudiez les préceptes du tantra, que vous devez garder après l'initiation : les quatorze principaux, les huit secondaires, les quarante autres et enfin les dix millions d'autres au-delà de ceux-ci (si vous arrivez à très bien garder les quatorze, huit et quarante, alors vous pouvez garder spontanément les millions d'autres).
Pourquoi est-ce si compliqué quand cela pourrait être si simple ? C'est comme ça. Nous ne pouvons pas nous permettre de dire : « Maintenant, nous sommes à une époque moderne; simplifions. » Il n'y a aucune raison ; c'est ainsi. D'une autre
manière, nous pourrions dire : « Pourquoi sommes-nous dans le samsara ? Nous devrions atteindre l'illumination en une heure. » Pourquoi pas ? Malheureusement, c'est notre condition. Si vous voulez pratiquez les tantras, vous devez suivre les différentes étapes de la voie, telles qu'elles sont.

Une fois que vous avez étudié chaque chose entièrement, vous continuez en recevant l'initiation, dont la première étape est l'initiation du vase. Cela ne signifie pas uniquement qu'un vase est posé sur votre tête, mais que vous recevez les vœux du tantra et qu'à partir de ce moment, si vous brisez un précepte, vous prenez un grand risque, que vous brisiez un des quatorze vœux, ou les huit, ou même les quarante. Toutefois, vous apprenez également comment purifier les vœux que vous avez brisés. Je ne fais que vous donner une idée des points essentiels de chaque pratique ; si je rentre dans les détails, je peux briser les vœux moi-même. La plupart des initiations données par les lamas le sont afin de vous permettre de recevoir la bénédiction du yidam. Quand vous recevez l'initiation du vase par exemple, un vase béni est posé sur votre tête.

Beaucoup de yogis tantriques se cachaient pour pratiquer.
Tilopa ou Naropa allaient toujours dans un endroit isolé ou dans la jungle où personne ne venait. Même lorsqu'ils se trouvaient avec d'autres personnes, ils ne se flattaient pas d'être des pratiquants yogis ou des individus hautement réalisés. C'est pourquoi la plupart des gens appelaient Tilopa "le pêcheur"
Lorsqu'il séjournait en ville, les citadins ne savaient pas qu'il était un être hautement éveillé ; il était là en tant que pêcheur attrapant du poisson. Mais Naropa put le reconnaître grâce à la prophétie que lui avait faite Vajrayogini. Tilopa, en réalité, pratiquait le tantra, mais il ne le montrait pas, parce qu'il est parfois préjudiciable de le montrer et que cela peut induire les gens en erreur. Cela arriva plusieurs fois au cours de l'histoire ; des gens déclaraient : « Je suis Hévajra ; je suis Demtchok » et abusaient de toutes les pratiques tantriques. Le vin en est un exemple ; les gens disent : « Je suis un yogi tantrique, aussi je peux boire du vin.» Ils peuvent dire aussi :  « Je suis un pratiquant tantrique, je suis une grande divinité, tout ce qui se trouve devant moi est pur » et ils se mettent à manger des cadavres. Il était une fois un prince, Maharudra, qui était un disciple d'un instructeur tantrique. Il apprit chaque chose, mais ensuite abusa des pratiques par ignorance : il allait dans les cimetières et en extrayait les corps humains dont il portait la peau et mangeait la chair ; il allait avec beaucoup de femmes, mangeait et buvait tout ce dont il avait envie (il est quelquefois mentionné dans les enseignements tantriques : « faîtes tout ce qui vous passe par l'esprit ». Du fait de cet abus, après sa mort il devint le grand Rudra, un terrible démon difficile à vaincre pour les yogis, mais dont ils devaient triompher parce qu'il était extrêmement nuisible. Voilà pourquoi un maître du tantra doit d'abord se réaliser à travers la pratique, afin de savoir comment enseigner et à qui. Le simple fait d'apprendre le tantra et de devenir un érudit tantrique ne vous donne pas l'autorisation d'écrire sur ce sujet ou de l'enseigner.
C'est pour cette raison que je suis très inquiet qu'autant de soi-disant livres tantriques aient été traduits dans les langues occidentales. Je suis absolument sûr qu'ils ne sont pas purs.

Premièrement, leur auteur devrait s'être réalisé en les ayant pratiqués, alors il ne commettrait pas d'erreur ; sinon le tantra reste secret. Dans les tantras, le sens de certains mots est tenu caché. Dans les livres tantriques, il est dit par exemple : « vous devez tuer père et mère » ; en fait le mot « père » se réfère à une pratique tantrique, le mot « mère » à une autre et le mot « tuer » à une troisième. Pour garder secret le sens de cette pratique, elle est appelée « tuer père et mère » ; seul un maître éveillé qui en connaît le sens peut l'enseigner à ses disciples. Mais, de nos jours, si vous lisez ces livres et les traduisez, c'est comme si vous disiez à vos lecteurs de tuer leurs parents ! J'ai trop vu de telles traductions, aussi dis-je toujours : « n'accordez pas votre confiance à tous ces livres. » Je n'essaye pas d'insulter les traducteurs et leurs livres ; je suis simplement en train de dire que les gens se méprendront sur ce qu'ils lisent parce qu'ils n'en saisiront pas le sens exact. Certains auteurs ont une autre attitude face à la traduction : « nous ne devrions pas dire telles choses parce que les gens en Occident ne comprendront pas et s'inquiéteront de tels propos ». Alors, ils ne disent pas tout, seulement ce qui est intéressant ou acceptable et, en conséquence, leurs traductions deviennent comme des livres de recettes.

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