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LA MOTIVATION
JUSTE
Enseignement du Gyalwang Drukpa - Septembre 1997
Vous avez souvent entendu parler de la motivation, de son importance.
Le pratiquant du mahayana, et plus particulièrement celui
du vajrayana, doit avoir une motivation juste au départ.
Vous avez probablement déjà entendu cela de nombreuses
fois, mais je peux le redire comme un rappel. Nous avons tous besoin
de rappels, parce que, même si nous avons souvent entendu
parler de la motivation juste, nous ne sommes pas vraiment capables
de la mettre en pratique. Tous les maîtres devraient sans
cesse nous remettre ceci en mémoire. Un jour, nous serons
peut-être capables de transformer notre motivation en
motivation juste.
En Occident,
les gens peuvent facilement tourner leur motivation dans le sens
souhaité. Ce n'est pas difficile, car ils n'ont pas de motivation
juste ou incorrecte au départ, en fait ils n'ont pas de motivation
du tout. Il est donc alors facile de tourner sa motivation dans
une direction appropriée.
La raison pour
laquelle je dis cela, c'est qu'il n'y a pas de motivation en rapport
avec la pratique spirituelle. La pratique bouddhiste est toute nouvelle
en Occident et n'est donc pas souillée. Par contre, dans
les pays d'Asie, il ya une longue histoire de la pratique bouddhiste.
Elle est souvent gâchée par la motivation erronée
qui slest développée au fil des années. Les
gens ont utilisé la pratique dans un but qui n'est pas juste.
Ils l'ont détournée, par exemple pour aider leur famille,
pour améliorer leurs affaires et ainsi de suite. Cette façon
de faire est intégrée dans leurs gênes depuis
très longtemps et il leur est donc difficile de corriger
ou de réparer cette façon d'agir. On peut dire que
leurs engagements sont comme brisés en mille morceaux et
les réparer semble donc difficile. Les occidentaux, étant
tout neufs dans ce domaine, sont dans une situation propice pour
construire une motivation juste dans le cours de leur vie spirituelle.
C'est facile, car elle n'est pas encore gâchée par
de mauvaises habitudes.
Faire la différence
entre la motivation juste et la motivation incorrecte demande du
travail. Pour faire simple, on peut dire que la motivation égoïste
est incorrecte et que la motivation tournée vers les autres
est juste. Il ne devrait pas entrer de désir égoïste
dans les actes que l'on accomplit dans sa vie. Quoique l'on fasse,
chaque acte devrait être dépourvu de cette motivation
égoïste. Il s'agit vraiment de tous les actes de la
vie. Prenons l'exemple de la nourriture. Les bodhisattvas mentionnent
toujours que, quand on mange, on ne le fait pas pour se maintenir
en forme et se faire plaisir, et qu'on doit modifier son attitude.
On mange pour le bienfait des bactéries, des vers, pour tous
ces animaux qui sont en nous et qui ont besoin de survivre. «
Pour les aider à survivre et à être heureux,
je mange ce repas, et c'est pour eux que je le fais ». Il
s'agit donc bien de modifier sa motivation et son attitude dans
ce sens-Ià.
Vous pouvez
aussi penser à vous. Vous cherchez à vous maintenir
en forme; vous pouvez aussi utiliser ce désir afin d'être
un soutien pour tous les êtres. Sans une bonne santé,
vous ne pourrez pas aider les êtres, vous ne pourrez pas leur
enseigner quoique ce soit, vous ne pourrez pas les servir. Donc,
il vous faut être en bonne santé. Et c'est pour cela
que vous le faites. Le but final de la motivation est de servir
les êtres dans leur ensemble. C'est cela la motivation juste.
Quelle qu'elle soit, la motivation reliée à une attitude
égoïste nlest pas correcte. Cela signifie que la plupart
de nos activités, vingttrois heures sur vingt-quatre
sont entièrement basées sur une motivation incorrecte.
Si vous examinez votre manière de fonctionner, vous verrez
combien de secondes de votre vie sont orientées de façon
incorrecte. Comment alors pourrions-nous développer une force
spirituelle immédiatement. Bien sûr, en pratiquant,
nous espérons obtenir des résultats pour nous-mêmes
dès demain. Ceci n'arrive pas parce que notre motivation
est mal orientée. Nous passons tant de secondes, de minutes,
d'heures à développer une motivation erronée.
Nous passons peut-être quelques minutes ou quelques heures
de notre vie à réellement agir de façon juste.
La force et l'énergie orientées dans ce sens sont
trop faibles, trop basses, par contre, la motivation erronée
est trop élevée. L'énergie de la vue juste,
de la motivation correcte est si faible qu'elle est à peine
visible, à peine présente.
Eveil et
samsara
Les nombreux
conseiIs qu i ont été écrits par les yogis
réal isés, par les détenteurs de lignée
de toutes sortes, mettent l'accent sur l'importance qu'il y a à
connaître les différences entre les bouddhas et tous
les êtres. Notre présence sur terre en tant qu'êtres
ordinaires est due à notre attitude égoïste.
Les Bouddhas sont devenus des bouddhas à cause de leur attitude
non-égoïste. c'est une façon simple et claire
pour comprendre la cause de l'éveil et la cause du samsara.
La cause de l'éveil est l'absence d'attitude égoïste
et la cause du samsara est liée à l'égoïsme.
En tant qu'êtres ordinaires, nous pensons toujours à
nous-mêmes, même dans la pratique : « JE pratique
ce Mantra de OM MANI PADME HOUNG», « JE pratique le
gourou yoga », « JE pratique tout le temps pour MOI
». C'est une attitude erronée. Même si vous récitez
des centaines de mantras par jour, même i vous faites des
centaines de prosternations ou de circumanbulations par our, cela
n'a pas de sens, parce que la motivation n'est pas la bonne. C'est
pourquoi Gampopa répétait sans cesse qu'un pratiquant
du dharma doit être rès attentif, sinon il peut se
préparer une renaissance en tant qu'animal à cause
du dharma. Ceci est un commentaire, un conseil très fort
et très clair.
Actions et
karma
Ainsi la motivation
juste est essentielle. Mais il ne faut pas que vous regrettez ce
que vous avez fait jusqu'à présent. Peut-être
avez-vous fait beaucoup e prosternations, beaucoup de récitations
mais avec une motivation légèrement erronée.
Vous en prenez conscience, et vous éprouvez du regret, et
vous ous sentez perdus. Ceci ne doit pas se produire. Je ne vous
engage pas à regretter ce que vous avez fait. Si votre motivation
est erronée, elle peut effectivement entraîner de mauvais
résultats, mais ultimement, cela vous procure aussi un bienfait.
Là-dessus, il n'y a pas de doute à avoir.
Un soutra fait mention d'un exemple très clair. Un cochon
fut pourchassé par un chien. Il tournait autour d'un stoupa,
tout à fait inconsciemment. Le monument était en partie
en ruines. Il n'était pas très grand, ni très
connu. Le cochon tournait donc autour de ce stoupa sacré,
poursuivi par ce chien. Il ne pouvait s'enfuir. Il fit face au chien,
dos tourné contre le stoupa. Il y avait une brèche
dans ce stoupa. Le cochon avait un peu de boue sur la queue. Sa
queue frottait le stoupa et, accidentellement la brèche fut
réparée, de par ce frottement de la queue contre la
pierre.
Ceci est l'histoire telle qu'elle est racontée. Bien plus
tard, quand le Bouddha Shakyamouni est venu, le cochon est devenu
un être humain. Il avait une forte motivation en lui pour
renoncer au monde, devenir moine et suivre le Bouddha. En ces jours,
les gens allaient voir de nombreux maîtres, ainsi que des
oracles, avant d'aller vers le Bouddha. Ils vérifiaient ainsi
auprès de ces oracles s'ils avaient les prédispositions
nécessaires pour devenir moine. Ils cherchaient à
savoir ce qu'ils avaient fait auparavant, si leurs actions avaient
été positives ou non, ceci afin de savoir s'ils pouvaient
ou non suivre le Bouddha. Donc notre homme s'en fut voir de nombreux
oracles; tous vérifièrent sa vie passée et
tous lui affirmèrent qu'il n'avait commis d'action positive
auparavant. Ils lui dirent qu'il ne pouvait pas devenir moine, ni
pratiquant, ni renoncer au monde. Toutes les prédictions
étaient décevantes. Il était triste. Un jour,
le Bouddha sut qu'il était contrarié. Il lui demanda
de venir le voir et lui dit qu'effectivement les oracles avaient
raison, qu'il n'avait pas commis d'actions positives lui permettant
de devenir moine. Mais le Bouddha lui dit aussi qu'il pouvait voir
plus loin dans le temps que ces oracles, et qu'il avait eu des difficultés
avec un chien alors qu'il était cochon. 111ui raconta l'histoire.
111ui dit qu'il avait un petit karma positif parce que, le chien
le poursuivant, il avait circumambulé un stoupa. Le
cochon était intelligent. Il est dit, scientifiquement parlant,
que le cochon est un des animaux les plus intelligents. Il est en
fait stupide, mais les scientifiques occidentaux semblent penser
le contraire. C'est donc là une contradiction sur la façon
d'envisager l'intelligence du cochon. Toujours est-il que ce cochon-là
était très intelligent, il avait circumambulé
dans le sens des aiguilles d'une montre, du moins je l'espère...
Ceci n'est pas écrit. Il répara la brèche et
ainsi il accumula un peu de karma positif, et ceci était
connu du Bouddha.
Bouddha découvrit cet événement et accepta
cet homme auprès de lui. Celui-ci devint un bon pratiquant
et un maître très connu. Nous ne devrions pas ressentir
de culpabilité à propos de ce que nous avons fait
dans notre pratique spirituelle.
Le cochon n'avait pas de motivation correcte à l'origine
de ses actions. Il avait une motivation très égoïste
à la base. Il n'avait comme mobile que de sauver sa vie,
de fuir le chien, d'échapper à ses crocs. C'était
donc très égoïste, mais le résultat
fut plutôt positif, utile. Vous devez poursuivre vos pratiques,
ainsi que l'accomplissement d'actes positifs, quelle que soit votre
motivation. Bien sûr il est important de faire son possible
pour avoir une motivation positive, car c'est alors comme marcher
grâce à ses yeux. Vous pouvez marcher beaucoup parce
que vous avez des jambes, mais vous avez aussi des yeux. Vous pouvez
donc voir où vous allez. Si vous n'avez pas une motivation
juste, vous marchez certes, mais sans yeux. Vous marchez à
l'aveuglette. Et vous vous cognez contre des obstacles. Bien sûr
vous marchez et c'est déjà bien, c'est mieux que de
rester étendu quelque part, cloué au sol. Vous faites
quelque chose et c'est déjà bien.
Parlons de la
dévotion qui manque tant dans la société occidentale.
je pense que la raison pour laquelle il en est ainsi c'est que les
gens ne savent pas véritablement ce qu'est la dévotion.
Les gens en occident ont du mal à avoir une dévotion
réelle, forte.
Ils sont très
matérialistes, et ceci dure depuis des générations.
C'est inscrit dans leurs gênes. C'est comme s'ils avaient
un sang très matérialiste et ceci explique la difficulté
à avoir de la dévotion. Tant que vous êtes matérialiste,
tant que votre esprit fonctionne sur ce registre, il n'y a pas de
moyen d'être dans la dévotion. je vous l'assure.
L'attitude matérialiste entraîne une tendance à
regarder les choses et à y croire telles qu'elles nous apparaissent.
Croire à ce qu'on voit est une attitude très matérialiste
et il est alors impossible d'avoir de la dévotion, parce
qu'on est enfermé dans ce qu'on voit, dans ce qu'on entend,
dans ce qu'on touche et qu'on sent. Et il n'y a pas moyen d'étendre
son point de vue. La dévotion est universelle, vaste et profonde.
Comme nous avons un esprit étroit et matérialiste,
il est difficile de développer de la dévotion à
cause du manque d'espace. La dévotion entraîne une
façon de penser différente: les choses ne sont pas
ce qu'elles semblent être. L'esprit matérialiste affirme
que ce qui est là est réel. Ce sont donc deux points
de vue très contradictoires, très opposés.
Quiconque a un esprit matérialiste a du mal avec la dévotion.
Pour développer la dévotion, il faut réduire
la compréhension qu'on a de son environnement. Le monde a
deux aspects: collectif et individuel. Le monde collectif est un
assemblage de mondes individuels. En premier lieu, il faut faire
face à son propre monde, à son monde individuel. Il
faut minimiser notre attachement à ce monde personnel et
tenter d'avoir une autre façon d'approcher les choses.
Trouver une
façon qui ne soit pas ordinaire, "normale". Ce
qu'on appelle "normal" est ce qu'on a l'habitude de faire.
En fait, c'est une façon de faire « anormale »,
et on l'appelle « normale » parce qu'on pratique cette
façon de f faire depuis des générations. Il
faut donc approcher notre monde individuel f autrement. Il faut
avoir des connections avec le monde, qu'il soit individuel ou collectif.
Mais la façon d'entrer en contact avec ce monde, de s'y connecter,
doit être correct, spirituel et non matérialiste.
On en revient
à la façon dont nous percevons le monde qui nous entoure.
Nous le percevons comme très solide, comme existant réellement.
C'est la façon ordinaire de voir les choses. Parfois, les
grands yogis font des miracles. Par exemple, Milarépa a volé
au travers des murs. Il disait que l'espace était solide.
Lorsque ses étudiants sont venus discuter avec lui, c'est
ce qu'il leur a dit. Il a pris son bâton, a tapé sur
les murs, et a fait du bruit en tapant. Les étudiants
lui ont demandé ce qu'était la roche. Il a répondu
que la roche était vide, qu'elle n'avait rien de solide.
Les étudiants ont ri et alors il a traversé le mur,
comme s'il n'y avait rien. Il n'est pas le seul yogi à avoir
agi ainsi. Voir les choses comme solides nous paraît normal.
Se taper la tête contre un mur et trouver cela normal est
courant. Mais en fait nous sommes stupides. Si nous nous tapons
contre l'espace, on nous prend pour fou. La norme est inversée.
Un grand yogi a dit que nous sommes les vrais créateurs de
miracles. Les bouddhas et les yogis, les êtres réalisés
sont, eux, tout à fait normaux. Ils touchent à
la dimension réelle des phénomènes. Nous sommes
dans l'illusion. Nous sommes donc des gens qui créons en
permanence des miracles, alors que ces yogis réalisent en
permanence la réalité ultime. Ce fut pour moi fabuleux
de comprendre cela. Ils peuvent agir profondément, car ils
sont déjà dans la réalisation, quant à
nous, nous en sommes incapables, car trop enfermé dans un
esprit matérial iste. L'attitude matérial iste rend
les choses sol ides, ainsi nous nous tapons la tête contre
la roche. Nous souffrons. Songeons à cela. Il y a alors de
grandes chances de développer la dévotion.
La roche est
solide, l'espace n'est pas solide. Telles sont nos conceptions.
C'est une image très fortement ancrée en nous. Ce
n'est pas qu'une image, c'est une imprégnation très
matérialiste, ancrée profondément dans notre
sang. C'est ce qui nous éloigne de la dévotion. Il
n'y a guère plus à dire. C'est facile à pointer.
Cette attitude nous en éloigne parce que nous sommes persuadés
que ce que jugeons comme solide l'est et que ce que nous percevons
comme non-solide ne l'est pas. Nous voyons les choses comme grandes
ou petites, et nous sommes convaincus qu'elles sont ainsi.
Milarépa
est entré dans une corne, il a adressé de nombreux
chants à Réchungpa, un étudiant. Il pleuvait,
l'orage faisait rage. Milarépa est allé à l'intérieur
de la corne. C'était étroit, mais il dit à
Réchungpa de venir le rejoindre, qu'il lui avait laissé
un grand espace disponible. Il n'avait pas rétréci
son corps, il n'avait pas agrandi la corne. Tout ceci semble incroyable.
Nous ne pouvons y croire et nous disons donc que c1est « in-croyable
». Ça l'est pour nous qui avons un esprit matérialiste.
Mais c1est « croyable » pour ceux qui ont atteint un
accomplissement spirituel. Telle est la question. Où sommes-nous
coincés r Dévotion ou non r Vivre la dévotion
nlest pas simplement dire: « j'ai un gourou merveilleux,
ma pratique est fantastique, ma lignée est extraordinaire,
je fais tant de mantras, de récitations... Merveilleux! »
La dévotion n'est pas cela du tout! Cela peut être
une expression de la dévotion, si vous en avez. Mais, justement,
il faut d'abord avoir de la dévotion avant toute chose. Se
demander ce qu1est la dévotion est essentiel !
C'était
incroyable aux yeux de Réchungpa, qui souffrait sous la pluie,
sans parapluie. Mais Milarépa est entré dans la partie
la plus étroite de la corne et a dit à Réchungpa
combien il était important de pratiquer. Celui-ci était
fort paresseux et encore dans un esprit très matérialiste.
Clest pourquoi Milarépa voulait qu'il ait une pratique spirituelle
plus intense. Il pleuvait intensément et Milarépa
lui a suggéré de venir le rejoindre dans la corne.
Réchungpa ne pouvait pas mettre ne serait-ce qu1un doigt
dans la corne. Donc comment pouvait-il y faire entrer son corps
tout entier r Il pensait donc que c'était incroyable. Ca
l'est pour nous, mais pas pour quelqu'un de réalisé.
Ce qui veut dire que la voie authentique se situe là. Nous,
nous sommes sur un chemin d'illusion. Nous y croyons et il
y a alors de l'attachement. C'est cela le vrai attachement. Croire
ou ne pas croire aux choses. Nous nous coinçons làdedans
et les problèmes s'élèvent alors dans le courant
de notre pratique spirituelle. La dévotion est nécessaire,
c1est l'opposé de cet attachement qui nous fait dire que
la roche est solide, que ceci ne Ilest pas, qu'entrer dans la corne
n'est pas possible, que mon corps est trop grand, que le trou est
trop petit. Nous décrétons que ce n'est pas possible.
Mais c1est nous qui le disons ! Nous sommes attachés à
cette idée et c1est ce qui nous empêche de nous réaliser
et de devenir dévots; nous sommes plutôt émo-tionnnels
pour l'instant. Quand nous allons voir un maître, nous sommes
remplis d'émotions, nous pleurons ou nous sommes en colère.
Nous sommes une boule d'émotion. Parce que notre vision est
matérialiste, il ya des conflits en nous et des émotions.
La visualisation
Transformer
la vision impure en vision pure est un des buts que se propose
le vajrayana. Des techniques qui vont être employées
dans la pratique du vajrayana pour arriver à cette transformation.
Il faut entraîner l'esprit, notamment par la visualisation.
Vous visualisez parfois des choses qui sont inimaginables, au delà
de l'imagination. Il y a vraiment beaucoup de choses inimaginables
que nous devons faire, auxquelles nous devons faire face, parce
que nous nlavons pas de réelle dévotion, parce que
nous ne réalisons pas vraiment ce qulelle est. Nous devons
donc visualiser quand nous pratiquons le vajrayana authentique.
Certaines déités
féminines et masculines n'existent pas nécessairement
ainsi qulil est mentionné dans les soutras ou les tantras.
Toutefois, il est important de les visualiser comme indiqué,
parce que c'est un moyen habile pour changer notre vision impure,
pour détourner notre attachement de notre vision impure,
et changer ainsi cet attachement en pure vision ou en dévotion.
Une dévotion tournée vers la vision pure. Le but principal
de la visualisation ou de l'enseignement sur la visualisation
est de détourner Ilattachement que lion a envers la
vision impure, de le transformer et de nous tourner vers la dévotion
et la vision pure. Clest l'idée principale qui est derrière
la visualisation.
En d'autres
termes, c'est presque une aire de repos que d'être entre la
pleine réalisation et la totale ignorance dans laquelle
nous sommes actuellement. Nous avons besoin d'un endroit où
nous pouvons nous sentir chez nous, de façon à ne
pas nous sentir perdus au milieu de nulle part. C'est pourquoi le
Bouddha Vajradhara a mis l'accent sur la visualisation et les mandalas
externes et internes. Ou on a le sentiment que le mandala est quelque
chose de réellement existant, ou on a l'impression que ce
nlest que du vent, que ça n'existe pas. Or, il y a quelque
vérité là-dedans et qui a pour but de vous
faire vous sentir comme chez vous, de vous amener à vous
sentir mieux dans votre pratique. Depuis la nuit des temps, nous
sommes habitués au monde matérialiste, à
l'environnement matérialiste et même le Bouddha Vajradhara
a dû trouver des moyens afin de nous donner quelque chance
de sentir qulil ya bien quelque chose auquel on peut se rattacher.
C'est ce qui nous fait nous sentir mieux en termes de pratique et
nous rend moins attachés au monde normal, matérialiste.
J'entends par « normal » le monde courant, mondain.
Le vajrayana
met Ilaccent sur le fait de transformer la vision impure en vision
pure. Même lorsqu'on écoute des enseignements, qu'on
reçoit des initiations ou des transmissions, il est
vivement recommandé d'agir ainsi. On doit avoir une vision
pure sur les cinq visions auspicieuses. Pour cela, il faut visualiser
le gourou non sous la forme d'un être humain mais sous la
forme de Vajradhara ou de Padmasambhava. Les personnes qui l'environnent
doivent être visualisées comme des dakas et des dakinis
et cette tente dans laquelle nous sommes doit être visualisée
comme un mandala, un mandala intérieur et extérieur
de Padmasambhava, la montagne de cuivre. L'enseignement doit être
imaginé comme étant un ensemble de mots qui sortent
de la bouche de Padmasambhava. Il s'agit de sa sagesse, cela ne
soit pas être entendu comme un discours humain ordinaire,
même si ça l'est, mais comme une voix du sambhogakaya,
même si vous ne savez pas de quoi il s'agit. Le temps, quant
à lui, doit être visualisé comme immobile,
c'est le temps du sambhogakaya, un temps sacré et permanent.
C'est un temps inimaginable. Voilà les cinq éléments
à visual iser. Il vous faut changer votre attitude et
transformer votre vision de l'environnement en pure vision. Ceci
est important quand vous écoutez un enseignement du vajrayana,
quand vous recevez une initiation ; quoique vous fassiez ayant un
lien avec le vaj rayana doit entraîner ces cinq éléments.
C'est vraiment important, même si c'est difficile au
début.
L'attachement
Je tenais à
dire combien la visualisation est importante mais on ne doit pas
y être attaché. Certains peuvent penser que leur gourou
est Padmasambhava, et à partir de là ils s'attachent
à cette idée. Si ce fort attachement est présent,
c'est merveilleux. Mais si vous vous demandez s'il s'agit d'une
vision juste, je dirais que du point de vue de la vérité
ultime, de la pratique du madhyamaka, la réponse est «
non ».II n'y a rien de mal à voir son gourou comme
Padmasambhava et d'être attaché à cela, mais
du point de vue de la pratique, de la réalité ultime,
c'est une vue erronée dûe à l'attachement.
Peu importe le type d'attachement. Si vous percevez votre gourou
comme un être humain ou comme Padmasambhava, ce n'est pas
différent. C'est comme si vous étiez enchaîné
avec une chaîne de métal ou avec une chaîne en
or. C'est pareil. Dans les deux cas, vous êtes enchaîné,
vous ne pouvez pas bouger et vous souffrez. L'or n'y change rien,
vous souffrez. La seule différence tient dans le matériel
utilisé, c'est tout. Quant au résultat, il est le
même. L'attachement que vous avez envers votre lama, le lama
étant Padmasambhava, ne va pas vous permettre d'aller très
loin. Padmasambhava est dans le nirmanakaya, si vous y êtes
trop attaché, vous ne pourrez jamais comprendre l'état
de sambhogakaya, ni réaliser le dharmakaya de Padmasambhava.
Et ceci sera dû à votre attachement à lui.
Quand nous disons « le gourou Padmasambhava », nous
en avons une certaine image, et nous y sommes attachés. Nous
ne pourrons jamais nous améliorer à cause de cela.
Nous nous enchaînons et restons coincés. Cela nia pas
de sens! Quel que soit l'attachement, il n'est ni autorisé,
ni recommandé dans la pratique spirituelle.
La paramita
de la générosité
Nous allons
nous pencher sur la générosité. Clest la première
paramita. Le Bouddha Shakyamouni lia donnée comme la toute
première parce qulelle est d'importance primordiale pour
nous tous. Mais de plus la plupart des gens peuvent la mettre en
pratique. Ce nlest pas une paramita technique ou sophistiquée,
elle est à la portée de tous. Elle est recommandée
pour tous, qu'on soit au début du chemin, au milieu ou bien
avancé.
Elle peut être
pratiquée par tous, quelle que soit la motivation. Les niveaux
des pratiquants se distinguent à leur motivation. Il y a
les personnalités du début de la pratique, puis celles
du milieu et enfin celles qui sont plus évoluées
sur le chemin. C'est une façon simple de dire les choses.
Le type de personnalité des pratiquants est déterminé
par la motivation.
Les pratiquants du début du chemin peuvent pratiquer la générosité
avec un attachement à cette vie. Si vous pratiquez la générosité,
ainsi vous serez appelé une personne du début du chemin,
soucieuse de pratiquer la générosité.
Ainsi, vous donnez vos affaires pour vous-mêmes et afin d'obtenir
des résultats dans cette vie-ci. La vie suivante ne vous
intéresse pas. Et si c'est le cas, elle ne vous intéresse
que pour vous-mêmes et non pour le partage. La plupart d'entre
nous agissons ainsi. Il nly aucun mal à cela, même
slil slagit d'attachement, il est quand même question
de la pratique de la paramita. Ce nlest pas la façon la plus
parfaite de pratiquer, même clest une pratique quand même.
La plupart des
pratiquants, la plupart de ceux qui pratiquent la générosité,
les donateurs, les travailleurs sociaux, charitables, sont pour
la plupart poussés par une bonne motivation, mais font
quand même partie de cette première catégorie.
Ils pratiquent avec une motivation pour la vie présente ou
pour la vie suivante, mais certainement pas avec l'idée de
partager le mérite accumulé. Ils partagent leur
argent, leur soutien, ils aident bien sûr, mais la motivation
est spécifique. On devrait toujours parler de la motivation
en spiritualité, clest Ilessentiel. Même si la
motivation est matérialiste, il ya une pratique de la générosité
qui s'opère. je pense donc qu'on peut classer cette pratique
dans la première catégorie.
En fait il y a trois sortes de générosités:
Une consiste
à donner des objets matériels, comme de l'argent,
des biens. C'est une générosité répandue.
La seconde est celle qui consiste à protéger les gens
de la maladie et de toutes sortes de peurs. Quel que soit ce que
les gens traversent, vous leur donnez de la protection.
Il ne s'agit plus de donner seulement quelque chose de matériel.
Imaginons quelqu'un qui rencontre de graves ennuis. Par là
je veux dire, sa vie est en danger. Vous le sauvez. Ainsi, vous
pouvez sauver la vie de quelqu'un, d'un animal, libérer
une bête emprisonnée par exemple. Si vous agissez ainsi
vous pratiquez la générosité. Vous ne donnez
rien mais vous protégez.
La troisième est la générosité de l'enseignement.
C'est une pratique de la générosité qui est
essentielle. Beaucoup de soutras du Mahayana mettent l'accent
là-dessus et encouragent les gens qui deviennent des maîtres
qualifiés à continuer d'enseigner à leur tour.
Il y a donc trois types de générosités qui
peuvent inclure toutes sortes de générosités,
et elles sont nombreuses.
Les gens peuvent
aussi pratiquer les trois simultanément. C'est une façon
totale de pratiquer la générosité. Mais bien
sûr pour être un maître et enseigner il faut
être qualifié. Même si vous n'êtes pas
un maître qualifié mais que vous avez des aptitudes
spirituelles, vous pouvez aider les gens, en n'étant pas
égoïste. Vous pouvez donc pratiquer cette troisième
générosité. Les deux premières
peuvent être pratiquées ensemble. Par exemple, vous
donnez de l'argent à quelqu'un qui est gravement malade,
il peut ainsi acheter des médicaments grâce à
votre don d'argent. Et grâce aux médicaments la personne
peut guérir et être sauvée. Ainsi, vous donnez
bien sûr de l'argent, des médicaments, et là
il s'agit de la première générosité.
La conséquence de cette générosité
est de lui sauver la vie. Vous l'avez ainsi protégée.
Donc la première et deuxième générosité
peuvent être à l'évidence pratiquées
ensemble. Le problème est plus avec la troisième
générosité où il s'agit de savoir si
vous êtes qualifié ou non pour enseigner le dharma.
Avec une motivation
relativement pure, comme par exemple, vous espérez atteindre
un résultat, non mondain, comme l'Eveil par exemple. Vous
ne voulez pas du samsara, vous espérez atteindre un certain
nirvana. Mais votre aspiration s'arrête à vous-mêmes,
elle ne va pas jusqu'à s'étendre aux autres. Les pratiquants
du début pratiquent essentiellement pour eux-mêmes,
ils pensent surtout à cette vie-ci, voire à la
suivante. « Je veux être riche, cette vie-ci je ne le
suis pas suffisamment, donc il me faut pratiquer la générosité,
ainsi je serai riche dans ma prochaine vie et j'en profiterai".
A penser ainsi vous faites partie de ces pratiquants du début
du chemin. Ceux du milieu du chemin devraient avoir la motivation
relativement pure dont nous parlions précédemment.
C'est une motivation qui a pour cible ni cette vie, ni la suivante
mais l'Eveil. Ceux sont des gens qui visent le nirvana, ils ont
un sens très développé du renoncement
à cette vie, à ce monde, et aux vies suivantes. Toutefois,
ils ont un attachement à eux-mêmes qui est encore :puissant.
Ils pensent dois atteindre l'éveil.
La troisième
catégorie de pratiquants a une motivatiort qui est totale
dépourvue d'attitude égoïste. Ils dédient
leur pratique de la générosité bienfait de
tous les êtres et à l'Eveil. De plus, il faut développer
l'esprit de la bodhicitta. Si vous pouvez cela en plus, alors vous
faites partie de ces pratiquants avancés surie che Tout dépend
donc de ce que vous voulez être. Si vous préférez
faire partie pratiquants du début du chemin, il vous suffit
de choisir un type de géné té. Si vous voulez
faire partie des pratiquants du milieu, libre à vous, et
si v souhaitez faire partie des pratiquants avancés, alors
pratiquez de façon é , C'est facile à dire,
mais difficile à choisir. Car quand il s'agit de choisir
sont vos qualités qui vont déterminer votre place.
Ce n'est pas un choix vous revient à cent pour cent. Vous
n'êtes pas totalement libre de choisir qui vous convient.
Peut-être aimeriez,vous choisir d'aller vers le chemin pratiquants
avancés, mais le choix ne vous appartient pas complètement.
cela est une difficulté dans la pratique.
Par dessus tout,
le plus important dans cette pratique de la générosité
c' est le sens du non-attachement aux choses. Si vous vous attachez
aux choses qui vous appartiennent, vous ne pourrez pas pratiquer
une générosité authentique. Même si vous
avez un attachement, si vous vous forcez à pratiquer la générosité,
c'est excellent. Mais si on parle de générosité
authentique le sens du non-attachement à nos biens et à
nous-mêmes est indispensable. la dévotion doit être
présente. Elle ne doit pas exister qu'au moment du Gourou
Yoga, les prosternations, de la prière, des initiations.
La dévotion est inséparable de la pratique de la générosité,
de l'éthique, de la moralité. On a besoin de lal,
dévotion dans toutes les pratiques. Si vous voulez pratiquer
la générosité' authentique, vous devez avoir
une vue juste et de la dévotion. Et cela suppose un non-attachement,
ce qui veut dire que vous ne regardez pas vos biens comme quelque
chose qui existe. Et de ce fait, vous avez une Profonde connaissance,
qui va plus loin que l'apparence; vous sentez alors que vous devez
utIliser ces biens pour le bienfait des êtres, afin qu'ils
atteignent l'Eveil et vous aussi. Nous voulons tous atteindre l'Eveil,
donc pourquoi ne.pasdoner, si ça peut être utile
? Pourquoi s'attacher à des choses qui n'ont pas de substance,
quoique l'apparence laisse penser. Donc le sens authentique de génerosité
est une qualité supérieure.
Vousdevez,donc
bien saisir ces trois catégories de générosité.
Ce n'est pas quelque chose que les bouddhistes passent sous silence.
Loin de là, c'est ce qutexplique que le Bouddha a placé
la pratique de la générosité comme première
paramita.Cette paramita n'est pas secondaire, c'est la toute première.
La plupart des gens, et surtout les débutants pensent que
la générosité, le fait de sauver la vie à
des gens, ne sont des choses qui ne concernent que les chrétiens.
Et nous, en tant que Bouddhistes, nous pensons que devrions nous
asseoir, méditer, faire des pratiques de Mahakala, et autres
pratiques. Nous pensons que ce n'est pas à nous de sauver
des gens, de faire des dons. Peutêtre pensons-nous que
quand nous agissons ainsi ce sont des actes tout à fait secondaires.
Mais en fait c'est faux. Pourquoi ? Parce que le Bouddha Shakyamouni
a donné à la pratique de la générosité
la toute première place. Nous pouvons tous pratiquer la générosité.
Bien sûr, il y a différentes catégories
de générosités, et donc de motivation. Mais
malgré cela, même si votre motivation est égoïste,
il vous est possible de pratiquer la générosité,
quelqu'en soit la forme. Même si vous êtes pauvres
vous pouvez sauver la vie d'un être sur la route. Il vous
suffit de prendre un peu de votre temps, de vous arrêter,
de descendre de voiture et de déposer l'être blessé
dans un buisson, afin que la prochaine voiture ne l'achève
pas. Ceci est possible pour tous. Nous ne devons pas penser que
ceci n'est pas une pratique bouddhiste de fond.
Parfois, je
suis interviewé et les travailleurs sociaux, les gens qui
agissent charitablement, me demandent pourquoi les bouddhistes n'aident
pas dans ces domaines. Beaucoup de bouddhistes n'ont pas le sens
de ce que cela veut dire « aider les autres » . Pourtant,
ils en parlent. C'est une pratique essentielle pourtant. Et
les non-bouddhistes me demandent si les bouddhistes ont des compétences
autres pour aider. Bien sûr, un bouddhiste aide en étant
assis, à ne rien faire, mais ils peuvent aussi faire autrement.
Nous disons dans les enseignements que tous les êtres
ont été nos mères, que nous pouvons aider des
milliers de personnes, on parle d'êtres en nombre illimité,
vastes comme le ciel.
Nous sommes certes intéressés à aider beaucoup
d'êtres, et de plus pour la plupart d'entre nous nous n'avons
pas d'argent, nous n'avons parfois pas dlautre compétence
que celle de nous asseoir et de ne rien faire. Mais je crois que
c'est souvent une bonne excuse pour ne pas aider concrètement.
Le Bouddha Shakyamouni
était très bon, il avait de nombreux moyens habi les
pou r permettre aux êtres d ' approcher de près
la pratique de la générosité. Nous pouvons
donc la pratiquer.
Quel que soit le chemin que vous empruntez, que ce soit le Mahayana,
ou le Vajrayana, vous devez accomplir cette pratique totalement.
La générosité ce n'est donc pas seulement donner
quelque chose, mais protéger la vie en est une autre forme.
Il y a de nombreuses formes possibles à la générosité.
Il ne faut pas penser que nous ne pouvons pas la pratiquer et accumuler
du mérite parce que nous n'avons pas d'argent. Nous n'avons
pas besoin d'être triste si nous n'avons pas d'argent ou de
bien, car i I y a tant de façons d ifférentes de pratiquer
la générosité !
Vous pouvez donner du soutien par exemple. Le bouddhisme est un
merveilleux enseignement, et je ne dis pas cela seulement parce
que je suis bouddhiste. Non, c'est un enseignement qui donne
de nombreuses opportunités d'entrer dans la pratique spirituelle
à partir d'angles variés. Et l'un de ces angles est
la générosité, et à l'intérieur
de cette pratique même il y a de nombreuses possibilités
d'action. En Chine nous parlions avec des gens. Il ya làbas
de nombreux missionnaires qui viennent d'Occident, des prêtres
chrétiens qui donnent des enseignements, qui distribuent
la Bible. En Mongolie aussi, les choses se passent ainsi. La Chine,
à l'origine était un pays bouddhiste. Il y a là
de nombreux maîtres, mais qui n'aident pas. Les maîtres
authentiques sont dans la forêt, ils méditent et ne
font rien. Les gens ne comprennent pas. Ils pensent que le bouddhisme
n'est pas utile à la société. Théoriquement,
le bouddhisme est très aidant, non seulement dans la méditation
mais dans l'aide concrète, matérielle, physique.
Tout devrait être fait pour le bienfait de tous les êtres,
toujours. Sur le plan pratique, nous nous rendons compte que de
nombreux bouddhistes n'aident pas. Les bons pratiquants ont parfois
le sentiment qu'il est plus utile de développer la compassion
et l'amour à l'intérieur de soi, et un jour il sera
possible d'être bénéfique pour les autres. Ils
sentent que pour l'instant leurs capacités sont moindres.
Donc ils pensent qu'il vaut mieux s'asseoir et générer
de l'amour et de la compassion en faisant des souhaits pour que
le temps de l'action vienne. Tout ceci fait sens. La plupart des
pratiquants, dont je suis, pensent que c'est trop demander que de
prendre soin de personnes en souffrance, nous pensons qu'il vaut
mieux s'asseoir et méditer pour leur bien-être.
Ne nous racontons pas d'histoires, nous sommes tous comme ça.
Je ne dis pas que nous n'avons pas de compassion, mais nous pensons
que nous n'y pouvons rien. Même si nous sommes des pratiquants
du Vajrayana, nous avons une motivation du Hinayana. On y trouve
la compassion et l'amour, une bonne motivation donc. Le pratiquant
du Hinayana a tout ceci en grande force, et en même temps
il y a une forte tendance à penser qu'il ne sert à
rien d'aider les autres, car ils sont innombrables. Donc ils pensent
qu'il vaut mieux qu'ils s'occupent d'abord d'eux-mêmes, car
leur temps est précieux, parce qu'il faut qu'ils atteignent
l'Eveil. Voici donc la motivation Hinayana. Nous avons donc l'apparence
d'un pratiquant du Vajrayana, et la motivation intérieure
d'un pratiquant du Hinayana. C'est pourquoi nous sommes très
peu de pratiquants du Vajrayana à atteindre l'Eveil en une
vie. En fait je ne vois personne qui ait atteint l'Eveil et ou qui
va atteindre l'Eveil en cette vie. Il faut dire que la motivation
nous tire vers le bas, et nous sommes là au milieu de nulle
part, dans une position pleine de confusion.
Si vous avez
une motivation pure, comme construire un stoupa par exemple, c'est
quelque chose de puissant. Je crois que tout dépend de la
force de votre motivation. Si elle est très positive, aussi
minime est ce que vous faites, quelles que soient vos actions et
votre pratique de la générosité, le bénéfice
en sera très grand et s'étendra à de nombreux
êtres. Si votre motivation n'est pas très bonne
et que vous sauvez de nombreuses personnes en Afrique par exemple,
votre mérite ne sera pas très grand, car il est largement
dépendant de votre motivation.
Question:
au sujet de la motivation pure, de la vision pure, comment la
maintenir dans les situations difficiles ? Par exemple, si deux
pays entrent en guerre, comment garder la vision pure ?
Réponse:
Quand la guerre est là, la vision impure est présente.
Et ceci parce que si la guerre prend place c'est que l'impureté
est là. Dans la pure vision, il n'y a pas de guerre, il n'y
a pas de tueries. Tout dépend de votre développement
spirituel. Si vous avez un semi-développement spirituel,
vous pouvez avoir une très bonne vision. Le karma vous conduit
à renaître dans un pays en paix, où ni guerre
ni évènements de cet ordre ont lieu. De votre creur,
votre vision sera pure. La vision semi-pure, vous amènera
personnellement dans une bonne position. Mais si vous avez une réalisation
totale de la vision pure, non seulement vous vous sentirez bien,
mais vous vous sentirez relié à un monde collectif
baigné dans une vision pure. C'est comme un miracle, même
si la guerre vient, à cause de la pure vision vous pouvez
transformer la guerre en scène de paix. Ceci est dû
à la compassion, à l'amour, à la vision pure.
Vous ne souffrez pas alors, vous sauvez de nombreux êtres.
C'est une réalisation de la vision pure.
Tout dépend de vos capacités, et l'on peut espérer
qu'elles vont s'étendre, c'est pour cela que nous pratiquons
le vajrayana. Afin d'étendre notre motivation. Au fur
et à mesure qu'elle s'agrandit, on peut pratiquer de plus
en plus. C'est-à-dire être plus généreux,
passer plus de temps avec les gens quand ils en ont besoin. Ce qui
fait aussi que même si aujourd'hui vous n'avez que cent francs
à donner, et que ce qui est demandé c'est dix mille
francs, et bien, même là il pourra y avoir une extension.
Tout peut s'étendre, dans tous les domaines. Un enseignement
sur la bodhicitta dit que la première étape consiste
à s'exercer. Ainsi, vous pouvez essayer de passer votre mala
de la main droite à la main gauche. En faisant cela vous
pensez que vous le donnez à quelqu'un, et même
si ce n'est pas le cas, vous vous exercez. Et ainsi de suite, c'est
un exercice de l'esprit en lien avec la pratique de la générosité.
Ce sont là des préliminaires, mais après un
certain temps il vous sera possible de donner des objets auxquels
vous êtes très attachés. Bien sûr, vous
aurez dans un premier temps l'espoir qu'il vous les rende et donc
vous vous exercerez dlabord auprès de votre famille. Puis,
vous les donnerez à d'autres personnes, plus éloignées
de vous. Donc vous pouvez commencer avec votre famille et petit
à petit élargir à un cercle plus large.
Ces exercices de don sont donc possibles au bout d'un certain temps.
Ce sont des moyens pratiques pour s'exercer à la générosité.
Puis, plus tard vous pourrez même donner vos objets à
des inconnus.
Graduellement, vous développez vos capacités à
être généreux. Ce n'est pas quelque chose qui
peut être forcé. Vous devez développer vos dons
de bodhisattvas.
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