Les
6 paramitas
Lama
Guendune Rinpoché
La classification
de l'éthique
- L'éthique
des voeux, consistant à abandonner les actions non-vertueuses
; ainsi, on établit solidement son esprit en l'état
de pacification et on n'est plus emporté par ses émotions.
-
L'éthique qui rassemble tous les dharmas vertueux, comme
le fait de s'engager en corps, parole et esprit à l'accomplissement
d'actes vertueux ; ainsi on fait mûrir le courant de son
être dans le sens de la pratique et de la réalisation
du Dharma.
- L'éthique
qui manifeste et qui accomplit le bienfait des êtres ; on
obtient ainsi la capacité de faire mûrir les êtres,
c'est-à-dire de les amener à une maturité
spirituelle. Celui qui respecte les trois Joyaux, celui-là
crée des causes de respect pour lui-même qui sont
causes de bonheur.
Par l'accomplissement
de ces vertus, en se purifiant du karma négatif passé,
on va devenir une source d'inspiration.
En prenant
des voeux, on devient un réceptacle pour les êtres
: c'est le sens véritable des voeux monastiques et de la
fonction de la Sangha.
Les caractéristiques
essentielles de chaque classe
1 - L 'ETHIQUE
DES VOEUX
A - ASPECT
ORDINAIRE
II s'agit
de la prise d'un des sept types de voeux de libération
individuelle. "Le pratiquant qui prend les voeux de bodhisattva
devra fonder son comportement sur les voeux de l'éthique
juste, par la prise parfaitement pure de voeux de libération
individuelle."
Les voeux
de libération individuelle peuvent se prendre à
différents degrés, à différents niveaux
selon ses aspirations.
Sept voeux
:
(1) voeux
de guélong (moine pleinement ordonné)
(2) voeux
de guélongma (moniale pleinement ordonnée)
(3) voeux
de guélogma (aspect intermédiaire pour les femmes)
(4) voeux
de guètsul (novice)
(5) voeux
de guètsulma (novice)
(6) voeux
de guénièn (voeux de conduite éthique pour
un laïc)
(7) voeux
de guéniènma (voeux de conduite éthique pour
une laïque).
Celui qui,
bien qu'ayant pris ces voeux, continue à nuire aux êtres,
développe une attitude contraire à ses engagements.
A l'inverse, s'il accomplit le bienfait d'autrui, il va dans le
sens harmonieux des voeux. "Le bodhisattva est celui qui s'applique
uniquement à ce qui est utile aux êtres."
La
première étape des voeux consiste à abandonner
les états d'esprit négatifs envers les autres et,
ensuite, à développer des états d'esprit
positifs. Tant que l'on a des intentions négatives, il
est impossible de créer quoi que ce soit de positif en
relation avec les autres, parce qu'à travers ce que l'on
fait, on cherche toujours un résultat et un bienfait personnels.
On ne prend
pas et on ne garde pas des voeux de conduite éthique comme
on observerait une loi du monde parce qu'un roi ou un gouvernement
en aurait décidé ainsi. On ne prend pas et on ne
garde pas ces voeux pour acquérir une renaissance supérieure
dans le samsara. On n'observe pas ces voeux par peur de renaître
dans les mondes inférieurs (animaux, esprits avides, enfers),
ni même par peur de la mort ou par aucune autre sorte de
peur liée au monde, à l'expérience ordinaire.
Au contraire,
on prend les voeux de conduite éthique pour réaliser
son esprit comme étant l'esprit des Bouddhas, pour développer
la même conscience des êtres que les Bouddhas.
B - ASPECT
NON-ORDINAIRE
Shantideva
: "il y a dix-huit différents types d'actes qui font chuter
d'une conduite juste : cinq sont essentiels comme un roi, cinq
le sont comme un ministre et huit comme un débutant."
Parmi les
transgressions les plus importantes, qui détruisent les
voeux d'éthique ou l'observation informelle d'une conduite
juste, il y a le fait de voler les biens des trois Joyaux et le
fait d'abandonner le Dharma.
Le Bouddha dit:
"même si un moine a chuté en transgressant ses voeux,
il serait impropre de lui retirer ses robes de moine, de le frapper
et de le mettre en prison ou de le faire déchoir de sa
condition, ou d'appliquer envers lui l'un des cinq actes incommensurables."
Les voeux-racine
sont transgressés quand on s'accroche à des vues
erronées et à des théories contraires au
Dharma, quand on terrorise des villes, des populations, quand
on met en oeuvre les cinq actes incommensurables (tuer son père,
sa mère, un Arhat, diviser la Sangha, faire couler le sang
d'un bodhisattva). On brise ses voeux si l'on enseigne la vacuité
à des êtres qui ne sont pas suffisamment préparés
ou purifiés et qui ne peuvent donc pas encore recevoir
ces enseignements ; également si on leur enseigne que leur
chemin va les détourner de l'Eveil ou qu'il ne sert à
rien de le pratiquer, et qu'ils doivent au contraire s'en remettre
simplement à la compréhension de la vacuité
du Mahayana. Si l'on agit ainsi, on agit en fait de façon
contraire aux voeux mêmes du Mahayana et à la pratique
du bodhisattva, parce que l'on va inciter ces êtres à
aller contre leurs engagements, à aller contre le véhicule
de leur développement spirituel. On évitera donc
d'inciter à changer d'attitude ceux qui suivent le chemin
de l'éthique.
Les autres
formes de transgression consistent à vanter ses propres
qualités dans le but d'obtenir des biens, des richesses,
dès honneurs ; à dénigrer les autres par
des paroles négatives, ou à parler avec beaucoup
d'emphase de ses réalisations en disant : "oh, combien
grande est ma patience, ma tolérance, etc.", à avoir
toutes sortes de paroles contraires et fausses. Il est également
impropre d'inciter quelqu'un à châtier un moine novice
qui a enfreint sa discipline. Il est impropre d'accepter des offrandes
ou de donner à quelqu'un d'autre des offrandes qui ont
été faites aux trois Joyaux. Il est impropre de
faire perdre à quelqu'un sa méditation, de troubler
sa stabilité mentale ou de déranger sa retraite.
Serlingpa
explique la conduite du bodhisattva. Il montre qu'il y a quatre
formes de transgressions très importantes des voeux de
bodhisattva. Il y a également quarante-six autres formes
de négativités.
Les quatre
formes de transgressions :
(1) Par attachement
à des possessions ou à un état de bonheur,
se louer soi-même et dénigrer les autres.
(2) Par avarice,
par petitesse, par attachement aux choses matérielles,
refuser de donner des biens matériels à ceux qui
en sont dépourvus, qui souffrent ou qui sont sans protection.
(3) Refuser
d'écouter quelqu'un qui s'excuse et qui reconnaît
ses fautes envers nous, et, emporté par la colère,
lui rendre le blâme et la critique.
(4) Prendre
l'apparence d'un pratiquant du Dharma tout en ayant abandonné
l'attitude Mahayaniste.
Les deux premières
formes de négativités parmi les quarante-six autres
:
(1) Ne plus
considérer les trois Joyaux comme dignes d'offrandes et
ne plus développer une pratique en relation avec les trois
Joyaux.
(2) Suivre
tous ses désirs, toutes les perturbations qui apparaissent
dans son esprit.
2 - L'APPLICATION
À LA VERTU
Celui qui
a pris les voeux de bodhisattva doit mettre en oeuvre l'éthique
par le corps et la parole, de toutes les façons qui conviennent
à l'accomplissement de l'Eveil. C'est la définition
même de l'éthique qui rassemble tous les Dharmas.
Quelle est,
en détail, cette conduite ?
Le
bodhisattva qui s'appuie sur l'éthique doit ensuite s'appliquer
avec zèle à l'écoute et à la méditation
sur les enseignements.Il doit trouver sa joie uniquement dans
le fait de pratiquer et approfondir sa connaissance du Dharma.
Il doit s'appliquer
à honorer et servir le lama, et à lui faire des
offrandes.
Il doit se
préoccuper de ceux qui sont sans protection, de ceux qui
sont malades, en les servant et en s'occupant d'eux.
Il doit pratiquer
de façon excellente la générosité
envers les êtres.
Il doit se
faire l'écho de toutes les qualités des êtres
et vanter leurs bienfaits. Il doit se réjouir complètement
de toutes les formes de mérites et d'actes positifs créés
par les autres.
Il doit pratiquer
la tolérance et la patience envers les êtres qui
essaient de lui nuire.
Lorsqu'il
s'applique à la vertu, il la dédie au bienfait de
tous les êtres et fait pour eux des souhaits de réalisation.
Il doit encore
s'exercer avec beaucoup de zèle à la pratique d'offrande
et de célébration envers les trois Joyaux.
Il doit pratiquer
la tempérance par le corps, la parole et l'esprit. Il doit
s'exercer à la vigilance et à la conscience attentive
et, de cette manière, protéger les voeux de bodhisattva
en gardant ses organes sensoriels par l'attention et la vigilance.
Entre autres,
il doit faire preuve de mesure lorsqu'il mange et ne doit pas
être glouton.
Le bodhisattva
est celui qui ne dort pas pendant la première et la dernière
veille de la nuit. A ces moments-là, il s'exerce par le
corps, la parole et l'esprit aux différents yogas et aux
différentes pratiques spirituelles.
Il est celui qui s'en remet à des êtres saints ou
à des amis spirituels.
Il est celui qui observe et analyse sa confusion et ses errances
mentales - son attachement - et qui s'en débarrasse.
II est celui qui, de cette manière, accomplit toutes les
formes de pratique en relation avec le Dharma et les maintient,
les faisant s'accroître sans cesse jusqu'à l'Eveil.
L'essence
du bodhisattva qui entretient une conduite juste est de développer
une conscience ou vigilance de son corps, de sa parole et de son
esprit, afin qu'à travers la conscience de ses trois portes
il ne crée pas de négativités pour les êtres,
mais qu'au contraire il développe toutes les formes possibles
d'actes bénéfiques.
3 - L'ÉTHIQUE
QUI MANIFESTE LE BIENFAIT DES ÊTRES
Treize aspects
de l'éthique
Le bien des
êtres s'accomplit en développant une attitude correcte,
définie sous treize aspects, et en évitant les attitudes
incorrectes du corps, de la parole et de l'esprit.
(1) S'associer
à des personnes ayant des activités utiles qui soient
en relation avec le bienfait des êtres.
(2)
S'appliquer à une forme d'activité qui soit un moyen
de soulager la souffrance de ceux qui sont dans cette condition.
(3) Montrer
par ses capacités le chemin et les méthodes de libération
à ceux qui veulent les suivre.
(4) A partir
de ce que l'on fait ou ressent, accomplir toujours quelque chose
d'utile (par exemple, si l'on rencontre des situations contraires,
les transformer en conditions utiles pour autrui et pour soi-même).
(5) Protéger
ceux qui vivent dans la peur, ceux qui sont menacés, qu'il
s'agisse d'une peur physique ou d'une peur mentale.
(6) Dissiper
toute forme et toute expérience de douleur ou de souffrance.
(7) Donner
des moyens d'existence ou des biens matériels à
ceux qui en sont dépourvus.
(8) Rassembler
les êtres et leur expliquer le Dharma ; faire tourner la
roue du Dharma de façon excellente et bénéfique
pour les êtres.
(9) Etablir
son esprit et celui des êtres dans le chemin de l'esprit
d'Eveil.
(10) S'établir
soi-même dans la joie qui manifeste toutes les qualités
parfaitement pures.
(11) Détruire
complètement toutes les sortes d'intentions contraires
et négatives qui vont à l'encontre de l'enseignement.
(12) Se méfier
de toutes les formes d'expression de pouvoirs et de miracles pour
soi-même. On ne doit pas se tromper sur les manifestations
qui ne sont pas un réel indice d'obtention spirituelle.
(13) Toujours
développer son aspiration pour l'obtention de l'Eveil,
le bien et les activités bénéfiques.
Attitudes
au niveau du corps, de la parole et de l'esprit
|