Science de l'esprit  

LA CONDUITE ETHIQUE #1
LAMA JIGME RINPOCHE

L'important est la prise de conscience de soi, actions qu'on entreprend et de l'attitude de l'esprit. Les actions ne se situent pas seulement au niveau corps. Ce sont également les paroles et les pensées. Ces trois types d'activités sont des actions dirigées soi vers autrui; il faut donc avoir présentes à l'esprit cette loi du karma et la notion d'acte bénéfique négatif.

Tsultrim, l'éthique juste

Pour cela, on développe la compréhension des conditions de ces actions, tsultrim en tibétain. On acquiert la compréhension de ce qui est véritablement, nuisible ou néfaste et de ce qui est véritablement positif ou bénéfique. On traduit généralement tsultrim par « éthique » ou « morale ». Mais ces termes sont trop restrictifs. Tsultrim est une notion beaucoup plus large. Il ne s’agit pas simplement d’appliquer les règles, mais de comprendre en profondeur et donc d’accepter de s’engager dans ce qui est bénéfique et de se détourner de ce qui est négatif.

Tsultrim est une prise de conscience très large de l'action entreprise et de ce qui nous anime lorsqu'on agit. Il faut se souvenir des trois poisons - le désir, la colère et l’ignorance - présents dans l'esprit, qui nous poussent à réagir suivant les circonstances. Si on ne développe pas tsultrim, on risque d'être emporté par des actions dont le résultat sera pénible pour tout le monde. Il faut donc essayer de développer tsultrim, sans pour autant la figer dans des règles de discipline, mais en l’élargissant à une compréhension et à une acceptation.
Prenons l'action de tuer. Il est dit que tuer est un acte à proscrire, mais il faut savoir ce qui anime celui qui commet un tel acte. On peut tuer par désir, on peut tuer par colère, on peut tuer par ignorance. Il est très important de déterminer l'impulsion première. On peut tuer sans savoir que c'est mal de le faire; on tue alors par ignorance. On ne se met pas à la place de l'autre car on est centré sur son propre point de vue, et on tue en se disant que cela n'a pas vraiment une grande importance. Certaines personnes, par exemple, prennent un grand plaisir à chasser. Elles n'éprouvent pas de haine ni de désir vis-à-vis des animaux qu'elles tuent, mais elles n'ont pas conscience de la loi du karma et ne savent pas qu'elles commettent ; une action nuisible qui engendrera des conditions adverses. On peut aussi tuer par colère ou par haine. Quand quelqu'un nous dérange, il arrive qu'on développe une forte colère et qu'on réagisse en supprimant l'obstacle qui se place devant nous, en l'occurrence en tuant. On peut enfin agir sous l'influence du désir: on a besoin ou envie de se procurer quelque chose, et on tue pour satisfaire ce besoin ou cette envie.

Comprendre les émotions pour les transformer

Il importe d'avoir conscience de ces trois poisons, parce qu'ils sont à la base de toutes les perturbations et de toutes les actions qu'on entreprend sous l'influence des émotions. Quelles que soient les actions entreprises, il ne s'agit pas de dire: "à partir de maintenant, c'est terminé et d'arrêter comme cela. Il est beaucoup plus important de comprendre et d'avoir conscience de ce qui se passe pour effectivement transformer les actions, les stopper ou les accroître.
Les actions se situent à trois niveaux: le corps, la parole et l'esprit. Elles sont toutes aussi importantes les unes que les autres. On peut évidemment développer une action jusqu'au bout, c'est-à-dire qu'une pensée se traduit vers l'extérieur par l'intermédiaire de la parole et du corps. Mais il faut savoir que la simple action la pensée est importante. On peut penser à quelque chose et en rester au niveau l'esprit. S'il s'agit d'une pensée entachée de l'un des trois poisons, ce n'est pas car il en restera des traces: il existe une certaine portée de l'action au niveau l'esprit et, même si l'on ne va pas jusqu'aux actes, il y a quand même nuisance, serait-ce qu'au niveau de nous-mêmes et de notre esprit. On peut aussi créer beaucoup de causes par l'intermédiaire de la parole; il faut donc être vigilant quand à son emploi. Et au niveau du corps, quand on agit, des résultats très divers peuvent survenir selon la motivation première.
Tsultrim est fondamentale. Il est nécessaire d'avoir conscience de ce qui se passe à tous les niveaux - esprit, parole et corps - et de réaliser dans quelles conditions nous nous trouvons, dans quelles conditions se trouvent les personnes qui sont face de nous et quel résultat entraîne chacune de nos actions. Grâce à une telle prise de conscience, on agit en connaissance de cause et on peut dès lors dire qu'on vraiment développé tsultrim, la conduite éthique.
S'il y a des actes à éviter absolument tels que tuer ou voler, etc., il y a aussi des actes où l'on a le choix, et il n'est pas toujours évident de savoir s'il faut agir comme ceci ou comme cela : nous sommes souvent confrontés au choix dans l'action alors que la situation n'est pas forcément évidente. C'est là qu'il est important d'avoir développé tsultrim car c'est à nous de discriminer, d'observer et de savoir quelle l'attitude correcte.
Le Bouddha a donné nombre d'enseignements sur les comportements corrects adopter, ainsi que sur la loi du karma. Il faut ensuite voir comment nous pouvons nous en servir. C'est en effet à nous de savoir à quel niveau nous nous situons quelles sont nos capacités, comment nous comportons nous, dans quel sens pouvons nous aller, enfin de voir la situation générale dans laquelle nous nous trouvons. Dès lors nous n'aurons pas d'idée préconçue sur ce qu'est il comportement correct et ne risquerons pas de devenir fanatiques; au contraire nous relativiserons les choses en nous rendant compte de ce que nous sommes capables de faire.

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