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LES
CENT ETAPES DE L'ENTRAINEMENT DE L'ESPRIT #3
Shamar
Rinpoche
Que
l'on parle de chiné ou de lhaktong il s'agit toujours d'un
processus d'absorption méditative. Lorsque l'on pratique
la méditation du calme mental, on la pratique pour calmer
l'agitation mentale et pour faire en sorte que l'esprit puisse
être posé sur un objet désigné, extérieur
ou intérieur, et n'en pas dévier. Cette capacité
de l'esprit à demeurer là où on l'a mis est
ce qu'on appelle chiné, et cela est commun à la
voie des shravakas (ou auditeurs), à celle des pratiékas
ou à la voie du bodhisattva. Vient ensuite une autre forme
d'absorption méditative, lhahtong, la vision excellente.
Il s'agit de la contemplation qui ne fait plus appel à
un objet et qui apparaît lorsque l'esprit est établi
dans le calme parfait; ensuite on passe à lhaktong. Cela
aussi est commun aux trois voies. Nous venons de recevoir aujourd'hui
les enseignements préliminaires à l'enseignement
de lodjong, l'entraînement de l'esprit.
En conclusion, il faut retenir que l'entraînement à
la pratique de la bodhicitta comporte deux aspects : ultime et
relatif. Il s'agit bien d'entraînement à la bodhicitta.
Dans tout cet entraînement de l'esprit, c'est l'entraînement
de l'esprit à la bodhicitta au niveau relatif qui prend
le plus de place et d'importance pour l'instant. Il convient de
réaliser que cette pratique de la bodhicitta aux niveaux
relatif et ultime ne va jamais à l'encontre des vux
que l'on a pu prendre. Quand on prend des vux, qu'il s'agisse
des vux de discipline extérieure ou intérieure
ou des vux du vajrayana, il ne s'agit pas d'une contrainte
imposée de l'extérieur, pour quelque raison que
ce soit. Les vux sont simplement le moyen de se garder de
ce qui pourrait nuire au développement des qualités
de l'esprit, nuire à la pratique de l'amour et de la compassion,
nuire à la progression spirituelle. C'est la raison pour
laquelle l'entraînement de l'esprit sous quelque forme que
ce soit, qu'il s'agisse de la bodhicitta au niveau relatif ou
au niveau ultime, ne va jamais à l'encontre des vux.
Les samayas, ou liens initiatiques, sont ce qui nous garde de
tout ce qui pourrait venir endommager notre pratique. Cela n'a
rien à voir avec la conception que l'on en a souvent, qui
est une conception extérieure, et à laquelle on
limite alors le samaya. La pratique des samayas consiste en fait
à se garder de tout ce qui pourrait venir endommager la
pratique ou lui nuire. Si vous établissez solidement la
base de votre pratique et la pratique elle-même, c'est-à-dire
la base et la voie, vous êtes automatiquement protégés
des risques de briser vos samayas.
Cela conclut l'enseignement d'aujourd'hui. Nous avons adopté
jusqu'à présent un point de vue théorique;
demain nous aborderons l'enseignement lui-même, qui est
quelque chose "de pragmatique et qui doit être mis
en application par chacun d'entre nous.
Avant de faire la pratique de lodjong, il est bien de réciter
les prières à son maître spirituel. C'est
pourquoi nous allons réciter maintenant quelques prières
à Sa Sainteté Karmapa.
L'entraînement de l'esprit consiste en un entraînement
à l'amour et la compassion. Les termes tibétains
parlent d'un entraînement, dun processus à
la fois de développement et de pratique de l'amour et de
la compassion, permettant ensuite la manifestation naturelle de
ces qualités qui deviennent un trait même de l'esprit.
En l'état actuel, nous avons la plupart du temps des impulsions
qui nous poussent à ressentir de lamour ou de la
compassion de façon ponctuelle et peu naturelle. Il faut
souvent se forcer ou se rappeler à lordre. On entend
par « esprit complètement entraîné »
le fait de manifester naturellement l'amour et la compassion,
de les éprouver de façon spontanée un peu
comme Tchenrézi lui-même.
L'essence de l'esprit est vacuité : il est libre de toute
caractéristique. L'esprit est limpidité, pure conscience,
pure cognition: il est dépourvu de tout ce qui pourrait
l'obscurcir. Il est sans obstruction : au sein de l'esprit, tous
les phénomènes peuvent se manifester sans obstacle;
tout l'univers se manifeste au sein de l'esprit, sans quoi nous
n'en aurions pas conscience. La pratique de l'amour et de la compassion
vient s'inscrire dans cette dernière caractéristique
de l'esprit. Lorsque l'on développe l'amour et la compassion
tels qu'on les développe par la pratique de l'entraînement
de l'esprit, ils sont sans obstacle et ne connaissent pas de limitation.
L'amour et la compassion viennent donc s'inscrire dans les caractéristiques
mêmes de l'esprit, qui est vacuité, parfaite limpidité
(c'est-à-dire parfaite cognition) et non obstruction (c'est-à-dire
amour et compassion). Par la réalisation de cela, on progresse
vers les différentes étapes de l'Eveil.
Comprenez-vous bien cette caractéristique de non obstruction
de l'esprit.? A l'intérieur de l'esprit, tous les phénomènes
peuvent apparaître. Qu'entend-on exactement par non obstruction
? Cela signifie qu'il n'existe pas de partition, de limite ou
d'espace clos dans l'esprit. L'esprit peut contenir absolument
n'importe quoi, et pas seulement nos pensées ou ce que
nous imaginons. C'est beaucoup plus vaste que cela. Par exemple,
nous sommes dans un espace où vous m'avez arrangé
un trône, une table avec des micros, etc. En bas, sont assis
des gens. Tout cela apparaît sans obstruction dans l'esprit.
C'est quelque chose qui est là. Imaginez qu'une personne
soit endormie ici, elle pourrait rêver d'une vaste cité
comme Paris. Cette vaste cité quelque part est là
aussi. Il y a également toute une foule qui perçoit
un univers : chacun perçoit l'univers à sa façon,
et tous ces univers perçus par chacun d'entre nous se trouvent
contenus dans un même espace. II n'y a pas de limitation
dans l'esprit. Tout peut y entrer à la fois.
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