Faire
le bon choix
Même
si l'on n'aime pas accomplir telle ou telle action, on s'aperçoit
que, de par les circonstances et la condition dans laquelle
on se trouve, on est poussé à agir de telle ou
telle manière. On se rend compte également qu'on
a souvent tendance à agir dans tel sens sans vraiment
savoir pourquoi ni comment. C'est donc un processus individuel,
une compréhension intime et particulière qu'il
faut développer à la lumière des enseignements
du Bouddha, afin de reconnaître les comportements qui
nous sont accessibles et ceux qu'il faut modifier. La motivation
première est évidemment d'agir pour le mieux,
mais chacun se situe à un niveau différent, avec
des circonstances et des comportements différents. Agir
pour le mieux revient à dire qu'on essaie d'accroître
et de développer toutes les actions positives et d'abandonner
tous les actes qui sont nuisibles non seulement pour les êtres
autour de nous, mais aussi pour nous-mêmes.
Nous avons parlé de la sangha précédemment.
Le sens de notre vie est souvent influencé par ceux qui
nous entourent. Du fait de notre état d'ignorance, nous
ne savons pas toujours quelles sont les actions vertueuses vers
lesquelles il faut tendre, ni quel sens donner à notre
vie. Si nous avions dépassé ce stade d'ignorance,
nous aurions l'esprit très clair et saurions toujours
quelle action est correct. Comme ce n'est pas le cas, nous nous
laissons influencer par les personnes qui nous entourent, et
si quelque chose nous semble bien, nous sommes tentés
d'aller dans cette direction. C'est pourquoi il est très
important de s'en remettre à l'influence d'une sangha
possédant de vraies qualités positives et reliée
à tsultrim,
Il y a quatre ans, un ami m'a accompagné à l'aéroport
de New York. Quelques instants après mon embarquement,
je fus rejoint par cet ami qui venait me dire au revoir. Fort
étonné, car il n'est pas permis normalement de
monter dans l'avion sans billet, je lui demandai comment il
avait fait pour venir jusque là. Il me répondit
: "J'ai utilisé un moyen très simple. Je
me suis présenté au service d'immigration en demandant
à passer; on m'a demandé pourquoi et j'ai dit
que je devais m'occuper de personnes qui allaient prendre l'avion.
La personne du service d'immigration a refusé, expliquant
que cela était interdit. Je lui ai répondu que
c'était très ennuyeux car, ces personnes étant
célèbres, on ne pouvait pas les laisser comme
cela. L'officier m'a demandé qui étaient ces personnes.
Je lui ais répondu: "Comment! Vous ne lisez donc
pas les journaux ? I1s parlent tous de leur venue, et cet homme,
de peur de paraître stupide, m'a laissé passer."
(Lama Jigméla précise qu'il n'avait pas du tout
fait la une des journaux !) Cet ami avait trouvé un moyen
habile pour obtenir ce qu'il voulait, mais un moyen basé
sur la tromperie et utilisant la naïveté de l'interlocuteur.
En regardant les choses, on se dit d'abord que cet ami est quelqu'un
d'assez génial, et on aurait tendance à souhaiter
être comme lui. C'est là où il faut être
très vigilant et avoir présente à l'esprit
cette notion de tsultrim. En regardant l'histoire en détail,
on voit qu'il s'agit d'une tromperie associée au mensonge
et à l'exploitation de la naïveté des autres.
Ce n'est donc pas une action correcte. Il faut développer
tsultrim, la vision de ce qui est juste et de ce qui ne l'est
pas, sinon nous risquons de nous laisser fasciner par des actions
qui au premier regard semblent excellent, alors qu'elles sont
sous l'influence d'un poison, en l'occurrence ici l'utilisation
des autres. A priori ce n'est pas très grave, mais cela
laisse des empreintes dans l'esprit, qui deviennent de plus
en plus profondes et ne sont pas tournées vers le respect
et le bienfait d'autrui.
L'amour,
un sentiment plus large
Le développement
de l'amour et de la compassion permet de comprendre vraiment
ce qu'est tsultrim et pourquoi il est nécessaire de rencontrer
une sangha qui possède des qualités véritables.
Sans l'amour et la compassion, on ne développe pas attention
et une vigilance suffisantes pour être certain de se comporter
à chaque instant de façon correcte. Sans l'amour
et la compassion, on est obnubilé par nous-même,
et lorsqu'on voit que quelque chose nous est profitable et nous
fait plaisir, on ne se pose pas trop de questions et on persévère
dans ce sens. L'amour n'est le fruit d'un désir et ne
se limite à une ou deux personnes, ou à un environnement
quelconque. L'amour est un sentiment beaucoup plus large qui
s'étend à tous êtres sans exception. Quand
on voit un chien, on le trouve peut-être gentil, mais
n'éprouve pas forcément pour lui ce sentiment
profond qu'est l'amour véritable. Celui-ci ne s'élève
qu'à partir du moment où l'on est conscient des
conditions lesquelles se trouve le chien, de ses nécessités
et du contexte où il vit. Quand on voit un lapin dans
un champ, on le trouve sans doute mignon mais, encore une fois,on
reste à la surface et ce n'est pas de l'amour qu'on éprouve
mais simplement un petit regard sympathique en passant, car
on ne voit pas les conditions de vie de l'animal. Nous n'aimons
pas trop nous poser des questions désagréables,
ni penser aux peurs qui habitent les êtres, comme celle
d'avoir à endurer des conditions difficiles par exemple
le froid, etc. Nous préférons penser à
notre environnement douillet calme. Notre amour est donc limité.
Pour étendre l'amour et la compassion, il faut regarder
les conditions dans lesquelles sont placés les êtres,
et leurs besoins: il faut se mettre à leur place. On
s'aperçoit finalement qu'ils ont des conditions de vies
difficiles et que leurs sensations et leurs aspirations sont
identiques aux nôtres. Un véritable amour et une
compassion authentique s'élèvent alors, s'étendant
à tous, l'action qu'on entreprend est dès lors
beaucoup plus large. Sans une telle démarche, on s'enferme
dans un amour limité à un territoire connu. Ce
n'est pas vraiment de l'amour; au contraire, cela renforce la
distinction entre ce qu'on aime et ce qu'on n'aime pas. On aboutit
ainsi à une sorte de jugement sans une attitude vraiment
équanime.
Il est possible de comprendre ce qu'est l'amour ou la compassion
et de ne p pouvoir de les mettre en pratique. Il y a effectivement
des choses qui sont difficiles à faire. C'est l'entraînement
de l'esprit qui nous permet de nous développer et d'aller
davantage dans le sens de l'amour et de la compassion: on crée
des habitudes, et au fur et à mesure qu'elles s'ancrent
dans l'esprit, on devient capable d'agir dans le sens de l'amour
et de la compassion. Ces habitudes permettent à l'esprit
d'accepter des situations et des types d'actions et de comportements
qui, a départ, semblaient éloignés de nous-mêmes
ou que nous n'avions pas envie daccepter.
Les moyens
habiles de la compassion
Lorsqu'on
développe cette compréhension et qu'on agit dans
le sens de l'amour et la compassion, on comprend la nécessité
et la réalité des rituels de purification. On
ne prie pas pour s'établir sur son petit nuage de paix
et de sérénité. Le but de la prière
est beaucoup plus large: il s'agit d'apporter un soulagement
et un bienfait à tous les êtres. Il est certain
qu'on agit parfois de façon erronée et qu'il nous
est difficile d'éviter que nos comportements aient des
conséquences fâcheuses pour autrui. En voiture,
par exemple, on écrase et on tue beaucoup d'insectes,
ce qui n'est pas vraiment une action altruiste! Pourtant on
n'y peut rien, il faut bien se déplacer. Si l'on n'a
pas les moyens d'éviter ce type d'action, on peut par
contre prendre conscience de cet état de fait et développer
des souhaits pour que l'action entreprise soit la plus légère
possible et que les êtres tués par notre action
prennent une renaissance plus facile. Cette prise de conscience
est bénéfique et profitable pour les êtres
et pour nous-mêmes. Si l'on rencontre un animal qui souffre,
on ne peut pas toujours faire quelque chose, mais il est bon
de développer une attention et de former des souhaits
pour que cet animal puisse vraiment sortir du cycle de la souffrance
et évoluer dans le sens de l'Eveil. C'est pour cette
raison qu'existent les rituels de purification, c'est la raison
même des poudjas : on les effectue afin de pouvoir accomplir
des actions et formuler des souhaits plus profitables et plus
puissants pour tous les êtres.