Transcender
la souffrance et l'insatisfaction
selon l'enseignement du Bouddha #1
Lama
Tcheudreun à Dhagpo Kagyu Ling, 2000
L'expérience
du Bouddha
Comment
trouver le bonheur ? Chacun de nous s'est posé cette question,
celle que Bouddha lui-même s'est posé avant de devenir
le Bouddha. Nous pourrions penser qu'il était totalement
heureux dans son palais, puisqu'il possédait tout ce dont
nous pouvons rêver. Cependant, un jour qu'il sortit de ce
palais, il vit dans la rue un malade, un vieillard impotent et
un cadavre. Il prit alors conscience de la souffrance de la maladie,
de la dégénérescence due à la vieillesse.
Il vit combien la mort est pour tous incontournable. Auparavant,
il n'en avait pas conscience du fait des conditions privilégiées
dans lesquelles il vivait, et il pensa que, pour lui autant que
pour les autres, il lui fallait trouver le moyen d'accéder
au bonheur, le bonheur ultime. Il a rencontré des maîtres,
suivi leurs enseignements et instructions, pratiqué et
médité pour un jour atteindre le plein Eveil, l'état
au-delà de la souffrance: il a reconnu la nature de l'esprit,
du monde phénoménal et du samsara.
La souffrance
Pourquoi
cette souffrance ? Pourquoi cette insatisfaction ? Qu'est-ce qui
fait que nous ne sommes pas pleinement heureux ?
Nous recherchons habituellement un bonheur extérieur, dans
les plaisirs des sens, dans un objet ou une personne. L'esprit
a des idées sur ce qu'est le bonheur, il associe bonheur
et circonstances. Les événements, les possessions
et les relations sont toujours projetés à l'extérieur.
Cette recherche du bonheur est à l'origine de la souffrance.
On expérimente trois types de souffrance: l'une que l'on
peut qualifier de grossière, celle due, par exemple, à
la maladie ou à un chagrin. Elle est facile à voir
chez soi ou chez les autres. L'autre, plus subtile, est en relation
avec le fait d'être heureux et de savoir que cela ne va
pas durer. Cette tension qui nous habite est provoquée
par la peur du changement, la peur de l'impermanence. Le troisième
type de souffrance, encore plus subtile, est la souffrance en
devenir, en formation. Dans l'instant, dans l'action, il n'y a
pas de souffrance immédiate, mais le fruit de cette action
va mûrir et génèrera de la souffrance. N'ayant
ni la connaissance suffisante du fonctionnement de l'esprit, ni
la conscience de nos véritables motivations, nous agissons
de façon erronée. Nos émotions suscitent
des actes qui ne sont pas justes et créent ainsi de la
souffrance pour nous-mêmes et pour les autres.
Le karma
Ce
que nous vivons est le fruit d'un karma. Notre esprit est influencé
par nos tendances. Celles-ci sont le résultat d'actions
répétées dans le passé. Chacun produit
par ses projections la perception qu'il a d'une même situation.
Il en est ainsi de tout ce que nous expérimentons. Une
expérience n'est pas le fait de la chance ou de la malchance,
elle est le résultat de notre karma. Si nous sommes engagés
sur un chemin spirituel, chaque situation sera un enseignement
qui nous montrera ce que nous pouvons améliorer.
Il faut savoir que, pour chaque acte bénéfique fait
pour nous ou pour les autres, le résultat est du bonheur.
Pour chaque acte nuisible, le résultat est le malheur et
la souffrance. C'est la motivation de base, l'intention, qui fait
la différence. L'action laisse une trace dans notre esprit,
une empreinte qui va mûrir avec le temps et dont le résultat,
le fruit, se manifestera dans la vie par des circonstances qui
nous feront réagir. Selon les situations, il va y avoir
des pensées, des émotions, qui nous feront agir
de différentes manières, par le corps, la parole
ou l'esprit. On ne pense pas aux actions de l'esprit, pourtant,
elles sont importantes car elles sont permanentes. Si vous avez
des pensées négatives vis-à-vis d'une personne,
celle par exemple de la frapper, c'est bien sûr un karma
moins important que si vous l'aviez frappée réellement,
mais en esprit vous cultivez une tendance. Celui qui, en esprit,
fait des actes négatifs, crée pour lui-même
une souffrance. On peut modifier cette façon d'agir par
la méditation. Les pensées ne sont pas solides.
Lorsqu'une pensée s'élève, nous l'imaginons,
nous la cristallisons, nous la prenons pour une réalité,
nous lui donnons de l'importance, et elle devient ainsi une cause
de souffrance. Le samsara n'est rien d'autre que cela. Dans la
méditation, on apprend à ne plus saisir les pensées.
Dès qu'il y a douleur physique, l'esprit s'en saisit. S'il
n'y avait pas de saisie, on ne souffrirait pas. Il est possible
d'être très heureux tout en ayant mal dans son corps.
En théorie, c'est très simple, en pratique, cela
l'est certes moins, nous allons devoir nous y entraîner
et c'est tout le propos de la méditation.
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