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LEVEIL
AU QUOTIDIEN - #1
L' esprit
de l'éveil dans sa phase d'aspiration
Notre approche
du dharma sera faussée à la base si l'on n'a pas
réalisé vraiment ce qu'est le refuge, si l'on ne
s'est pas tourné dans cette direction de la confiance totale,
de l'abandon de l'égoïsme, si l'on n'a pas atteint
la bonté fondamentale qui fait que l'on se tourne entièrement,
complètement vers les autres pour les aider et si cette
bonté ne motive pas notre action et notre pratique. Parce
que l'on est souvent négligent, l'aspect du refuge et des
préliminaires nous semble peu important et l'on passe donc
très rapidement dessus, sans vraiment approfondir, sans
vraiment comprendre les choses. On se retrouve alors dans une
sorte d'activité-dharma : étude, réflexion,
fréquentation des centres, pratiques, méditation,
etc. mais, en fait, le fond des choses nous échappe complètement,
nous sommes sur la surface et nous glissons, en utilisant les
moyens du dharma, sur de vieilles traces, de vieux rails qui sont
les rails habituels d'intérêts égoïstes.
On se trompe et il faut espérer qu'à un moment ou
à un autre on va prendre conscience de cette erreur, on
va finalement opérer la transformation nécessaire,
mais cette erreur peut durer très longtemps avant que l'on
s'en rende compte. On peut avoir le sentiment d'être quelqu'un
de généreux, d'intéressé principalement
par les autres, on peut ainsi se donner l'illusion à soi-même
et même aux autres d'être généreux et
ceci peut durer très longtemps sans qu'on en prenne jamais
conscience. Notre activité a alors une similitude avec
l'activité profane, celle que l'on pourrait avoir dans
le monde, comme une activité professionnelle ou sociale
dans laquelle finalement on se justifie par de belles intentions
en disant "Je travaille et, si je suis connu, je pourrai
faire connaître le dharma à plein de gens",
ou "Si je suis riche, je pourrai être généreux",
bref, si "je" suis ceci, si "j"ai une grande
réputation, si "je" suis socialement bien établi,
"je" pourrai faire profiter les autres de ceci et de
cela. Mais la vérité profonde derrière cela
est mon désir d'être bien établi socialement,
d'avoir du succès, d'être riche, de gagner. Et l'intention
altruiste n'est qu'un vernis, une excuse, une bonne conscience
à bon marché pour nous permettre de développer
tranquillement la recherche de notre intérêt égocentrique
et rien de plus. La preuve en est que, si l'on ne réussit
pas dans cette recherche de gloire, de renommée, de succès,
l'on est abattu. On n'a pas réussi à obtenir ce
que l'on voulait pour soi. C'est bien le signe qu'à la
base ce n'était pas l'intérêt des autres qui
était recherché, celui-ci n'était qu'une
excuse, qu'un prétexte, et c'était bien notre intérêt
personnel qui était en jeu. Le même processus se
continue mais avec la couleur, le vernis du dharma: on peut tout
à fait entrer dans les mêmes structures, avoir les
mêmes tendances et glisser sur le dharma sans jamais l'approcher
vraiment. Il faut donc vraiment se remettre en question, se demander
quelle est notre motivation profonde et regarder dans tous les
moments d'étude, de méditation et de réflexion
ce qui nous motive.
C'est dans cette vision profonde, honnête de nous-mêmes,
de notre motivation, que réside la possibilité d'une
transformation, d'une prise de conscience, d'une évolution.
C'est vraiment la clef de toute chose, c'est pour cela que l'on
parle d'intentions et la façon même dont on décrit
ces intentions, dont on les qualifie de bonnes ou de mauvaises,
est importante. On parle souvent en français d'intention
bienveillante ou malveillante. Cela peut paraître un peu
radical, mais en fait malveillante signifie "que l'on retire
aux autres sans rien leur donner". Bienveillante veut dire
"que l'on donne aux autres". Entre bonne et mauvaise,
bienveillante et malveillante intention, vous pouvez choisir la
traduction qui vous convient, mais cela se rattache toujours à
une intention qui est foncièrement tournée
vers soi ou foncièrement tournée vers les autres.
Il s'agit d'une prise de conscience progressive qui nous amènera
à être totalement tourné vers les autres.
Cette intention représente donc l'essentiel du travail.
C'est autour de ces deux formes d'intention que tout va s'articuler.
Soit l'on développe une intention qui est malveillante,
négative, qui est égocentrique, dans le sens où
elle va nu i re aux autres et où elle va aussi nuire à
nous-mêmes, car elle nous portera dans une direction
qui est celle de la confusion, des émotions et finalement,
ultimement, de la souffrance.
Soit l'on
développe l'intention bienveillante qui est celle qui donne
aux autres, qui nous libérera de la dictature de l'ego,
du poids de l'égoïsme et nous conduira vers la limpidité,
la clarté, la sagesse et la libération de la souffrance.
Cela s'articule autour de ces deux notions: égoïsme
et altruisme. Toute la différence sera là. Tout
le travail sera d'abord orienté vers l'observation de nos
intentions et le développement d'une attitude. Ensuite,
ce travail sera davantage tourné vers la pratique, vers
l'action qui sera liée à ce nouveau tremplin, à
cette nouvelle direction que l'on se donnera.
Lesprit
de l'éveil dans sa phase d'application
A la suite
de cette phase d'aspiration du développement de l'esprit
de l'éveil, le besoin de l'action se fait naturellement
sentir: il devient nécessaire de s'engager entièrement,
complètement, totalement. L ' accomplissement de cet acte
de Libération des êtres devient nécessaire
pour chacun d'entre nous sur le chemin de la pratique. On entre
donc dans la deuxième phase de l'esprit de l'éveil
qui est la phase d'application, de mise en action. On a développé
une intense compassion, une bonté fondamentale, qui s'applique
ou plutôt qui prend pour objet tous les êtres sans
la moindre exception, qui voit en eux la bonté de nos parents
de cette existence et qui souhaite profondément les libérer,
avec sagesse, avec amour. On commence donc à pratiquer
et c'est là tout le travail habituel de réflexion,
de méditation, d'étude, avec un souci de persévérance;
il ne s'agit pas de quelque chose de fugace, de passager, d'une
envie soudaine et très fugitive qui s'élève
en nous, mais c'est un engagement total de notre vie, voire des
vies jusqu'à l'éveil, dans la pratique afin d'en
obtenir le fruit. Il s'agit d'aller jusqu'au plein développement
des qualités de l'esprit. Il y a alors une notion de persévérance
et d'engagement qui se développe et que l'on exprime
par notre action au travers de l'étude, de la réflexion,
de la méditation. Cette action ne comporte aucun retour
vers soi-même, il n'y a aucun espèce d'intérêt
personnel dans ce travail, c'est un travail purement altruiste
puisque l'on a compris la raison d'être de la pratique.
Et puisque l'on a compris la raison d'être de la pratique,
on la met en action. On va continuer à pratiquer au travers
de tout ce que notre vie va nous faire rencontrer, à
savoir les difficultés, les réticences, ainsi que
toutes les limitations qui sont les nôtres, et cela sans
jamais baisser les bras, sans jamais se décourager, car
la force motrice est une compassion infinie, un amour et une bonté
sans limite. C'est là que l'on puisera la force de l'action
pour aller au-delà de tous les obstacles. Si l'on
faiblit, si l'on est fatigué ou effrayé, si l'on
atteint certaines limites, c'est simplement parce qu'à
un moment on manque de confiance dans les trois joyaux, parce
qu'on a perdu de vue cette force et qu'on laisse parler davantage
les peurs, les exigences et les réticences de l'ego. C'est
là que se trouvent les limites et ou se situe le travail,
le combat.
Cette attitude
d'esprit est essentielle: si l'on n'a pas compris la raison d'être
de la pratique du dharma, le moindre obstacle sonnera le glas
de notre pratique et l'on s'arrêtera là, on ne fera
plus rien. Au fil du temps, on rencontrera des émotions,
des difficultés, des problèmes; c'est la raison
d'être du chemin, la raison d'être de la pratique.
Il faut aller au-delà, vers quelque chose qui s'appelle
l'éveil et vers la capacité de libérer tous
les êtres de la souffrance. Si l'on s'arrête à
l'obstacle et que l'on n'a pas une vision qui le transperce,
afin de voir la réalisation derrière, notre effort
va s'y arrêter. On va se dire: "je" souffre, "je"
suis malade, "je" suis abattu... et, de ce fait, on
est à nouveau focalisé sur "je" : "j'aime",
"je n'aime pas", "je veux être heureux",
et l'on n'est pas dans l'esprit de la pratique du dharma. Très
rapidement on se recroquevillera sur son petit bien-être,
ses douleurs, ses difficultés, on cherchera des échappatoires,
des refuges provisoires, et l'on oubliera ce qu'est le véritable
refuge, c'est-à-dire la compassion de l'éveil, la
sagesse.
Notre vision est très limitée et centrée
sur nous-mêmes, elle s'arrête à l'obstacle
et le prend comme une difficulté personnelle. A l'inverse,
si l'on a une confiance totale dans les trois joyaux, notre vision
transpercera cet obstacle et verra plus loin, elle percevra le
fruit du chemin qui se trouve derrière l'obstacle et elle
prendra cet obstacle comme une opportunité de travail,
une qualité à mettre en avant, une énergie
à développer. L'obstacle n'est donc plus vu comme
quelque chose d'écrasant qui va nous détruire et
nous épuiser, mais comme quelque chose de stimulant.
Paradoxalement, on peut rencontrer une immense joie à faire
face et à affronter les obstacles, puisque lion sait quils
sont des étapes, des marches vers cette élévation
qui nous conduira à l'éveil et nous donnera la capacité
daider tous les êtres. La confiance dans les trois
joyaux et cette capacité de passer au travers de la vision
des difficultés nous permettent donc de trouver la joie
dans la pratique et même dans la confrontation avec la difficulté.
Sinon lion sarrête, on est bloqué et on ne
trouve pas l'énergie pour aller au-delà ; on nia
pas véritablement compris le sens du refuge puisque lion
a perdu la confiance. Par conséquent, nous nous retournons
vers nos problèmes, vers notre bien-être, vers notre
peur et l'on perd la compassion. Ayant perdu la compassion et
la confiance, on perd le fil conducteur de la pratique du dharma.
Il est donc essentiel de transpercer les obstacles en les voyant
pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire des tremplins vers l'élévation
et non des murs qui sont des interdits ou des blocages qui nous
affectent personnellement.
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