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Instructions
Orales
Guendune Rinpoché
L'ATTITUDE
JUSTE
Si, lorsque
nous rencontrons des personnes heureuses d'une chose qu'elles ont
développée en elles, notre premier mouvement est de
nous réjouir pour elles, c'est le signe que nous avons développé
l'attitude d'Eveil correcte. Par contre, si en les rencontrant nous
nous en trouvons énervés, c'est le signe que notre
motivation profonde est toujours l'attachement à notre ego.
Et si nous considérons les autres comme des sources de difficultés,
c'est le signe d'un très fort attachement à l'ego
et la preuve que nous n'avons même pas commencé à
développer l'attitude éveillée correcte. Mais
si nous percevons les difficultés rencontrées comme
des occasions de nous entraîner à développer
des qualités telles que la patience, c'est le signe que nous
avons développé une attitude d'Eveil correcte.
Lorsqu'on met en pratique les enseignements du Bouddha, il importe
de le faire avec un état d'esprit libre de toute préférence,
libre de toute considération qu certaines personnes sont
des amies et d'autres des ennemies, libre de l'attachement et de
la haine qui sont le produit de ces relations. Il est évident
que, lorsqu'on regarde certaines personnes comme des amies, de suite
survient l'idée que les autres sont des ennemis: nous développons
haine et colère envers ceux qui porte atteinte à nos
amitiés et les tenons pour des ennemis, et nous accomplissons
ainsi, beaucoup d'actes négatifs pour protéger nos
amis et nous débarrasser de nos ennemis. Si l'on ne tombe
pas dans cet attachement spécifique, on peut alors développer
l'équanimité et apprendre à considérer
tous les êtres comme ayant la même importance. Il faut
prendre conscience que regarder certaines personnes comme des ennemies
parce qu'elles nous créent des obstacles ne nous permettra
jamais d'accéder au parfait éveil. Nous avons besoin
d'ennemis, besoin rencontrer des obstacles et des difficultés
sur le chemin vers l'éveil. Sinon nous n'avons jamais l'occasion
de pratiquer la patience, et sans patience notre expérience
de la méditation ne peut pas s'accroître. Du point
de vue spirituel, ceux que l'on considère comme nos ennemis,
les sources de difficultés et les obstacles, sont nos meilleurs
amis. Considérer que tous les êtres ont la même
importance permet de développer la véritable patience,
grâce à laquelle on peut demeurer dans un état
de complète équanimité, un état d'aise
et de félicité, simplement parce que l'esprit n'est
plus perturbé par l'attachement ou la haine. Une fois que
l'on est dans cet état d'égalité, on peut dire
qu'on a vraiment développé une authentique attitude
d'Eveil.
L'ATTITUDE
EVEILLEE
Si l'on souhaite
développer la bodhicitta authentique, la première
des choses à faire est de se libérer de toute disposition
d'esprit malveillante, sinon on s'abuse soi-même: on peut
penser qu'on essaye d'aider autrui, mais en fait on est simplement
imbu de soi. Au début, on prend la ferme résolution
de ne jamais nuire à qui que ce soit, en quelque circonstance
que ce soit, et de faire tout ce que l'on peut pour porter aide
et assistance à tous les êtres. Cette ferme intention
est la base de l'attitude éveillée; on doit abandonner
tous les actes négatifs et n'entreprendre que des actions
vertueuses et positives. Et même si l'on n'est pas dans une
situation permettant de venir efficacement en aide à quelqu'un,
parce que l'aptitude à le faire nous manque ou parce que
les circonstances ne le permettent pas, on ne développe ni
colère ni déception, mais on émet au contraire
le souhait de pouvoir, dans le futur, venir en aide à cette
personne et la libérer de sa souffrance. On développe
aussi le souhait que cette personne puisse un jour rencontrer les
enseignements du Bouddha et accéder au parfait Eveil.
Nous répétons cette double prière de multiples
fois. Conserver ce souhait présent , permet de cultiver une
tendance qui transforme l'attitude ordinaire. Il est nécessaire,
lorsqu'on veut développer la bodhicitta, d'être très
attentif à l'état d'esprit dans lequel on se trouve
et tout à fait conscient de ce que l'on fait. Grâce
à cette vigilance, on transforme peu à peu l'attitude
de tous les jours en une attitude d'Eveil. Notre corps, notre parole,
notre esprit, et tous les actes accomplis à travers eux s'imprègnent
progressivement de cette nouvelle attitude positive. Peu à
peu, l'attitude éveillée correcte se fait plus présente
en nous: quoi que nous fassions, que nous soyons assis, que nous
travaillions, que nous dormions, que nous agissions, désormais
tous les actes de notre vie font partie du chemin vers l'Eveil.
UNE BODHICITTA
AUTHENTIQUE
Développer
la bodhicitta revient à transformer fondamentalement son
mode de pensée. D'ordinaire, on peut croire que l'on agit
réellement pour le bien d'autrui, mais si l'on regarde au
plus profond de soi, secrètement et subtilement, on agit
pour soi-même. Nos actions soit-disant bénéfiques,
qu'elles soient calmes ou plus violentes, sont en fait motivées
par l'idée que nous avons de nous-mêmes, par notre
propre ego: nous voulons continuer à être entourés
d'amis et à éloigner les ennemis. Il faut inverser
cette tendance pour développer une bodhicitta 'authentique.
Développer la bodhicitta revient à échanger
soi et autrui. Normalement, on se préoccupe d'abord de soi
et ensuite des autres; avec la bodhicitta, c'est le contraire: on
fait passer le bien d'autrui avant le sien. dont on ne se préoccupe
plus.
Si nous parvenons à modifier ainsi notre comportement, nous
semons la cause qui nous permettra de devenir des bodhisattvas.
l'échange avec autrui signifie que toutes les situations
agréables, tous les succès, toutes les victoires,
ne sont pas gardés pour soi mais donnés aux autres
pour qu'ils en profitent, et qu'on expérimente toutes les
difficultés et les défaites sans les rejeter vers
autrui. Si nous parvenons à donner la victoire à autrui
et à prendre la défaite pour nous-mêmes, c'est
l'assurance que notre attachement à l'ego a fortement diminué.
L'attitude altruiste peut sembler particulièrement difficile
parce que très éloignée de notre manière
d'agir habituelle. On s'imagine qu'il faut fournir de grands efforts
pour changer nos comportements. Dans un sens, ce n'est pas difficile
du tout, car il faut simplement changer d'attitude intérieure;
tout notre comportement s'en trouve alors automatiquement transformé.
D'ordinaire nous considérons que nous sommes très
importants et développons par réaction beaucoup de
haine et d'attitudes malveillantes à l'égard d'autrui.
Si nous réussissons à nous défaire de l'idée
de notre propre importance, toute notre vie change. Dès qu'on
cesse de se considérer comme le centre du monde, il n 'y
a plus de raison d'être méchant : les actes sont automatiquement
animés par le souhait de venir en aide à autrui ce
moment-là, la bodhicitta est présente et il n'est
pas nécessaire de produire d'énormes efforts, de pratiquer
de grandes méditations ou d'employer, nombreuses techniques
pour instaurer coûte que coûte cette bodhicitta à
l'intérieur de soi. La seule chose à faire, c'est
de laisser de côté l'idée de sa propre importance.
En ce sens, développer la bodhicitta n'est pas aussi difficile
qu'on peut le croire.
LA VISION
JUSTE
Notre attention
est constamment dirigée vers l'extérieur et vers autrui.
Nous avons développé l'habitude de regarder dans cette
direction et perdu complètement celle de tourner notre regard
vers nous-mêmes. Il nous manque cet il de sagesse, dirigé
vers l'intérieur, qui permet de se voir tel que l'on est
vraiment. Nous pensons être quelqu'un de bien, d'habile, de
lucide, nous pensons posséder de nombreuses qualités
que nous n'avons pas. Nous sommes persuadés de les avoir
mais nous n'avons jamais regardé à l'intérieur
de nous. Quand nous regardons à l'extérieur, les fautes
qui sont en nous troublent notre vision. Nous "projetons"
ces fautes vers les autres en qui nous n'avons pas confiance: nous
considérons qu'ils n'agissent pas de façon correcte,
qu'ils pensent mal, qu'ils sont remplis de défauts. Cela
suscite en nous de la colère, de la haine et de la jalousie
à leur égard. Au bout du compte, notre esprit est
complètement emporté par ces émotions intérieures.
Tout cela provient de ce que nous ne nous voyons pas et regardons
les autres travers à nos propres fautes. Nous sommes souvent
dans des états d'esprit dont nous n'avons pas conscience.
Lorsque la jalousie imprègne notre esprit, par exemple, nous
n'en sommes pas nécessairement conscients, de même
que nous ne percevons pas les autres émotions telles que
l'orgueil ou la colère qui influent sur notre manière
de voir. Poursuivons avec l'exemple de la jalousie: nous ne la voyons
pas l'intérieur de nous, mais nous la projetons sur le monde
extérieur et sur les autres. Cela signifie que nous interprétons
leur comportement: nous sommes persuadés qu'ils pensent de
telle manière, qu'ils agissent pour telle ou telle raison;
et nous développons colère et rejet à l'égard
de leur manière d'agir. Cela est encore compliqué
par notre orgueil: nous pensons que nous agissons toujours correctement
et que toute faute dans une situation est due aux autres. Notre
esprit est sans cesse secoué par la colère, la haine
et la critique, et il en résulte une incessante souffrance.
Ce processus est dû au fait que nous ne voyons pas notre esprit
tel qu'il est. Il faut développer le regard intérieur,
l'il de sagesse, afin d'avoir peu à peu une vision
plus claire de nous-mêmes, de voir nos émotions et
de nous rendre compte que les fautes attribuées jusqu'ici
aux situations et aux autres ne sont que des projections de nos
états d'esprit négatifs. Si nous prenons conscience
des impuretés qui nous habitent et que nous les acceptons,
la très haute opinion que nous avons de nous-mêmes
décroît. Une fois calmé cet orgueil de base,
toutes les autres émotions s'apaisent également. L'esprit
se trouve alors très à l'aise et se détend
puisqu'il n'est plus perturbé par les émotions.
LA PURETE
AUTHENTIQUE
Cette disposition
très paisible de l'esprit, dans laquelle les émotions
ne sont plus agissantes, est l'état auquel on parvient par
la pratique du calme mental. Cette pratique consiste à apaiser
les émotions de l'esprit et à s'établir dans
cet état de façon stable. Si l'on perçoit en
soi beaucoup de qualités et des fautes chez les autres, c'est
le signe que l'on est toujours sous l'influence de l'attachement
égocentrique.
Si l'on voit des qualités partout à l'extérieur,
c'est le signe que notre vision est très pure. Voir ses propres
fautes est très positif, car c'est le moyen qui permet de
les dissiper et de les purifier, mais si l'on n'en a pas conscience,
il est impossible de s'en débarrasser. Nous devons avoir
pour but de développer une prise de conscience de plus en
plus précise des défauts de notre esprit, et de mener
à bien les pratiques qui permettent de transformer et de
purifier ces défauts. On devient ainsi un être vraiment
pur: il ne s'agit pas d'une pureté fictive basée sur
l'orgueil ou l'ignorance, mais de la pureté authentique de
celui qui a l'esprit clair et sans faute. C'est l'Eveil, qui n'est
pas un état spécial qu'il faudrait produire, mais
simplement un état de l'esprit dans lequel toutes les impuretés
intérieures ont été dissipées.
LA CONNAISSANCE
AUTHENTIQUE
La différence
entre connaissance et ignorance est la capacité, ou l'absence
de capacité, à se voir tel qu'on est. La meilleure
manière d'illustrer cette méconnaissance du véritable
état de notre esprit et des conséquences qui en résultent
est l'exemple de la personne qui se promène dans la rue avec
le visage taché. Puisqu'elle ne voit pas la tache sur sa
figure, elle est persuadée d'être séduisante;
par contre les autres voient facilement la tâche. Ce n'est
que lorsqu'elle passe devant un miroir qu'elle peut se rendre compte
de sa situation. La même chose se produit avec notre esprit
intérieur: lorsqu'on se voit tel qu'on est vraiment, on peut
très facilement distinguer ses imperfections, s'en débarrasser
et devenir quelqu'un de parfaitement pur.
Rinpoché explique qu'il ne faut pas le considérer
comme quelqu'un qui serait complètement dépourvu de
fautes et nous expliquerait ce qu'il faut faire avec les nôtres.
Cette interprétation n'est pas correcte. Rinpoché
nous explique cela, car lui-même a suivi cette démarche.
Il faut donc faire preuve d'une grande vigilance à chaque
instant de la vie et regarder son esprit pendant l'activité,
afin de voir par soi-même si ce que dit Rinpoché est
vrai ou non. Et cela afin de discerner les moments où l'on
est motivé par son propre bienfait ou celui d'autrui. Cette
introspection nous permet de voir nosémotions de les dissiper,
mettant ainsi en évidence les qualités inhérentes
à notre potentiel de bouddha. Le premier point de toute cette
démarche consiste donc à développer une prise
de conscience, un regard intérieur afin de s'examiner soi-même
de façon tout à fait lucide.
TONGLEN
Pour développer
une telle attitude, il est nécessaire d'avoir une pratique.
Rinpoché nous propose de faire la pratique de l'échange
de soi avec autrui, la pratique prendre et donner.
Nous laissons tout d'abord l'esprit se détendre entièrement,
s'établir dans un état de calme complet. sans nous
attacher à quoi que ce soit. Nous sommes certains que tout
ce qui se manifeste est notre propre esprit et nous ne percevons
plus la manifestation comme distincte de nous-mêmes. Nous
demeurons ainsi l'esprit parfaitement calme et paisible. Nous prenons
conscience du mouvement de notre respiration, de façon naturelle
et sans nous efforcer à quoi que ce soit. Nous imaginons
qu'à chaque expiration les mérites et les vertus,
que nous avons accumulés depuis la nuit des temps et qui
sont présents dans notre courant conscience, sortent de nous
et se dissolvent en tous les êtres de l'univers. Ces mérites
et ces vertus ont la capacité de faire disparaître
les souffrances, les maladies et les obstacles des êtres qui
emplissent l'univers, de la même manière que le brouillard
se dissipe lorsque le soleil commence à briller. Tous ces
êtres ressentent un sentiment de grande pureté et de
grande joie. On imagine ensuite qu'au moment de l'inspiration tous
les obstacles, les difficultés et les souffrances de tous
les êtres vivants viennent se fondre en nous et qu'ainsi nous
libérons ces êtres de le souffrance. On imagine que,
ce faisant, ils ne connaîtront plus aucune raison de souffrir
dans le futur; et l'on se réjouit d'être capable d'agir
ainsi.
Au terme de cette méditation, on s'établit dans un
état de vacuité où l'on ne plus de distinction
entre soi et autrui. Demeurer ainsi dans la vacuité sans
point de référence est important. sinon on risque
de s'accrocher à l'idée que l'on a vraiment pris sur
soi la souffrance des autres et que l'on va en souffrir. C'est pour
dissiper cette manière de penser que nous nous établissons
dans la vacuité au terme de notre lion.
Si la pratique qui vient d'être décrite s'accompagne
d'une motivation correcte, peu à peu apparaît la capacité
de l'appliquer à la vie ordinaire. Au fur et à mesure
que nous pratiquons cette méditation, nous développons
une tendance qui transparaît dans tous les actes de notre
corps, de notre parole et de notre esprit. Nous sommes beaucoup
plus disposés à accepter nos difficultés, à
aider les autres à se libérer des leurs, et à
offrir nos qualités et nos actions vertueuses à tous
les êtres afin qu'ils en expérimentent le résultat
positif. Quand une telle attitude anime tous les aspects de la vie
quotidienne. elle peut nous conduire au parfait Eveil.
Si nous ne développons pas une attitude pure, nous nous trouverons
peut-être dans des situations où nous penserons être
à même d'aider les autres et où nous essayerons
de le faire, mais la personne ne reconnaîtra pas notre action,
refusera notre aide et se mettra en colère contre nous. Ce
qui nous conduira à également développer la
colère: si elle ne veut pas de notre aide, nous ne la lui
donnerons pas ! Notre engagement d'aider autrui est alors endommagé.
Pour éviter cela, on doit avoir une attitude parfaitement
pure, immuable quelle que soit la réaction d'autrui.
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