Science de l'esprit  

LA CONDUITE ETHIQUE #2
LAMA JIGME RINPOCHE

Faire le bon choix

Même si l'on n'aime pas accomplir telle ou telle action, on s'aperçoit que, de par les circonstances et la condition dans laquelle on se trouve, on est poussé à agir de telle ou telle manière. On se rend compte également qu'on a souvent tendance à agir dans tel sens sans vraiment savoir pourquoi ni comment. C'est donc un processus individuel, une compréhension intime et particulière qu'il faut développer à la lumière des enseignements du Bouddha, afin de reconnaître les comportements qui nous sont accessibles et ceux qu'il faut modifier. La motivation première est évidemment d'agir pour le mieux, mais chacun se situe à un niveau différent, avec des circonstances et des comportements différents. Agir pour le mieux revient à dire qu'on essaie d'accroître et de développer toutes les actions positives et d'abandonner tous les actes qui sont nuisibles non seulement pour les êtres autour de nous, mais aussi pour nous-mêmes.
Nous avons parlé de la sangha précédemment. Le sens de notre vie est souvent influencé par ceux qui nous entourent. Du fait de notre état d'ignorance, nous ne savons pas toujours quelles sont les actions vertueuses vers lesquelles il faut tendre, ni quel sens donner à notre vie. Si nous avions dépassé ce stade d'ignorance, nous aurions l'esprit très clair et saurions toujours quelle action est correct. Comme ce n'est pas le cas, nous nous laissons influencer par les personnes qui nous entourent, et si quelque chose nous semble bien, nous sommes tentés d'aller dans cette direction. C'est pourquoi il est très important de s'en remettre à l'influence d'une sangha possédant de vraies qualités positives et reliée à tsultrim,
Il y a quatre ans, un ami m'a accompagné à l'aéroport de New York. Quelques instants après mon embarquement, je fus rejoint par cet ami qui venait me dire au revoir. Fort étonné, car il n'est pas permis normalement de monter dans l'avion sans billet, je lui demandai comment il avait fait pour venir jusque là. Il me répondit : "J'ai utilisé un moyen très simple. Je me suis présenté au service d'immigration en demandant à passer; on m'a demandé pourquoi et j'ai dit que je devais m'occuper de personnes qui allaient prendre l'avion. La personne du service d'immigration a refusé, expliquant que cela était interdit. Je lui ai répondu que c'était très ennuyeux car, ces personnes étant célèbres, on ne pouvait pas les laisser comme cela. L'officier m'a demandé qui étaient ces personnes. Je lui ais répondu: "Comment! Vous ne lisez donc pas les journaux ? I1s parlent tous de leur venue, et cet homme, de peur de paraître stupide, m'a laissé passer." (Lama Jigméla précise qu'il n'avait pas du tout fait la une des journaux !) Cet ami avait trouvé un moyen habile pour obtenir ce qu'il voulait, mais un moyen basé sur la tromperie et utilisant la naïveté de l'interlocuteur. En regardant les choses, on se dit d'abord que cet ami est quelqu'un d'assez génial, et on aurait tendance à souhaiter être comme lui. C'est là où il faut être très vigilant et avoir présente à l'esprit cette notion de tsultrim. En regardant l'histoire en détail, on voit qu'il s'agit d'une tromperie associée au mensonge et à l'exploitation de la naïveté des autres. Ce n'est donc pas une action correcte. Il faut développer tsultrim, la vision de ce qui est juste et de ce qui ne l'est pas, sinon nous risquons de nous laisser fasciner par des actions qui au premier regard semblent excellent, alors qu'elles sont sous l'influence d'un poison, en l'occurrence ici l'utilisation des autres. A priori ce n'est pas très grave, mais cela laisse des empreintes dans l'esprit, qui deviennent de plus en plus profondes et ne sont pas tournées vers le respect et le bienfait d'autrui.

L'amour, un sentiment plus large

Le développement de l'amour et de la compassion permet de comprendre vraiment ce qu'est tsultrim et pourquoi il est nécessaire de rencontrer une sangha qui possède des qualités véritables. Sans l'amour et la compassion, on ne développe pas attention et une vigilance suffisantes pour être certain de se comporter à chaque instant de façon correcte. Sans l'amour et la compassion, on est obnubilé par nous-même, et lorsqu'on voit que quelque chose nous est profitable et nous fait plaisir, on ne se pose pas trop de questions et on persévère dans ce sens. L'amour n'est le fruit d'un désir et ne se limite à une ou deux personnes, ou à un environnement quelconque. L'amour est un sentiment beaucoup plus large qui s'étend à tous êtres sans exception. Quand on voit un chien, on le trouve peut-être gentil, mais n'éprouve pas forcément pour lui ce sentiment profond qu'est l'amour véritable. Celui-ci ne s'élève qu'à partir du moment où l'on est conscient des conditions lesquelles se trouve le chien, de ses nécessités et du contexte où il vit. Quand on voit un lapin dans un champ, on le trouve sans doute mignon mais, encore une fois,on reste à la surface et ce n'est pas de l'amour qu'on éprouve mais simplement un petit regard sympathique en passant, car on ne voit pas les conditions de vie de l'animal. Nous n'aimons pas trop nous poser des questions désagréables, ni penser aux peurs qui habitent les êtres, comme celle d'avoir à endurer des conditions difficiles par exemple le froid, etc. Nous préférons penser à notre environnement douillet calme. Notre amour est donc limité. Pour étendre l'amour et la compassion, il faut regarder les conditions dans lesquelles sont placés les êtres, et leurs besoins: il faut se mettre à leur place. On s'aperçoit finalement qu'ils ont des conditions de vies difficiles et que leurs sensations et leurs aspirations sont identiques aux nôtres. Un véritable amour et une compassion authentique s'élèvent alors, s'étendant à tous, l'action qu'on entreprend est dès lors beaucoup plus large. Sans une telle démarche, on s'enferme dans un amour limité à un territoire connu. Ce n'est pas vraiment de l'amour; au contraire, cela renforce la distinction entre ce qu'on aime et ce qu'on n'aime pas. On aboutit ainsi à une sorte de jugement sans une attitude vraiment équanime.
Il est possible de comprendre ce qu'est l'amour ou la compassion et de ne p pouvoir de les mettre en pratique. Il y a effectivement des choses qui sont difficiles à faire. C'est l'entraînement de l'esprit qui nous permet de nous développer et d'aller davantage dans le sens de l'amour et de la compassion: on crée des habitudes, et au fur et à mesure qu'elles s'ancrent dans l'esprit, on devient capable d'agir dans le sens de l'amour et de la compassion. Ces habitudes permettent à l'esprit d'accepter des situations et des types d'actions et de comportements qui, a départ, semblaient éloignés de nous-mêmes ou que nous n'avions pas envie d’accepter.

Les moyens habiles de la compassion

Lorsqu'on développe cette compréhension et qu'on agit dans le sens de l'amour et la compassion, on comprend la nécessité et la réalité des rituels de purification. On ne prie pas pour s'établir sur son petit nuage de paix et de sérénité. Le but de la prière est beaucoup plus large: il s'agit d'apporter un soulagement et un bienfait à tous les êtres. Il est certain qu'on agit parfois de façon erronée et qu'il nous est difficile d'éviter que nos comportements aient des conséquences fâcheuses pour autrui. En voiture, par exemple, on écrase et on tue beaucoup d'insectes, ce qui n'est pas vraiment une action altruiste! Pourtant on n'y peut rien, il faut bien se déplacer. Si l'on n'a pas les moyens d'éviter ce type d'action, on peut par contre prendre conscience de cet état de fait et développer des souhaits pour que l'action entreprise soit la plus légère possible et que les êtres tués par notre action prennent une renaissance plus facile. Cette prise de conscience est bénéfique et profitable pour les êtres et pour nous-mêmes. Si l'on rencontre un animal qui souffre, on ne peut pas toujours faire quelque chose, mais il est bon de développer une attention et de former des souhaits pour que cet animal puisse vraiment sortir du cycle de la souffrance et évoluer dans le sens de l'Eveil. C'est pour cette raison qu'existent les rituels de purification, c'est la raison même des poudjas : on les effectue afin de pouvoir accomplir des actions et formuler des souhaits plus profitables et plus puissants pour tous les êtres.

 

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FIN

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