L'important
est la prise de conscience de soi, actions qu'on entreprend
et de l'attitude de l'esprit. Les actions ne se situent pas
seulement au niveau corps. Ce sont également les paroles
et les pensées. Ces trois types d'activités sont
des actions dirigées soi vers autrui; il faut donc avoir
présentes à l'esprit cette loi du karma et la
notion d'acte bénéfique négatif.
Tsultrim,
l'éthique juste
Pour cela,
on développe la compréhension des conditions de
ces actions, tsultrim en tibétain. On acquiert la compréhension
de ce qui est véritablement, nuisible ou néfaste
et de ce qui est véritablement positif ou bénéfique.
On traduit généralement tsultrim par « éthique »
ou « morale ». Mais ces termes sont trop
restrictifs. Tsultrim est une notion beaucoup plus large. Il
ne sagit pas simplement dappliquer les règles,
mais de comprendre en profondeur et donc daccepter de
sengager dans ce qui est bénéfique et de
se détourner de ce qui est négatif.
Tsultrim
est une prise de conscience très large de l'action entreprise
et de ce qui nous anime lorsqu'on agit. Il faut se souvenir
des trois poisons - le désir, la colère et lignorance
- présents dans l'esprit, qui nous poussent à
réagir suivant les circonstances. Si on ne développe
pas tsultrim, on risque d'être emporté par des
actions dont le résultat sera pénible pour tout
le monde. Il faut donc essayer de développer tsultrim,
sans pour autant la figer dans des règles de discipline,
mais en lélargissant à une compréhension
et à une acceptation.
Prenons l'action de tuer. Il est dit que tuer est un acte à
proscrire, mais il faut savoir ce qui anime celui qui commet
un tel acte. On peut tuer par désir, on peut tuer par
colère, on peut tuer par ignorance. Il est très
important de déterminer l'impulsion première.
On peut tuer sans savoir que c'est mal de le faire; on tue alors
par ignorance. On ne se met pas à la place de l'autre
car on est centré sur son propre point de vue, et on
tue en se disant que cela n'a pas vraiment une grande importance.
Certaines personnes, par exemple, prennent un grand plaisir
à chasser. Elles n'éprouvent pas de haine ni de
désir vis-à-vis des animaux qu'elles tuent, mais
elles n'ont pas conscience de la loi du karma et ne savent pas
qu'elles commettent ; une action nuisible qui engendrera des
conditions adverses. On peut aussi tuer par colère ou
par haine. Quand quelqu'un nous dérange, il arrive qu'on
développe une forte colère et qu'on réagisse
en supprimant l'obstacle qui se place devant nous, en l'occurrence
en tuant. On peut enfin agir sous l'influence du désir:
on a besoin ou envie de se procurer quelque chose, et on tue
pour satisfaire ce besoin ou cette envie.
Comprendre
les émotions pour les transformer
Il importe
d'avoir conscience de ces trois poisons, parce qu'ils sont à
la base de toutes les perturbations et de toutes les actions
qu'on entreprend sous l'influence des émotions. Quelles
que soient les actions entreprises, il ne s'agit pas de dire:
"à partir de maintenant, c'est terminé et
d'arrêter comme cela. Il est beaucoup plus important de
comprendre et d'avoir conscience de ce qui se passe pour effectivement
transformer les actions, les stopper ou les accroître.
Les actions se situent à trois niveaux: le corps, la
parole et l'esprit. Elles sont toutes aussi importantes les
unes que les autres. On peut évidemment développer
une action jusqu'au bout, c'est-à-dire qu'une pensée
se traduit vers l'extérieur par l'intermédiaire
de la parole et du corps. Mais il faut savoir que la simple
action la pensée est importante. On peut penser à
quelque chose et en rester au niveau l'esprit. S'il s'agit d'une
pensée entachée de l'un des trois poisons, ce
n'est pas car il en restera des traces: il existe une certaine
portée de l'action au niveau l'esprit et, même
si l'on ne va pas jusqu'aux actes, il y a quand même nuisance,
serait-ce qu'au niveau de nous-mêmes et de notre esprit.
On peut aussi créer beaucoup de causes par l'intermédiaire
de la parole; il faut donc être vigilant quand à
son emploi. Et au niveau du corps, quand on agit, des résultats
très divers peuvent survenir selon la motivation première.
Tsultrim est fondamentale. Il est nécessaire d'avoir
conscience de ce qui se passe à tous les niveaux - esprit,
parole et corps - et de réaliser dans quelles conditions
nous nous trouvons, dans quelles conditions se trouvent les
personnes qui sont face de nous et quel résultat entraîne
chacune de nos actions. Grâce à une telle prise
de conscience, on agit en connaissance de cause et on peut dès
lors dire qu'on vraiment développé tsultrim, la
conduite éthique.
S'il y a des actes à éviter absolument tels que
tuer ou voler, etc., il y a aussi des actes où l'on a
le choix, et il n'est pas toujours évident de savoir
s'il faut agir comme ceci ou comme cela : nous sommes souvent
confrontés au choix dans l'action alors que la situation
n'est pas forcément évidente. C'est là
qu'il est important d'avoir développé tsultrim
car c'est à nous de discriminer, d'observer et de savoir
quelle l'attitude correcte.
Le Bouddha a donné nombre d'enseignements sur les comportements
corrects adopter, ainsi que sur la loi du karma. Il faut ensuite
voir comment nous pouvons nous en servir. C'est en effet à
nous de savoir à quel niveau nous nous situons quelles
sont nos capacités, comment nous comportons nous, dans
quel sens pouvons nous aller, enfin de voir la situation générale
dans laquelle nous nous trouvons. Dès lors nous n'aurons
pas d'idée préconçue sur ce qu'est il comportement
correct et ne risquerons pas de devenir fanatiques; au contraire
nous relativiserons les choses en nous rendant compte de ce
que nous sommes capables de faire.
>>>