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MASCULIN -
FEMININ
Khandro
Rinpoché
Khandro Rinpoché
a donné cet enseignement en avril 1992 à Dhagpo Kagyu
Ling.
Tout d'abord,
je tiens à exprimer ma grande satisfaction d'avoir pu venir
ici : c'est un endroit tout à fait privilégié,
où sont venus de nombreux maîtres spirituels, de grands
Rinpochés qui, par leur présence, ont consacré
ce lieu ; je pense que les personnes qui ont la possibilité
de venir ici, qu'elles soient associées au centre de Dhagpo
Kagyu Ling, aux centres de retraite ou aux autres centres des alentours,
sont extrêmement privilégiées. Ce lieu est même
plus favorisé que certains endroits en Inde.
Une autre raison pour moi d'être très heureuse, raison
qui donne tout son sens à mon voyage en France, c'est de
voir qu'en cet endroit de nombreuses personnes sont engagées
dans la tradition monastique, portent la robe et ont une pratique
excellente. Ceci m'est une source de grande réjouissance.
Je m'attendais à voir quelques personnes avecles vux
et portant la robe, mais je ne m'attendais pas à en voir
autant. Etant moi-même une femme, je suis particulièrement
heureuse de voir ici des nonnes.
J'ai également eu l'opportunité de revoir aujourd'hui
de très vieux amis que je connais depuis plus de treize ans
et ceci est une source de grande joie. Il est particulièrement
agréable, venant d'un endroit, l'Asie, où l'influence
du dharma est beaucoup plus marquée, où il y a beaucoup
plus de maîtres, de monastères et de nonneries, de
se retrouver ici, dans ce lieu si éloigné de la source,
au milieu de la communauté monastique, parmi des gens qui
pratiquent d'une manière authentique et sérieuse,
certaines depuis extrêmement longtemps.
Je vais donc commencer par vous poser une question : "Qu'avez-vous
trouvé après tant d'années de pratique ?"
Il n'est pas nécessaire d'exprimer une réponse verbale,
mais réfléchissez à ce que vous avez pu obtenir
après tant d'années de pratique.
Ceux qui sont engagés dans des pratiques de méditation
sur les divinités, qu'ont-ils trouvé ? Et ceux qui
sont engagés dans la méditation sur la nature de l'esprit,
qu'ont-ils trouvé ? Qu'ils y réfléchissent.
Vous avez pratiqué
la visualisation des divinités, et comme vous êtes
principalement des Kagyupas, je vous parlerai de Tchenrézi
ou de Tara. Qu'avez-vous trouvé ? Avez-vous trouvé
que Tara est un aspect féminin ou masculin ? Vous qui vous
êtes engagés dans la méditation sur l'esprit,
avez-vous trouvé que l'esprit a une nature masculine ou une
nature féminine ?
Si vous réfléchissez à ce genre de question,
que vous ayez cherché l'essence de l'esprit ou l'essence
de la divinité, il est vraisemblable que vous êtes
arrivés à la conclusion qu'il n'y a pas beaucoup de
différence. Etes-vous d'accord avec moi ?
Nous ne faisons pas de différence entre ce qu'un homme peut
faire et ce qu'une femme peut faire. Il importe plutôt d'envisager
ce que nous pouvons faire en tant qu'êtres humains. C'est
la première étape. Nous commençons par ne pas
développer l'orgueil d'être un homme ou la fierté
d'être une femme.
Si l'on ne pratique pas le dharma de façon appropriée,
il a été enseigné que cela sera la cause de
notre renaissance dans des conditions défavorables. Voilà
pourquoi la toute première étape, le premier point
qu'il importe de considérer, est de ne pas envisager de distinction
entre hommes et femmes, entre l'aspect masculin et l'aspect féminin
des divinités, sinon nous ne parviendrons jamais à
la compréhension ultime.
A un niveau très élevé, les maîtres du
passé ont enseigné ou écrit que l'esprit masculin
a une démarche plus directe alors que les femmes sont davantages
liées à la sagesse. Quoiqu'il en soit, si l'on y regarde
bien, l'un sans l'autre n'arrive à rien. Il convient d'avoir
ces deux aspects, la sagesse d'une part et cette attitude directe
d'autre part, et ceci en harmonie ou en développement parallèle.
De manière à obtenir la sagesse, vous avez besoin
de cette attitude directe ; mais si vous possédez cette attitude
directe sans posséder la sagesse, vous ne pouvez pas vous
en servir. Lorsqu'on est marqué par l'un de ces aspects,
il importe de développer l'autre aspect, et vice-versa.
Au tout début, après que l'on s'est engagé
dans la voie en prenant refuge, la première chose qui est
enseignée, c'est de regarder directement la nature de bouddha
présente en tous les êtres qu'ils soient hommes ou
femmes.
Néanmoins on peut se poser une question : pourquoi nous trouvons-nous,
à notre époque, dans une situation où il y
a moins de femmes pratiquantes ou enseignantes, et davantage d'hommes
?
Dans les pays occidentaux, je pense qu'il y a davantage de femmes
engagées dans la voie. Du moins, Je vois plus de femmes ;
je ne sais pas si c'est parce que je suis là...
Par contre, en ce qui concerne l'aspect monastique proprement dit,
il y a peu de nonnes pleinement ordonnées.
Les raisons pour lesquelles les femmes ont moins de résultats
quant à la pratique ou s'engagent moins dans des pratiques
spirituelles élevées sont essentiellement, dit-on,
au nombre de trois. La première de ces raisons est l'attachement,
beaucoup plus marqué chez les femmes ; la seconde est la
peur, peur d'être abandonnée, peur d'être seule,
d'être laissée de côté. Et la troisième
raison est la jalousie. Ce n'est peut-être pas agréable
à entendre, mais c'est la vérité !
Selon, mon expérience personnelle de relation avec des moines
et des nonnes, je trouve beaucoup plus difficile celle avec les
nonnes, en raison justement de ces trois raisons. Ce qui ne veut
pas dire, bien entendu, que les hommes n'ont pas de défauts
; mais aujourd'hui nous parlons surtout des femmes. Et n'importe
quelle femme souhaitant s'engager profondément dans la pratique
se doit de dépasser ces trois points.
Quand on a un attachement extrêmement fort, orienté
vers les membres de sa famille ou tourné vers sa propre apparence
son visage, sa coiffure, ses vêtements - c'est un très
grand obstacle.
Lorsqu'on est affligé d'un fort attachement, on est dans
une situation où la confusion devient de plus en plus grande
et dans un état où il est très difficile, voire
impossible, de savoir s'il faut s'engager dans une direction ou
dans une autre. Et la moitié du temps qui pourrait être
utilisé pour une pratique fructueuse est passée à
se demander quel parti prendre.
Le deuxième aspect est la peur.
Il y a plusieurs sortes de peurs : la peur de perdre quelque chose,
la peur de ne pas être capable de travailler, la peur de pratiquer
seule, la peur de beaucoup de choses. Mais quand on s'engage sur
la voie du dharma, il convient de donner tout ce que l'on a, et
dans ce cas que peut-on avoir peur de perdre ?
Si nous voulons que notre pratique ait des résultats probants,
il faut entretenir de bonnes relations, développer une vaste
compréhension de l'enseignement, maintenir les vux
et abandonner ce qui peut être cause de disharmonie entre
les membres de la sangha.
Et ce qui brise tout cela, c'est la jalousie.
La jalousie se rencontre aussi bien à un niveau très
bas qu'à un niveau très élevé. Par exemple,
si chacun s'assied sur un trône, qui va vouloir rester à
un niveau inférieur ?
Et dans nos vies de pratiquants bouddhistes sérieux, nous
avons tous lu, entendu, écouté des enseignements où
il nous est conseillé de pratiquer avec humilité.
Il importe de voir si l'on a compris et si l'on a appliqué
ce principe dans sa propre vie. Tout particulièrement en
ce qui concerne les femmes. Beaucoup de femmes viennent me voir
et me demandent pourquoi elles ne peuvent pas faire ceci, pourquoi
elles ne peuvent pas faire cela, pourquoi elles n'ont pas le droit
de s'asseoir aux mêmes endroits que les hommes, etc. Combien
même vous le pourriez, cela changerait-il quelque chose à
votre pratique ?
Beaucoup de femmes viennent me poser une question bien paticulière
: pourquoi les femmes qui se sont engagées dans la pratique,
surtout celles qui ont fait des retraites, ne sont-elles pas à
même de conférer les vux de refuge ?
Réfléchissez à cela : est-ce en donnant refuge
que vous vous développerez spirituellement ou ce développement
viendra-t-il en pratiquant ce que vous avez déjà ?
De toute évidence, c'est par la pratique. Ce qui est difficile
à obtenir a plus de valeur. A l'époque du Bouddha,
les vux de nonne pleinement ordonnée étaient
difficiles à obtenir. Certaines personnes pensent que ce
n'était pas une bonne chose, mais, personnellement, je pense
que c'est excellent, parce que cela permet aux femmes qui détiennent
ces vux d'avoir une meilleure prise de conscience : la difficulté
à les obtenir intensifie la valeur de ces vux.
Maintenant que nous les avons obtenus, qu'en faisons-nous ? Cette
tradition des vux de nonne pleinement ordonnée a disparu
de la tradition tibétaine et que l'on soit à même
de conférer les vux du refuge ou non, c'est le développement
même que l'on a pu acquérir par son propre niveau de
pratique qui importe. Dans la vie d'un pratiquant, l'obstacle le
plus difficile à surmonter est l'orgueil. Que ceux qui pratiquent
songent à cela.
Il n'est pas facile d'être une femme, et peut-être encore
moins facile d'être une femme qui pratique le bouddhisme.
C'est quelque chose que j'ai appris. Toutes les histoires que l'on
peut lire, toutes les anecdotes que l'on peut entendre, tous les
faits dont on peut avoir connaissance, relatifs aux vies des femmes
qui ont suivi cette voie spirituelle - les grandes yoginis - permettent
une prise de conscience stimulante qui développe en nous
une grande force et un grand courage, nous aidant à comprendre
que les épreuves auxquelles nous faisons face sont bien moindres
que les épreuves auxquelles elles durent faire face dans
le passé.
Bien entendu, il ne s'agit pas de voir dans ces biographies des
histoires à raconter avant d'aller se coucher, mais quelque
chose de plus profond qui marque notre existence.
Vous connaissez vraisemblablement davantage d'histoires que je n'en
connais moi-même. Mais la question que la plupart des femmes
posent est la suivante : est-il possible pour une femme de manifester
pleinement la réalisation de l'éveil ?
Avant de répondre, je préfère vous demander
ce que vous en pensez.
Bien entendu, c'est possible ! Une femme qui pratique de façon
excellente a la capacité de manifester le plein éveil.
Si l'on examine cela en fonction de ce que disent les différentes
écoles, le petit véhicule ou la tradition du vajrayana,
il existe de nombreux points de discussion qui subsisteront au cours
des siècles. Mais, au niveau ultime, il est possible pour
une femme d'atteindre la pleine réalisation. Néanmoins
il y a beaucoup de difficultés. Si une femme souhaite réaliser
la vérité ultime, il importe dans un premier temps
qu'elle dépasse la distinction entre "masculin"
et "féminin" dans le dharma, qu'il s'agisse de
visualiser des divinités, de recevoir des enseignements ou
de pratiquer soi-même. On ne peut avancer dans le développement
spirituel qu'à condition de dépasser ce concept consistant
à se considérer soi-même comme aspect féminim
ou masculin.
Alors, qui a ainsi manifesté le plein éveil ? Il y
a Tara. Et qui d'autre ?
La question reste en suspens et l'enseignement se termine là-dessus,
le premier jour.
Avez-vous passé
une bonne nuit ? Avez-vous également bien médité
? Avez-vous trouvé quelque chose ? Les nonnes, tout d'abord.
- Il n'y a rien à trouver. Jai trouvé que c'était
très exigeant mais qu'il fallait quand même le faire.
Quelqu'un dans l'assistance ?
- La peur.
- La peur ? La peur de méditer ? Ah bon.
Il semble que la plupart d'entre vous avez réfléchi
aux différents sujets que nous avons abordés hier.
Que vous ayez trouvé quelque chose ou non n'a pas une importance
capitale ; ce qui importe, c'est d'y avoir réfléchi.
La compréhension, la certitude quant à la nature ultime
ne peuvent advenir simplement par la réflexion d'une seule
nuit.
Hier, nous
avons parlé des trois émotions les plus fortes que
sont l'attachement, la peur et la jalousie. On peut être d'accord
avec cela ou non. Certaines personnes peuvent penser qu'elles sont
plus affectées par deux de ces émotions et que la
troisième ne les concerne pas, ou bien l'inverse, qu'une
émotion en particulier les touche mais pas les deux autres.
Et si vous n'en avez aucune, c'est très bien !
Quoiqu'il en soit, il faut porter son attention, étant donné
la situation où nous nous trouvons actuellement, sur les
zones non explorées et les émotions qui nous affligent
le plus. Si nous sommes très affectés par la jalousie
et que l'attachement est moins important dans notre continuum, il
est important, à ce moment-là, de travailler avec
l'émotion de la jalousie. Ou, si nous ne sommes pas trop
sujets à la jalousie ni à la peur, mais que nous sommes
affligés d'un fort attachement, il est nécessaire
de travailler avec cette dernière émotion. Et quoique
l'on puisse dire, quoique l'on puisse exprimer, il est honnête
de reconnaître que l'on est continuellement sous l'emprise
d'une émotion ou d'une autre. Il est facile de penser que
l'on est une personne remplie de compassion, mais il importe de
voir qu'en fait cela n'est pas totalement vrai.
Nous nous trouvons aujourd'hui dans une époque où
un certain développement est beaucoup plus évident,
beaucoup plus rapide qu'il ne fut par le passé, ceci tout
particulièrement dans le contexte des pays occidentaux où
la technique et la science ont fait de tels progrès matériels
qu'il y a une plus grande facilité matérielle. Mais
ce développement extérieur ne peut pas contribuer
à un véritable état de bonheur et de stabilité
tant que nous n'avons pas mis l'accent sur l'aspect intérieur,
à savoir nous-mêmes. Si la recherche d'un individu
porte sur l'aspect extérieur, cette quête ne finit
Jamais. C'est pourquoi il est toujours préférable
de revenir à l'origine, à savoir soi-même, l'individu,
et ce n'est qu'à partir de ce plan que l'on peut véritablement
arriver à un développement total.
Il n'y a jamais de fin à la recherche matérialiste.
Plus on s'y adonne, plus elle a des exigences et, finalement, on
n'en voit jamais le terme. En raison des voiles et des obscurations
qui nous affligent de par nos existences passées et les distractions
mondaines dans lesquelles nous nous trouvons continuellement pris,
nous nous attachons toujours plus à l'aspect extérieur,
jusqu'à en arriver à penser que nous ne sommes pas
à même de nous consacrer véritablement à
la pratique de la méditation et que nous ne pouvons pas nous
concentrer d'une façon précise et parfaite.
Néanmoins, observons nos activités habituelles ; nous
consacrons beaucoup de temps à certaines occupations. Par
exemple, nous passons en moyenne quarante-cinq minutes à
nous maquiller, tout en étant pleinement concentrées
: pas une ligne n'est plus longue, pas une couleur ne dépasse,
du rouge là, du bleu ici, du jaune et enfin du vert. Si nous
fournissions la moitié de cet effort dans nos visualisations,
celles-ci seraient excellentes !
Je pense que, dans la vie d'une femme, le plus important est la
perception que les autres ont d'elle. Qu'il s'agisse de se rendre
en ville, de méditer dans un centre, ou peu importe, la première
préocupation des femmes est : de quoi ai-je l'air ? Quelle
perception les autres vont-ils avoir de moi ? La pensée suivante
est : entre ma voisine et moi-même, quelle est la différence
? Laquelle est la meilleure, la plus belle ? Quand de telles pensées
se développent dans l'esprit, c'est le signe de l'attachement.
Il existe de nombreuses sortes d'attachements et cette forme-ci
liée aux attraits matériels est en quelque sorte l'attachement
le plus simple à dépasser.
Ce qui vient
ensuite concerne les personnes impliquées dans la pratique,
qui ont beaucoup d'expérience, et tout particulièrement
les normes.
La première pensée d'une nonne est : j'appartiens
à cette catégorie extrêmement limitée
d'êtres fortunés qui ont été capables
de renoncer à beaucoup de choses. Se développe alors
en l'esprit une certaine rigueur, un certain orgueil ; nous nous
détournons ainsi de tout ce qui vient de l'extérieur
et, dans notre développement, il n'y a plus d'ouverture ni
de compassion à l'égard de ce qui est extérieur.
Lorsqu'on est une nonne véritablement engagée dans
la pratique, cela peut être une bonne chose, si le développement
intérieur et la pratique se poursuivent de bonne façon
; sinon, on se retrouve dans une situation où, n'ayant plus
de regard sur l'extérieur, on n'est plus ni dans un monde
ni dans l'autre : ni tourné vers l'extérieur ni véritablement
engagé dans le développement intérieur.
Bien entendu, en ce qui concerne les émotions perturbatrices,
toutes les activités mondaines sont négatives. Il
y a quelque chose auquel il faut renoncer. Néanmoins, tant
qu'on ne comprend pas véritablement ce qui se trouve à
l'extérieur, il est déplacé de porter un regard
critique sur le monde extérieur.
Si vous êtes une pratiquante sincère, soyez vous-même
et ouvrez votre esprit à une vie plus large, de façon
à observer ce qui est bon et ce qui est mauvais et à
juger ce qui est nécessaire aussi bien pour vous-même
que pour les autres.
D'autre part, une forme d'attachement exagérée à
l'égard des maîtres spirituels, de l'enseignement,
d'une pratique et même de l'éveil peut se développer.
Ceci est cause de difficultés supplémentaires, II
est important, dans notre situation, de faire bon usage de notre
intellect, de notre cerveau, de notre esprit d'être humain,
parce que c'est là notre particularité par comparaison
aux autres classes d'existence. Nous avons une capacité de
réflexion qui nous permet de discerner ce qui est positif
de ce qui ne l'est pas, et il est important d'en faire usage afin
d'arriver, par cette discrimination, au juste milieu et de ne pas
tomber dans le "tout est bien" ou le "tout est mauvais".
Les pratiquants laïques sont à même de voir la
ligne imperceptible qui existe entre responsabilité et attachement.
De même, pour ceux qui ont revêtus les robes, il est
important de voir la ligne existant entre dévotion et attachement.
Ceci s'adresse à tous : nous devons tous pratiquer en vertu
de ce principe. Il importe également d'apprendre à
se développer et de faire en sorte que l'esprit demeure dans
un état de vaste ouverture, afin de pratiquer sans faire
preuve d'ego centrisme. A cet égard, une femme a beaucoup
de capacité.
Hier soir, je ne vous ai pas raconté beaucoup d'histoires
de saintes ou de maîtres du passé, parce que je pensais
que ces histoires vous étaient familières, que vous
les aviez lues ou entendues. Nombre de ces biographies ont été
traduites aussi bien en anglais qu'en français, et pendant
les deux ou trois semaines où j'étais ici, j'ai eu
l'occasion d'avoir ces ouvrages dans les mains. Mais plusieurs personnes
m'ont dit qu'elles n'avaient pas connaissance de ces histoires.
Il semblerait que nous soyons dans une période surprenante
: on a l'impression que beaucoup de personnes sont dans un état
d'attente, comme si elles attendaient que quelqu'un vienne et leur
donne des enseignements.
Si l'on se réfère à l'histoire des femmes de
sagesse du passé, ou à celle de tous les grands sag'es
du passé comme Naropa ou Milarépa, on se rend compte
qu'ils n'ont pas attendu que quelqu'un vienne leur donner des enseignements.
Ils sont allés à la recherche des enseignants, pour
recevoir souvent des instructions extrêmement brèves,
et ils ont dû pour cela encourir de nombreuses difficultés,
endurer de grandes souffrances et faire preuve de beaucoup d'austérité.
Nous pouvons alors penser que nous sommes véritablement fortunés
puisque nous n'avons pas à effectuer une telle démarche,
mais simplement à attendre que les enseignants viennent à
nous.
Par le passé, et ce jusqu'à une période extrêmement
récente, ces maîtres ont rencontré de nombreuses
difficultés avant de recevoir l'enseignement, difficultés
tout aussi bien physiques que mentales. Ils se sont trouvés
dans des situations où ils ont dû abandonner toute
considération pour leur bien-être, et souvent renoncer
complètement à leur propre bonheur, afin de se donner
complètement - corps, parole et esprit - et cela durant toute
leur vie.
A l'époque actuelle, quand on parle de surmonter des obstacles,
cela signifie ne pas prendre de vacances ou renoncer à un
concert le dimanche afin d'aller dans un centre ! C'est à
ce genre de difficultés que nous faisons face. C'est en réfléchissant
bien à ceci que les biographies des maîtres du passé
peuvent être d'une grande aide.
Même si nous tentons d'imiter physiquement ces grands maîtres,
nos pensées restent totalement différentes. Nous avons
toujours, au fond de nous-mêmes, une démarche visant
à rechercher notre propre bonheur, notre propre réalisation
spirituelle, notre éveil, alors qu'aucun de ces grands maîtres
n'eut de telles pensées. Pourtant, après trois années
de retraite, certaines personnes entrent dans un processus où
elles se comparent à ces maîtres du passé, les
hommes se comparant à Milarépa, les femmes à
Matchik Labdreun. Cela peut tout d'abord remplir l'esprit de joie
et susciter un certain orgueil. Mais le temps passant, au bout d'une
dizaine ou d'une quinzaine d'années, on se retrouve dans
une situation où l'on constate qu'il manque quelque chose,
et on se demande pourquoi. On a alors tendance à regarder
à l'extérieur. Bien entendu, et cela est bon, certaines
personnes, qui sont dans une démarche juste, portent leur
attention sur elles-mêmes et pensent qu'il y avait quelque
chose d'erroné dans leur façon de penser.
Mais, la plupart du temps, les personnes qui en sont à ce
point considèrent que l'enseignement qu'elles ont reçu
n'était pas le plus ultime ou que quelque chose était
inadéquat quant au maître spirituel.
Bien entendu, dans un premier temps, la transmission de l'influence
spirituelle de l'enseignement découle du maître spirituel.
Mais ensuite le développement personnel jusqu'à l'éveil
dépend de nous-mêmes, de notre comportement, de notre
manière de pratiquer et de la façon dont notre esprit
perçoit la profondeur de l'enseignement.
Avez-vous jamais entendu parlé de quelqu'un qui, sans faire
d'effort particulier, sans s'engager véritablement sur le
chemin soit parvenu à l'éveil ?
Personnellement, je n'ai jamais rien entendu de tel. Personne ne
viendra de l'extérieur vous apporter l'éveil. Toute
réalisation spirituelle ne peut dépendre que de vous-mêmes.
Et pour ce faire, il y a l'enseignement, le dharma. C'est à
vous de choisir la voie qui vous convient le mieux.
Je vais vous raconter l'histoire d'une femme de sagesse. Cela remonte
aux temps jadis, avant même que le bouddhisme ne se développe
au Tibet ou ailleurs. Il y avait, en Inde, une fille de roi réputée
dans tout le royaume pour sa beauté. Tous les gens de la
contrée l'aimaient et la respectaient. Mais, lorsqu'elle
eut vingt ans, elle contracta la lèpre et sa peau fut marquée
de cette maladie. Elle constata alors un changement dans l'attitude
des personnes qui préalablement avaient beaucoup d'amour
et de considération pour elle : elles ne souhaitaient plus
la rencontrer et l'évitaient autant que possible. Cela lui
révéla qu'en fait ce que les gens appréciaient
en elle ce n'était pas sa nature profonde mais simplement
son apparence extérieure. En conséquence de quoi,
elle décida de quitter le palais et de vivre dans un lieu
isolé ; elle devint nonne. En raison de la souffrance qu'elle
avait connue, elle renonça complètement à toutes
les activités mondaines et se consacra exclusivement à
la méditation, montrant une grande dévotion envers
Tchenrézi. En dépit de la souffrance qu'elle avait
expérimentée, elle n'eut aucun grief à l'égard
des autres et se consacra uniquement à la purification de
ses négativités et à son développement
intérieur. Et, un certain jour, Tchenrézi dans sa
forme aux mille bras lui apparut. Ayant reçu toutes les instructions
relatives à la pratique de Nyoung-Né, elle s'engagea
diligemment dans ce rituel de méditation associé à
la pratique du jeûne. Ce rituel extrêmement puissant
qui dissipe tout acte antérieur nous a été
transmis par cette grande yogini, nonne pleinement ordonnée,
qui s'appelait Guélongma Palmo.
Une autre histoire remonte à l'époque de Marpa le
traducteur. Celui-ci souhaitait transmettre tout son enseignement
à son fils Dharmadode. Mais du fait de la mort prématurée
de Dharmadode, il ne put lui communiquer que la doctrine du transfert
de conscience dans un autre corps, à condition que ce corps
soit celui d'un être récemment mort et qu'il soit encore
rempli d'une certaine chaleur.N'ayant pas un tel cadavre près
de lui, Dharmadode ne put que transférer son principe conscient
dans le corps d'un pigeon. Etaient présents le grand saint
et yogi Milarépa, de même que son disciple Rechoungpa.
A ce moment-là, eut lieu une prédiction disant que
Rechoungpa devrait faire face à la mort dans un délai
de sept jours. Ceci eut pour effet d'apporter beaucoup de souci
à choungpa. II demanda à son maître s'il n'y
avait pas un moyen qui lui permettrait de surmonter cet obstacle
à sa vie.
Son maître lui répondit qu'une seule personne pouvait
véritablement faire quelque chose pour lui, et qu'il s'agissait
d'une femme. J'ai l'habitude de dire vieille femme, mais ce n'était
peut-être pas le cas. Seule cette femme était à
même de faire quelque chose afin que la mort n'advienne pas
dans ce laps de temps.
Rechoungpa se rendit auprès d'elle et lui demanda si la prédiction
était vraie. Elle lui répondit affirmativement et
lui conféra des instructions relatives au Bouddha de longue
vie Amitayus. Elle lui transmit l'initiation de longue vie associée
au Bouddha Amitayus, et c'est encore de nos jours la pratique que
nous faisons, tout particulièrement dans la lignée
Kagyupa. La pratique du Bouddha de longue vie nous vient de cette
femme qui s'appelait Matchik Droupé Gyalmo. C'est pourquoi,
quand on reçoit l'initiation de longue vie, cette histoire
est racontée.
Il est important de retenir, dans ces histoires de femmes ou de
maîtres du passé, qu'aucun n'a jamais fait allusion
à son appartenance à la tradition Kagyupa ou Nyingmapa
ou Sakyapa ou Guélougpa. C'est pourquoi je pense qu'il est
nécessaire pour celui qui est véritablement engagé
dans la pratique du dharma de ne pas avoir de vue sectaire ni de
considération basée sur le fait que l'on est un homme
ou une femme.
Actuellement, vous êtes dans une situation où vous
recevez et, en tant que tel, il importe d'être le plus ouvert
possible, parce que c'est dans ce grand choix que vous pourrez trouver
ce qui vous convient le mieux.
Une autre histoire relate la vie d'une femme qui naquit princesse,
prit les vux de nonne, s'engagea totalement dans la pratique
et devint complètement éveillée. Elle s'éleva
au lOème degré de bodhisattva et fit le souhait de
continuer à se manifester dans un corps de femme pour le
bien de tous les êtres. Il s'agit de Tara, qui n'a jamais
dit qu'elle se manifesterait pour les Kagyupas ou les Nyingmapas.
C'est pourquoi il n'y a pas de raison que nous-mêmes attachions
de l'importa nce à ce sectarisme. J'ai eu l'occasion de rencontrer
des personnes qui sont venues me dire ; Tara Blanche est plutôt
Nyingmapa, Tara Verte plutôt Kagyupa. Mais je ne sais pas
comment ils peuvent faire une telle distinction !
Ceux qui sont engagés dans le dharma ne doivent pas développer
de telles vues sectaires. Elles sont la source des plus gros obstacles
dans la pratique.
Quand on parle de divinités, telles que Tchenrézi,
Dordjé Sèmpa, Vadjradhara, etc., il faut apprendre
à reconnaître l'essence par laquelle elles se manifestent.
En ce qui concerne la compassion, la sagesse, la purification, l'union
de la sagesse et de la compassion, il est important d'essayer de
voir si ces différents points sont plutôt de nature
féminine ou masculine. De même en ce qui concerne le
caractère positif ou négatif, vertueux ou non-vertueux.
Il n'y a pas de différence : c'est une seule et même
chose, que ce soit chez les hommes ou chez les femmes. Il importe
donc de ne pas développer ces pensées erronées.
Quand un maître spirituel donne un enseignement, il ne se
pense jamais en tant qu'homme ou femme. De même, ceux qui
reçoivent cet enseignement ne doivent pas penser : je suis
un homme ou je suis une femme.
Les apparences extérieures doivent être surmontées.
Vous devez aller au delà de ces apparences et, à partir
de là, vous consacrer à la pratique.
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