Les
6 paramitas
Lama
Guendune Rinpoché
Les formes
de la générosité pure
A - L'OBJET
DONNÉ
Il existe
deux substances d'offrande : intérieure et extérieure.
- L'offrande
intérieure
C'est offrir
son propre corps. Dans les Soûtras, il est dit "que si on
en a la possibilité et que c'est nécessaire, lorsque
l'on nous demande notre main, il faut donner une main ; si on
demande une jambe, il faut la donner ; si on demande l'oeil, il
faut donner l'oeil ; si on demande la chair, il faudra donner
la chair ; si on demande le sang, il faudra donner le sang."
Néanmoins,
pour les bodhisattvas débutants qui n'ont pas encore complètement
uni leur esprit à l'indifférenciation de soi et
des autres et qui n'ont donc pas réalisé la vacuité
parfaite, il sera difficile de donner une partie de leur corps.
A ce moment là, ils devront pratiquer l'offrande intégrale
du corps mais ne devront pas se séparer d'un de leurs membres
ou de leurs organes.
Ce que cela
signifie, dit Rinpoché, c'est que tant que l'on est dans
la dualité "moi/les autres", deux formes d'intention s'affrontent
: notre propre pensée, notre propre désir et la
volonté de celui qui est en face de nous, et ces deux intentions
sont souvent contraires. Tant que l'on demeure dans cette relation
séparée entre soi et autrui, il faut pratiquer jusqu'à
être capable d'échanger ses propres désirs
avec ceux des autres et de faire place à la volonté
des autres plutôt qu'à la sienne. Il faut s'entraîner
à ce renversement. Pour cette raison, tant que l'on n'a
pas réalisé la complète équanimité
de soi-même et d'autrui, il ne sert à rien de donner
une partie de soi si on est attaché à un "je". Tant
que l'on a une saisie égocentrique très structurée,
si on veut pratiquer quelque chose qui est trop difficile, cela
ira contre le progrès spirituel, créera simplement
davantage de souffrances et renforcera encore cette saisie égoïste.
On peut pratiquer le don de son corps et de ses membres dans la
mesure où cette pratique anéantira complètement
toute forme de saisie égoïste.
Il est dit
dans le Bodhicharyavattara : "Lorsque, partant d'une bonne intention,
mais sans avoir une réalisation conséquente, on
veut donner son corps, ceci est une erreur et on devra s'en abstenir.
Au contraire, on devra d'abord utiliser ce corps pour aider les
êtres et pour la réalisation de la pratique permettant
d'obtenir les parfaits moyens d'accomplissement du bien d'autrui."
- L'offrande
extérieure
II s'agit
de tous les objets extérieurs au corps qui sont dignes
d'offrande : des boissons, des vêtements, etc., toutes choses
qui nous appartiennent en propre.
Le bodhisattva
"maître de maison" ou laïc qui ne fait pas don de son
corps ou de ses biens n'est pas un bodhisattva. Il est dit que
ceux qui ont pris des voeux sous une forme ou sous une autre doivent
pratiquer la générosité et donner absolument
tout, sauf les trois robes monastiques. Si on donnait ces robes,
cela nuirait au bien des êtres.
B - LE RÉCEPTACLE
DU DON
II y a quatre
types de réceptacles :
- ceux qui
sont l'expression spécifique vers qui on peut pratiquer
la générosité : les lamas,
- ceux à
qui la générosité sera particulièrement
utile : les parents,
- ceux vers
qui la générosité s'exprimera parce qu'ils
souffrent,
- ceux à
qui elle s'appliquera parce qu'ils sont des ennemis qui cherchent
à nous nuire.
C - LA MANIÈRE
DE PRATIQUER CETTE GÉNÉROSITÉ
L'intention
doit être pure et la façon de donner excellente.
L'intention pure repose sur l'amour altruiste et la compassion
qui nous amènent à pratiquer la générosité
dans le seul but d'être utiles et bénéfiques
à tous les êtres.
L'acte lui-même
doit être excellent : le bodhisattva pratique la générosité
avec honneur, de ses propres mains, le moment venu et sans nuire
aux autres. L'acte est excellent lorsque les trois moments de
la générosité sont portés par la joie
et le bonheur du don :
- avant de
donner, lorsque l'on en est au stade de l'intention, on se réjouit
de cette intention même,
- au moment
du don, on le fait dans l'état d'esprit de dédicace
complète,
- lorsque
l'on a pratiqué la générosité, on
entretient la joie et l'enthousiasme sans aucun regret.
"Accomplir
le don de façon honorable", c'est le faire avec respect.
"De ses propres mains" signifie que l'on ne dit pas à quelqu'un
de le faire, mais que l'on agit soi-même. "Le moment venu"
signifie que l'on doit juger du moment le plus propice. On s'abstiendra
de faire des offrandes d'objets appartenant à notre famille
si cela entraîne des larmes versées ; on ne donnera
pas des objets dont on n'est pas propriétaire ou qui ont
été acquis de façon malhonnête ou en
dépossédant quelqu'un.
La façon
juste de pratiquer le don est exprimée à travers
trois points : la générosité sera pratiquée
de façon continue, sans partialité et elle sera
menée jusqu'à ce que tous les désirs des
êtres soient parfaitement satisfaits.
2 - LA GÉNÉROSITÉ
QUI PROTÈGE DE LA PEUR
Cette forme
de don peut être la protection contre la peur des brigands,
la crainte des conditions extérieures (animaux, maladies,
menaces des éléments). L'essentiel de cette pratique
revient à protéger la vie.
En particulier,
pour dissiper toutes formes de dangers et de menaces pour les
êtres, la pratique de Tara est tout à fait excellente
et puissante. De même, les pratiques comme celle de Mahakala
servent à dissiper les obstacles en relation avec le Dharma,
l'enseignement. A travers ces pratiques, on accomplit un bienfait
personnel parce que l'on trouve pour soi-même une protection,
mais on peut étendre celle-ci par la dédicace et
la force des souhaits. D'une manière générale,
toutes les formes d'activités vertueuses que l'on accomplit
à travers le corps, la parole et l'esprit ont pour résultat
de nous protéger de toutes les souffrances du samsara.
3 - LA GÉNÉROSITÉ
DU DHARMA
L'objet de
la générosité
Il s'agit
de ceux qui écoutent avec dévotion, intérêt
et respect les enseignements du Dharma.
L'intention
A - L'INTENTION
NÉGATIVE A ABANDONNER
C'est lorsque
l'on enseigne le Dharma dans le but d'obtenir une réputation,
des honneurs, la célébrité ou des biens matériels.
Si on enseigne le Dharma avec la volonté d'en tirer un
profit personnel, cela sera tout à fait inutile. Le Dharma
complètement pur sera souillé par cette motivation
impure et à travers un tel acte on créera simplement
un karma négatif.
On expliquera
donc l'enseignement avec une pensée libre de toute attitude
matérialiste. C'est ce que tous les Bouddhas ont montré.
B - L'INTENTION
BÉNÉFIQUE A PRATIQUER
C'est l'intention
qui repose sur la compassion envers tous les êtres. "Afin
de mettre un terme à la souffrance, on fera don de l'enseignement
dans le monde, sous une forme accessible."
La matière
même de l'enseignement
L'enseignement
doit être donné d'une manière qui soit complètement
en accord avec les Soûtras, la parole du Bouddha. Il ne
doit rien y avoir de contradictoire. Ceci est exprimé dans
"Les Terres de Bodhisattva" : "L'enseignement doit être
donné de telle sorte qu'il ne soit pas en contradiction
avec la substance même du Dharma, d'une façon qui
soit en accord avec les différents moyens de l'exprimer
et qui ait pour but d'amener les êtres à s'en tenir
de façon parfaitement pure aux différentes formes
d'entraînement destinées à acquérir
une attitude juste."
La façon
d'enseigner
Lorsqu'un
enseignement est requis, on n'enseignera pas tout de suite. "Le
don de l'enseignement ne doit pas être fait immédiatement...
Quand on vous demandera un enseignement, vous direz : - Je n'ai
pas encore bien étudié le sujet. Ce sera la première
réponse à donner." (Soûtra) Par contre, s'il
n'y a pas de requête d'enseignement, mais que l'être
rencontré paraisse digne de recevoir l'enseignement, il
est alors bon d'enseigner.
En ce qui
concerne l'environnement, on choisira un endroit convenable, qui
soit à la fois ouvert, vaste et plaisant à l'esprit.
Un texte dit : "On enseignera dans un lieu propre, agréable
à l'esprit, sur un siège vaste et confortable."
On s'installera sur un trône recouvert de brocart. On devra
se laver, porter des habits seyants, être pur intérieurement
et avoir une conduite en accord avec les enseignements, pour pouvoir
les donner. Ensuite, chacun s'étant installé autour
du trône, avant de donner l'enseignement on devra réciter
des prières pour dissiper les interférences. La
récitation du mantra a le pouvoir d'écarter toutes
les forces qui créent des obstructions à l'explication
du Dharma, à des lieues et des lieues de distance. Grâce
au mantra, même des êtres négatifs qui ne sont
pas expulsés ne peuvent plus nuire à l'enseignement.
L'enseignement sera donné clairement et à voix modérée.
Tout ceci, dit Rinpoché, montre que celui qui donne l'enseignement
doit le faire de façon pure, avec une bonne motivation.
Il doit aussi enseigner avec joie, en voulant créer quelque
chose de bénéfique. On pratique ainsi la générosité
sans rien attendre en retour, ni gratitude, ni rien d'autre ;
on agit sans avarice ni mesquinerie, dans un état d'esprit
joyeux et enthousiaste.
Tous ces dons
ne sont pas perdus pour nous-mêmes et mûriront au
contraire dans le courant de notre être. Tout ce que nous
donnons aux autres crée une énergie positive dont
nous expérimenterons le résultat au moment de la
mort où elle s'actualisera en un ensemble de conditions
et de situations favorables à notre propre libération.
C'est comme un investissement que l'on ferait dans une banque
et dont on toucherait les intérêts le moment venu
! A l'inverse, au moment de la mort, nous serons obligés
de nous séparer de toutes les choses que nous essayons
d'obtenir et de conserver jalousement. Rien de cela ne pourra
être emporté avec nous ; ces biens deviendront la
possession des autres.
La
générosité matérielle aide les êtres
à goûter au bonheur. C'est une forme de générosité
relative, liée simplement à cette existence. La
générosité du Dharma est celle du don ultime
qui donne les moyens d'atteindre l'Eveil. La générosité
qui protège de la peur peut se comprendre aux deux niveaux
précédents : relatif et ultime.
La façon
de faire s'accroître la générosité
On ne doit
pas laisser s'amoindrir les différentes formes de générosité.
Au contraire, on doit connaître les moyens de les fortifier.
Le Bouddha a dit dans le Soûtra "L'éclair du bodhisattva"
: "Sharipoutra, le bodhisattva expérimenté ne laissera
pas sa générosité s'affaiblir, mais l'accroîtra.
Il la développera par trois moyens : par la force de la
sagesse primordiale, il la rendra supérieure ; par la force
de la conscience transcendante, il l'étendra ; par la force
de la dédicace, elle deviendra incommensurable."
1 - LA FORCE
DE LA SAGESSE PRIMORDIALE
Cette force
va rendre la générosité complètement
pure des trois cercles car elle s'appliquera dans leur parfaite
connaissance. Les trois cercles signifient qu'on reconnaît
l'essence de la générosité comme vacuité,
qu'on est conscient que la cause est en elle-même illimitée
et que l'on discerne le fruit comme parfaitement immaculé.
L'activité qui est libre des trois cercles est celle qui
comprend que l'auteur de la générosité est
semblable à une illusion n'ayant pas de nature propre,
que la substance du don est semblable à un rêve,
ainsi que l'objet vers lequel est dirigée la générosité.
Donc, entre celui qui donne, l'objet du don et celui qui reçoit,
il n'y a aucune différence, ils sont tous vides et parfaitement
non duels.
2 - LA FORCE
DE LA CONSCIENCE TRANSCENDANTE
Afin que le
mérite de la générosité se développe
sans cesse, on la pratique avec la deuxième force, celle
de la conscience transcendante qui lui permettra de se répandre.
Celui qui pratique la générosité doit avoir
pour seule intention d'établir tous les êtres dans
l'état d'Eveil. Au moment de l'acte lui-même, il
doit être dépourvu d'attachement. Enfin, lorsque
la générosité est accomplie, il doit être
libre d'attente et d'espoir quant à un résultat
ou un retour de son acte. Lorsque ces trois aspects sont présents,
le mérite créé par la générosité
peut réellement se répandre et se développer.
Le Bouddha
dit : "Ayant pratiqué la générosité,
le donateur ne demeurera pas attaché à l'objet offert,
ni n'attendra de résultat pour lui-même. Le bodhisattva
habile fera don de tout ce qu'il est bon de donner et, de cette
manière, par cette forme de don éveillé,
tout ce qu'il offrira deviendra incommensurable. "
3 - LA FORCE
DE LA DÉDICACE
Le bodhisattva
qui dédie sa générosité à l'insurpassable
Eveil de tous les êtres rend cette pratique incommensurable.
Par la dédicace, non seulement la vertu qui est créée
va s'accroître, mais elle va devenir intarissable. Le Bouddha
dit à Sharipoutra : "De la même manière que,
si on fait tomber une goutte d'eau dans l'océan, cette
goutte va y demeurer de façon inépuisable jusqu'à
la fin de l'océan lui-même, tout acte de vertu parfaitement
dédié à l'Eveil demeurera totalement indestructible
jusqu'à l'obtention de l'Eveil même."
La façon
de rendre la générosité parfaitement pure
"Par
la conduite qui s'appuie sur l'essence de la vacuité et
de la compassion, le mérite est rendu parfaitement pur."
La générosité qui repose sur la conscience
de la réalité ultime ne conduira pas au cycle des
existences. Parce qu'elle s'appuie sur la compassion, elle ne
conduira pas vers les véhicules inférieurs. Au contraire,
par la présence de la vacuité et de la compassion
indissociables, la pratique de la générosité
conduira à l'obtention de "l'au-delà-de-la-souffrance-qui-est-sans-demeure."
La façon
de s'appuyer sur la vacuité pour pratiquer est décrite
dans un Soûtra : "La vacuité de la générosité
doit être pratiquée en s'appuyant sur les quatre
sceaux." Ces quatre sceaux sont la compréhension que notre
propre corps, tous les objets "extérieurs", les êtres
à qui on donne et tous les phénomènes -y
compris le Dharma et l'Eveil- sont de la nature de la vacuité,
sont vides en essence. C'est à travers la compréhension
de ces quatre sceaux de la vacuité que l'on pratiquera
la vraie générosité.
Le deuxième
point sur lequel on s'appuie, c'est la compassion. La compassion
est le fait de pratiquer la générosité parce
que toutes les formes de souffrance qu'expérimentent les
êtres, d'une façon générale ou particulière,
ne sont pas supportables. C'est pour cela que le bodhisattva agit
de façon généreuse envers eux.
Le fruit de
la pratique de la générosité
Ce fruit se
situe à deux niveaux : ultime et relatif.
1- AU NIVEAU
ULTIME
Au niveau
ultime, la pratique de la générosité conduit
à la réalisation de l'insurpassable Eveil. "De cette
manière, le bodhisattva qui pratiquera cette vertu transcendante
de la générosité, l'ayant amenée à
sa complète maîtrise, manifestera l'Eveil parfaitement
pur et insurpassable qui est la réalisation de la bouddhéité."
2- AU NIVEAU
RELATIF
Du point de
vue relatif, différents résultats découlent
de la pratique de la générosité, suivant
les types de don. En ce qui concerne la générosité
matérielle, le résultat sera de jouir de toutes
sortes de possessions, de façon excellente, sans même
avoir besoin d'aspirer à cela.
Par la générosité,
on rassemblera les êtres autour de soi et on développera
les capacités d'une pratique qui s'appliquera à
les conduire sur le chemin de l'Eveil.
"Le bodhisattva
qui pratique la générosité coupe toute possibilité
de renaître dans le monde des esprits avides et empêche
également toute expérience de pauvreté et
de dénuement physique ou moral ainsi que tout ce qui est
lié aux manifestations des émotions perturbatrices...
Dans tout ce qu'il entreprendra, il jouira de possessions et de
biens illimités... Par sa générosité,
il obtiendra la capacité de faire mûrir les êtres,
c'est-à-dire de les amener à se libérer de
leurs souffrances et à atteindre le bonheur... Celui qui
offre de la nourriture obtient la force. Celui qui offre des vêtements
obtient un teint excellent. Celui qui offre des moyens de locomotion
obtient le bonheur. Celui qui offre des lampes obtient des yeux."
Par la pratique
de la générosité, on acquiert les jouissances
physiques et matérielles.
Si on protège
les êtres de la peur, on ne peut plus être perturbé
par les Maras, les démons intérieurs, ni par toutes
les formes d'obstacles extérieurs qui peuvent nous nuire.
Par la pratique
de la générosité du Dharma, on obtient rapidement
la capacité de réaliser l'Eveil en rencontrant et
s'associant à des Bouddhas. Tous les souhaits s'accomplissent
rapidement. "Celui qui fait offrande pure du Dharma, celui-là
s'associera aux Bouddhas et tous ses désirs seront exaucés."
l'Ethique
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