Les
6 paramitas
Lama
Guendune Rinpoché
Les
six paramitas - vertus transcendantes - constituent le coeur de
l'entraînement sur le chemin du Grand Véhicule, le
Mahayana.
Ce sont : la générosité, l'éthique,
la patience, la persévérance (énergie enthousiaste),
l'absorption méditative et la sagesse (conscience transcendante).
S'appuyant sur le dynamisme des relations entre les êtres,
elles sont l'instrument de l'intégration de l'enseignement
dans la vie quotidienne en action.
Considérées
dans leur succession, l'une est la base permettant à la
suivante de se développer. Formant un tout indissociable,
elles sont complètement interdépendantes, chacune
d'entre elles étant purifiée par les cinq autres.
Elles vont ainsi toutes se développer simultanément
sur le chemin de l'Eveil.
Le texte qui
suit correspond au début de l'enseignement sur les Paramitas
donné par Guendune Rinpoché en juillet 85, se basant
sur le "Joyau Ornement de la Libération", ouvrage composé
par Gampopa. Il traite de la première des vertus transcendantes
: la générosité.
Les êtres
ordinaires sont le fondement de la pratique des paramitas. En
effet, s'il n'y avait pas d'êtres démunis, il ne
serait pas possible de pratiquer la générosité.
Si les autres n'existaient pas, il n'y aurait pas d'opportunité
de développer l'éthique, la base de l'éthique
étant la conduite juste qui s'abstient de nuire à
autrui. S'il n'y avait pas d'êtres négatifs, personne
ne chercherait à nous nuire et on n'aurait aucun moyen
d'exercer la patience et la tolérance. Afin de pouvoir
pratiquer et mener à leur terme ces différentes
vertus, il est nécessaire de faire preuve de persévérance.
Il faut donc appliquer la quatrième paramita : l'énergie
enthousiaste. Si on ne développe pas ensuite les absorptions
méditatives, nos qualités positives seront instables.
Afin de comprendre toutes les qualités et de leur donner
une dimension ultime, on fait s'épanouir la dernière
paramita : la conscience transcendante ou sagesse.
La générosité
est définie en sept points qui vont être développés
successivement :
- les défauts
et les qualités qui naissent de la non-pratique et de la
pratique de la générosité,
- l'explication de son essence,
- la classification,
- les caractéristiques essentielles de chacune de ces classes,
- la façon de l'accroître,
- la façon de la rendre parfaitement pure,
- le résultat qui est obtenu à travers sa pratique.
L'inconvénient
de ne pas être généreux :
Celui
qui ne possède pas cette vertu de générosité
rencontrera la situation d'être sans cesse démuni.
C'est l'expérience de la pauvreté. Pour la plupart
des êtres qui n'ont aucune générosité,
la conséquence est une naissance dans le monde des esprits
avides. Ceux qui obtiendront une renaissance humaine seront soumis
à des conditions d'existence difficiles, au dénuement.
Le Bouddha l'exprime dans un Soutra : "Celui qui est avare prendra
naissance comme esprit avide et même s'il obtient une naissance
humaine, il passera sa vie dans la pauvreté." Dans l'explication
sur le Vinaya : "l'être qui est prisonnier de la cupidité
et de l'avarice, qui n'a pas la capacité de produire la
moindre générosité, sera conduit à
prendre renaissance en tant qu'esprit avide et à expérimenter
la faim et la soif. L'absence de générosité
est la cause principale de renaissance dans le monde des esprits
avides."
Si on est
dénué de générosité, on ne
possède pas non plus d'aptitude à accomplir le bienfait
des êtres et on ne pourra pas obtenir l'Eveil. Ceci est
expliqué par le Bouddha : "Celui qui ne peut pas pratiquer
la générosité sera dépourvu de jouissance
matérielle et n'aura pas davantage la capacité d'attirer
à lui et de rassembler les êtres, et il est donc
inutile de parler de sa compétence à réaliser
l'Eveil."
Les avantages
de la générosité :
Celui qui
est capable de générosité jouira dans toutes
ses existences de conditions matérielles favorables et
obtiendra le bonheur. Ceci est exprimé par le Bouddha dans
un Soutra :
"Le bodhisattva qui pratique la générosité
tranche toute possibilité de renaître en tant qu'esprit
avide ; il tranche également toutes les émotions
qui naissent de l'état de pauvreté et de dénuement
; et, à travers cela, il crée l'obtention de biens
et de jouissances illimités... Celui qui s'efface de façon
juste dans la pratique de la générosité n'aura
pas de meilleur ami que cette vertu transcendante du bien."
Ceci est illustré
par Shantideva dans "La voie dans l'entrée médiane"
(Madyamika) : "Celui qui aspire au bonheur devra jouir de conditions
matérielles excellentes. Tant qu'il ne réunira pas
ces conditions, il lui sera extrêmement difficile de posséder
le bonheur. Pour cette raison, le Bouddha a d'abord enseigné
la pratique de la générosité, comme étant
la base de toutes les autres obtentions."
Les bienfaits
de la générosité sont d'obtenir les capacités
et les moyens d'agir pour le bien des autres. Celui qui rassemble
toutes les formes de don s'établit fermement dans le Dharma
et a la possibilité d'y conduire les autres êtres.
Le Bouddha dit : "Par la pratique de la générosité,
l'individu transforme toutes les situations et fait ainsi mûrir
les êtres... Celui qui est généreux obtient
facilement la réalisation de l'insurpassable Eveil... Celui
qui pratique la générosité obtiendra des
possessions... alors que celui qui garde jalousement pour lui
ses acquisitions en sera dépossédé... Celui
qui pratique la générosité est au cur
même des bienfaits, celui qui ne la pratique pas est en
dehors de leur essence, son activité est inutile. Celui
qui pratique la générosité n'a pas besoin
de chercher une protection contre la souffrance ; celui qui ne
la pratique pas doit s'efforcer de se protéger contre toutes
sortes d'afflictions."
Qui pratique
la générosité ne connaît aucune peur.
Qui ne la pratique pas est sans cesse en butte aux conflits, aux
difficultés, à l'agression et à de nombreuses
frayeurs.
Qui pratique la générosité montre rapidement
le chemin de l'Eveil.
Qui naît sans générosité démontre
tout aussi rapidement le chemin démoniaque.
Pour celui
qui est généreux, toutes formes de jouissances positives
seront illimitées, alors que pour celui qui est sans générosité
elles seront très vite épuisées. Cela signifie,
dit Rinpoché, que celui qui n'est pas attaché à
ses possessions et qui pratique la générosité
obtiendra des causes de bonheur sans fin, illimité. Tout
ce que nous expérimenterons au moment de notre mort sera
le résultat de cette vie, de la façon dont nous
aurons orienté notre esprit. Si nous sommes attachés
à nos possessions et à nos biens, cela créera
beaucoup de voiles dans l'esprit. Au moment où on quittera
ce corps physique, les obscurcissements demeureront et on sera
alors sans liberté.
Nous
serons impuissants à transformer cette situation car nous
n'aurons rien fait pour cela ; c'est à dire que dans le
courant de notre vie nous n'aurons pas créé de conditions
vertueuses à travers le corps, la parole et l'esprit et
on se retrouvera donc extrêmement pauvre et démuni
; à ce moment-là on perdra tout ce que l'on avait.
A l'inverse,
même s'il connaît des difficultés dans le cours
de son existence, celui qui pratique les vertus positives se trouvera
à la fin de sa vie extrêmement riche et fortuné
parce qu'il aura créé les vraies conditions du bonheur,
tout le reste n'étant qu'illusoire et transitoire ; il
n'aura pas à souffrir longtemps de ces circonstances présentes
car il aura travaillé à l'obtention d'un bonheur
définitif.
L'essence
même de la générosité :
Cette essence
est sans attachement à aucune forme ni expression et est
libre de la fixation et de la saisie réaliste. Ceci est
expliqué dans l'ouvrage "Les Terres de Bodhisattvas" :
"Quelle est l'essence de la générosité ?
C'est un état d'esprit qui est sans attachement et qui
produit les relations spontanées avec le monde et les êtres.
[Elle est exprimée par] celui qui est capable de donner
tout ce qu'il possède parce qu'il a rejeté toute
chose comme ayant une existence propre, comme étant réelle
par nature."
La classification
de la générosité :
II y a trois
formes de générosité :
- la générosité matérielle : elle
consiste à aider les êtres du point de vue matériel
; elle est en relation avec le corps.
- la générosité de l'absence de peur : c'est
la générosité amenant à protéger
la vie des êtres ; c'est ce qui s'établit en relation
avec la force vitale.
- la générosité du saint Dharma : c'est la
générosité qui s'applique directement à
la relation avec l'esprit des êtres.
Les caractéristiques
essentielles de chacune de ces classes :
1 - LA GÉNÉROSITÉ
MATÉRIELLE
La générosité
pure doit être pratiquée à tout prix et la
générosité impure abandonnée.
Les formes de la générosité impure :
Elles s'expriment
à quatre niveaux : état d'esprit, substance (l'objet
donné), réceptacle et manière d'accomplir
le don.
A - LA GÉNÉROSITÉ
LIÉE À UN ÉTAT D'ESPRIT IMPUR
- soit venant
d'une intention contraire.
II y a générosité
provenant d'une attitude négative lorsque l'on donne pour
nuire sciemment, pour devenir célèbre et avoir un
retour dans cette vie, ou encore lorsque cela représente
une forme de rivalité et de compétition avec les
autres.
Ces trois
formes de générosité impropre doivent être
abandonnées par le bodhisattva. Cela est exprimé
dans les écritures ("Les terres de bodhisattva") : "Le
bodhisattva est celui qui ne pratiquera pas une forme de générosité
conduisant soit à tuer d'autres êtres, soit à
les emprisonner, soit à les punir ou les condamner, soit
à les expulser ou les bannir... Le bodhisattva ne pratiquera
pas le don dans l'espoir d'être célèbre et
loué... Le bodhisattva ne pratiquera pas pour rivaliser
ou se mettre en compétition avec les autres."
Dans ces trois
types de générosité, on essaie de prendre
de l'ascendant par rapport aux autres, d'acquérir du pouvoir.
- soit venant
d'une pensée inférieure.
Deux formes
sont à abandonner par le bodhisattva : la première,
c'est de pratiquer le don par peur de la pauvreté dans
les vies futures ; la seconde, c'est de pratiquer la générosité
dans le but de jouir ultérieurement de richesses, de l'obtention
d'un statut, etc.
Le Bouddha
dit : "Le bodhisattva refusera de pratiquer une forme de générosité
basée sur la peur de rencontrer la pauvreté...
Le bodhisattva
ne pratiquera pas la générosité dans le but
de parvenir à la richesse ou à des incarnations
telles que le dieu Indra ou les monarques universels."
B - LA GÉNÉROSITÉ
LIÉE À L'OBJET DONNÉ IMPUR
Le
bodhisattva ne pratiquera pas la générosité
à travers le don de substances comme le poison, les armes,
toutes sortes d'objets qui peuvent être nuisibles à
soi-même et aux autres.
Ce n'est pas
uniquement dans l'objet que l'on offre que réside l'impureté,
mais aussi dans la motivation de l'offrande.
Par exemple, la motivation peut être erronée. Le
Bouddha exprime cela : "Si le poison peut être utile, bénéfique
à quelqu'un, alors, bien que ce soit du poison, il faudra
l'offrir. Si on offre des nourritures extrêmement fines
mais susceptibles de nuire à la personne, alors on ne pratiquera
pas une telle générosité.... De même
que l'on devra couper à une personne son doigt mordu par
un serpent afin de lui sauver la vie, de la même manière
si l'on doit agir en sachant que c'est désagréable
mais bénéfique, il ne faut pas hésiter. "
Tout objet
pouvant devenir une cause de souffrance pour les êtres ne
doit pas servir comme source d'offrande. On n'offrira pas non
plus son père et sa mère, ni quelque chose qui peut
provoquer la déchéance de ses parents, ni un de
ses enfants, ni sa femme si elle n'est pas d'accord. Si on a beaucoup
de possessions matérielles, on ne fera pas d'offrande médiocre
; au contraire on offrira beaucoup. Inversement, on n'offrira
pas des biens gardés dans un but précis pour accomplir
quelque chose. Ceci fait référence, dit Rinpoché,
au fait que l'on pouvait demander au bodhisattva son corps ou
une partie de son corps pour en faire un usage négatif,
notamment utiliser cette offrande pour contrer des êtres
et procéder à des actes propitiatoires auprès
d'esprits négatifs. Ces formes de dons nuisibles ne sont
pas appropriées.
C - LA GÉNÉROSITÉ
LIÉE À UN RÉCEPTACLE IMPUR
De la même
manière, on ne pratiquera pas la générosité
envers des êtres qui sont soumis à des influences
négatives, démoniaques ou autres ; on ne fera pas
don de son corps ou de ses biens d'une manière qui va nourrir
la folie ou le déséquilibre des êtres. Si
on s'aperçoit qu'une forme de générosité
apporte davantage de troubles pour quelqu'un, on s'en abstiendra.
"On ne donnera pas de nourriture à des êtres lorsqu'ils
sont repus, gloutons... On ne donnera pas de boisson à
des êtres qui ont suffisamment et qui demandent simplement
par gourmandise."
D - LES MOYENS
DE DONNER IMPURS
On ne pratiquera
pas la générosité si on est dans un état
d'esprit négatif, si on le fait à contrecur,
par haine ou par colère. On ne donnera pas non plus avec
une attitude méprisante ou irrespectueuse, expression de
l'orgueil. Si on pratique la générosité envers
un mendiant, on le fera sans se moquer de lui, sans le réprimander,
le critiquer ni dévoiler son état pour l'humilier.
Ainsi sont
regroupées les façons impures de pratiquer la générosité.
Les
formes de la générosité pure
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