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LES
CENT ETAPES DE L'ENTRAINEMENT DE L'ESPRIT #4
Shamar
Rinpoche
Lorsque
l'on parle des apparences de l'esprit comme étant dépourvues
de limites, cela fait référence à l'immensité
de l'esprit, mais cela fait aussi référence à
quelque chose de profond. Par exemple, si je perçois cet
espace devant moi, je perçois des objets sur la table.
Dans le même temps, ces objets sont dépourvus d'existence
propre et cette perception que j'ai est leur seule réalité.
Ils n'ont pas en tant qu'objets d'autre réalité
que la perception que j'en ai. Ils sont en quelque sorte illusoires.
Maintenant revenons à notre rêveur. Cette personne
est en train de percevoir une vaste cité comme Paris. Bien
entendu, Paris n'est pas ici; la seule réalité de
cette vaste cité est aussi la conception que le rêveur
en a. Ensuite, nous tous ici percevons l'univers et le monde.
Mais cet univers et ce monde n'ont d'existence, au sens où
nous l'entendons habituellement, que dans la mesure de la perception
de chacun d'entre nous. Il y a donc ma perception individuelle
des objets, il y a la conception illusoire du rêve sur Paris,
il y la perception de l'univers par chacun d'entre nous. Tout
cela coexiste, forme et compose une réalité qui,
bien qu'illusoire, est coexistante dans l'esprit. L'esprit admet
et accepte toutes ces réalités complètement,
sans aucune gêne, sans aucun obstacle.
Est-ce que c'est clair ? Si vous avez compris, levez la main !
Vous commencez peut-être à comprendre quelque chose,
mais je ne suis pas certain que vous ayez compris au point de
dire : c'est vraiment comme cela et d'avoir vraiment confiance
en cela !Les apparences non limitées de l'esprit dépendent
en fait des deux autres qualités de l'esprit : la clarté
et la vacuité. Elles dépendent en tout premier lieu
de la vacuité de l'esprit. Qu'entend-on par vacuité
de l'esprit ? Rien dans l'esprit n'existe de façon intrinsèque
ou indépendante; il n'y a pas d'atomes d'esprit en quelque
sorte. Réaliser cela est très important car, si
l'esprit n'était pas parfaitement vide de toute caractéristique
et de toute substantialité, il y aurait une limite à
ce que peut contenir l'esprit ou à ce qu'il peut imaginer.
Quand on rêve par exemple, on imagine des univers entiers.
Si les productions de l'esprit et l'esprit lui-même n'étaient
pas vides, cela finirait par encombrer l'esprit. Au fur et à
mesure des perceptions, des phénomènes mentaux,
des pensées, etc., l'esprit se trouverait peu à
peu rempli. Mais cela ne se passe pas ainsi ; on peut toujours
concevoir d'autres phénomènes mentaux.
Il y a trois sortes de vacuité, dont il faut bien prendre
conscience:
- la vacuité de l'esprit en laquelle tout peut s'élever.
-
la vacuité des phénomènes extérieurs.
On ne perçoit de ces phénomènes que leur
représentation dans l'esprit, qui nous apparaît comme
une réalité extérieure, et celle-ci n'a d'autre
réalité que celle que nous lui prêtons, c'est-à-dire
la réalité de notre esprit. C'est pourquoi on dit
que les phénomènes extérieurs sont vides
également.
-
la vacuité des phénomènes mentaux qui apparaissent
et se dissolvent dans l'esprit sans laisser de trace.
Il
est important de comprendre ce que l'on entend par esprit. De
par sa nature propre, il est vacuité. On a l'habitude de
dire que son apparence est non obstruction; cela traduit en fait
son mode de manifestation. Sa caractéristique est d'être
limpidité. Limpidité signifie pure conscience, au
sens du terme anglais "awareness" : être conscient
de, savoir que quelque chose existe; en français, on peut
traduire cela par pure cognition : ce n'est pas la connaissance
mais la faculté qui permet de connaître. Il importe
de comprendre ces trois caractéristiques de l'esprit parce
qu'elles se manifestent à chaque fois que nous prenons
conscience d'un phénomène quel qu'il soit. Par exemple,
je tiens un vajra dans la main : en tant que vajra tel que je
le vois, il n'a d'autre existence que ce que j'en perçois,
que l'image que j'en forme dans mon esprit. Peu m'importe de savoir
qui l'a fait ou comment il a été fait, il n'a pour
moi d'autre existence que ce qui en est perçu par mon esprit,
et mon esprit étant vacuité, cet objet n'a pas d'autre
existence que la vacuité de mon esprit. Donc cet objet
lui-même est vide. La qualité de non obstruction
de l'esprit permet l'apparition, dans mon esprit d'une multitude
infinie de phénomènes et d'objets différents
sans pour autant qu'ils interfèrent les uns avec les autres.
Lorsque nous rêvons, nous percevons les objets comme étant
totalement réels, mais nous savons à notre réveil
qu'ils sont complètement illusoires.
Nous avons tendance aussi, lorsque nous sommes éveillés,
à percevoir les objets comme réels, alors qu'en
fait le processus est exactement le même que dans le rêve
: ce qui me fait percevoir le vajra dans mon rêve est exactement
le même processus qui me fait percevoir le vajra à
l'état de veille. Les perceptions du rêve ont exactement
le même degré de réalité que les perceptions
à l'état de veille. Dans toute perception interviennent
ces trois caractéristiques de l'esprit : la vacuité
(son essence), la limpidité (la cognition, la faculté
de percevoir et de prendre conscience des choses) et la non obstruction
(ce qui caractérise les apparences de l'esprit).
Tout
ce que l'on vient de dire concernant la nature de l'esprit et
le caractère illusoire des phénomènes relève
de la logique; il est bon de le savoir et d'en tenir compte. Il
faut comprendre que les phénomènes et l'esprit lui-même
sont dépourvus d'existence propre, qu'ils sont vacuité,
que c'est la limpidité de l'esprit qui permet de prendre
conscience de tous les phénomènes quels qu'ils soient,
et que c'est sa non obstruction qui permet à l'infinie
multitude des phénomènes d'apparaître constamment.
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