Science de l'esprit  

LES CENT ETAPES DE L'ENTRAINEMENT DE L'ESPRIT #1

Shamar Rinpoche

Shamar RinpochePour donner cet enseignement lors de son séjour à Dhagpo Kagyu Ling du 20 au 29 juillet 1991, Shamar Rinpoché s'est appuyé sur le texte du même nom, écrit par différents maîtres et inspiré par Atisha.

Les cent étapes de l'entraînement de l'esprit ont été exposées graduellement par les successifs détenteurs de lignée. Ces cent étapes proviennent de ce qu'au fil des siècles la situation a changé ; la perception des gens s'est modifiée et il a donc été nécessaire d'adapter d'une manière précise les enseignements à la qualité de réceptivité, aux circonstances et aux temps. De ce fait, chaque détenteur de lignée a dû modifier légèrement certains aspects de la pratique; c'est ce qui a donné cette multiplicité d'aspects.
Ces enseignements sont des conseils pour la pratique. Ils doivent être mis en application. En fonction de ce qui va se passer durant ces neuf jours, j'adapterai mon enseignement à la façon dont il est perçu par vous. Vous pourrez poser des questions. Par exemple, un jour j'exposerai un sujet; ensuite vous pourrez pratiquer et méditer dans cette tente ou, s'il fait trop chaud, vous pourrez aller méditer dans les bois. Le lendemain, on verra s'il est nécessaire de passer à un autre point ou s'il faut revenir sur le même point pour l'approfondir.
Pratiquer revient à discipliner et maîtriser progressivement son esprit. Cette maîtrise dure jusqu'à ce que l'on réalise l'état de bouddha. Les pratiques peuvent appartenir au véhicule des anciens, dit des théravadas, ou au mahayana, dit aussi la voie des bodhisattvas. Tout cela implique un grand nombre de méthodes différentes; par contre, on retrouve toujours l'emploi de chiné (la pacification de l'esprit) et lhaktong (la vision pénétrante).
Le véhicule des théravadas est aussi appelé hinayana, c'est-à-dire le petit ou le moindre véhicule. Pourquoi l'appeler ainsi ? Parce que les tenants de la pratique de ce moindre véhicule sont essentiellement concernés par leur propre avancement spirituel et par le fait de se libérer eux-mêmes de l'emprise du cycle des existences, sans s'estimer capables d'être concernés par tous les êtres. Du fait de cette limitation, ce véhicule est appelé moindre ou petit; mais il existe pour le petit véhicule un ensemble de techniques basées sur chiné- lhaktong.
En ce qui concerne la méthode qui commence à chiné, on pratique la pacification de l'esprit de manière à diminuer l'agitation des phénomènes mentaux qui sont constamment produits par l'esprit. Par une méditation sur le souffle, sur les différentes parties du corps, etc., on permet progressivement à l'esprit de retrouver son calme, sa limpidité fondamentale. Ensuite apparaît la qualité appelée Lhaktong, qui est la vision pénétrante permettant d'analyser le moi lui-même et de comprendre le fait que ce moi est dépourvu d'existence propre et vide de toute caractéristique.
Il y a longtemps que je viens en Europe pour exposer ces enseignements et pour montrer l'unité des différents véhicules bouddhistes, pour montrer qu'en fait il s'agit d'un seul et même enseignement. Malheureusement, j'entends toujours parler du petit véhicule, du grand véhicule et du vajrayana. Il faut savoir que hinayana, mahayana et vajrayana sont des termes que l'on ne rencontre pratiquement jamais dans les textes du Bouddha lui-même, non plus que dans les textes qui furent développés par les arhats et les êtres réalisés. .Dans les commentaires de ces textes, il n'est pratiquement jamais fait mention de petit ou de grand véhicule, ou de véhicule fulgurant. Au contraire, il est fait mention du véhicule des auditeurs, du véhicule des bouddhas pour eux-mêmes et du véhicule des bodhisattvas. En fait, cette division en trois véhicules - hinayana, mahayana et vajrayana - a été accentuée et amplifiée par des auteurs occidentaux comme Lama Anagarika Govinda ou Herbert Guenther. Cette terminologie leur est propre, mais elle ne reflète pas la vision bouddhiste telle qu'elle est perçue par les bouddhistes eux-mêmes.
Ce problème de terminologie vient du fait que, lorsque Kalou Rinpoché et Trungpa Rinpoché sont arrivés en Occident, ils ont dû, pour être entendus, se conformer à une terminologie qui avait été déterminée par les Occidentaux : la terminologie de ceux qui faisaient autorité à l'époque, c'est-à-dire Lama Govinda, le docteur Guenther, etc. Il ont donc dû parler de mahayana, de hinayana, de vajrayana, etc., renforçant encore l'idée de ces véhicules. Après, nous avons dû suivre, sans cela les gens auraient pensé que nous parlions de tout autre chose. Il existe une histoire, que je ne connais pas bien mais qui doit être assez drôle, dans laquelle un renard est devenu roi en prétendant être un autre animal. Tout se passait bien jusqu'au jour où d'autres renards sont venus. Quand ils ont vu le roi renard sur son trône, ils l'ont salué en aboyant comme des renards. Le roi n'a rien pu faire d'autre que aboyer, révélant ainsi sa nature de renard.
J'ai cherché à savoir d'où venait cette classification du dharma en trois véhicules, mais je n'en ai pas trouvé la source. Il est possible que les universitaires chinois soient à l'origine de cela ; ils ont l'habitude de faire des classifications. C'est plausible. Il existe d'ailleurs un autre exemple : en Occident, vous avez l'habitude de parler des "bonnets rouges" et des "bonnets jaunes" en ce qui concerne les Tibétains. Or cette classification est typiquement chinoise. Il est donc possible que la distinction en trois véhicules que nous faisons en Occident provienne de la vision chinoise du bouddhisme.

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