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Les
6 paramitas
Lama
Guendune Rinpoché
L'essence
de la patience
C'est le fait
d'être sans malice, sans conjecturer ou imaginer quoi que
ce soit, sans conceptualiser. Dans les Terres de bodhisattva :
"Même s'il est dépourvu de tout bien matériel,
le bodhisattva gardera un esprit empli de compassion. Il sera
uniquement dirigé et motivé par cette compassion
et ne créera pas de penchant malveillant, de tendance à
juger, comparer, etc."
Le bodhisattva qui a cet esprit libre de calcul ou de comparaison
a développé la conscience de l'essence même
de la patience.
Rinpoché dit que la patience est un état d'esprit
qui ne cherche pas à critiquer, comparer, juger ou toujours
saisir les situations liées aux perturbations émotionnelles
telles que la jalousie, la haine, etc. Celui qui cultive la patience
est dans un état d'esprit d'ouverture ; il ne recherche
pas l'analyse critique permanente, il s'ouvre à un état
de paix. Cette paix est celle qui est goûtée dans
la méditation de Chiné. Pratiquer la patience est
un des moyens d'obtenir la stabilité mentale ; du fait
que l'on se dégage de toutes ses préoccupations
mentales, on parvient à éprouver la paix intérieure.
La classification
de la patience
On distingue
trois formes de patience .
Dans la première, on développe la tolérance,
comme il vient d'être expliqué, c'est-à-dire
sans développer de malveillance ou de malice, ni d'esprit
négatif envers les autres. Ce type de patience est dirigé
vers les êtres qui cherchent à nous nuire, et naît
de l'observation, de l'examen de la nature même de ces êtres.
Une autre forme de patience consiste à être capable
de supporter et d'accepter la souffrance. Elle naît de l'observation
et de la compréhension de l'essence de cette souffrance.
La troisième forme de patience est basée sur l'aspiration
à la reconnaissance de la réalité ultime,
jusqu'à ce que l'esprit obtienne une certitude. Cette patience,
qui est capable d'accepter la nature ultime des phénomènes,
est celle qui s'exerce à travers le développement
de la conscience discriminante qui nous permet de saisir sans
erreur l'essence même des phénomènes.
Le fait de
développer la patience en relation avec les deux premiers
aspects définis plus haut produit une influence relative
du point de vue de cette existence actuelle. Le fait de développer
le troisième type de patience influe sur la réalisation
par elle-même, d'un point de vue ultime.
Les caractéristiques
essentielles de chaque aspect
1 - LA PREMIÈRE
FORME DE PATIENCE
"Si nous-mêmes
ou nos proches sommes exposés à la haine, la critique,
etc., étant donné que ceci provient d'un conflit
entre une personne qui souhaite quelque chose et une autre qui
ne réalise pas ce souhait, on développera la patience
par l'examen de la nature de ce désir."
Cette
patience consiste à réaliser l'inutilité
de rendre le trouble, la haine ou la colère qui a été
créé, et elle permet de garder un esprit libre de
toute forme de rancune ou de ressentiment. On peut mettre un terme
à toute idée de vengeance en considérant
plusieurs points. Lorsque quelqu'un essaie de nous nuire, il faut
prendre conscience du fait que cette personne est dépourvue
de libre-arbitre et donc qu'elle n'est pas maîtresse d'elle-même
; ensuite, il faut s'examiner soi-même et examiner ses propres
négativités liées au karma individuel ; il
faut percevoir aussi les négativités et inconvénients
inhérents à notre corps physique ; puis il faut
déterminer l'aspect négatif de nos intentions, de
nos tournures d'esprit ; enfin il faut réaliser qu'il n'y
a pas de différence entre les négativités
d'autrui et les nôtres.
Une forme
de méditation consiste à analyser le fait de se
trouver face à une situation négative, par rapport
à notre potentiel karmique, et au reflet des situations
antérieures.
Une autre revient à méditer sur la grande bonté,
la bienveillance de celui qui agit négativement. Dans une
troisième forme de méditation, il s'agit de comprendre
que la pratique de la patience réjouit tous les Bouddhas.
Enfin, dans une dernière perspective, on considère
la grandeur et valeur de tous les bienfaits qui sont issus de
la pratique de la patience.
2 - LE DEUXIÈME
TYPE DE PATIENCE
Il réside
dans le fait de ne pas se laisser aller au découragement
face aux difficultés endurées dans la pratique du
chemin vers l'illumination, et d'accepter ces différentes
sortes d'épreuves avec enthousiasme. Lorsqu'on s'engage
dans la pratique du Dharma, on éprouve de la souffrance
du fait qu'il est difficile de pratiquer de façon juste,
de pouvoir réellement développer une attitude d'aspiration
et de confiance envers les trois Joyaux et le lama.
D'autre part,
l'écoute du Dharma, les explications, les récitations,
les discussions, les méditations, toutes ces formes de
pratique sont en elles-mêmes créatrices de souffrance
car elles demandent un effort d'application.
Le fait de
se consacrer à la pratique du Dharma en maintenant une
discipline quant aux sessions de méditation - en particulier
s'efforcer au yoga spirituel plutôt que de dormir durant
la première et la dernière partie de la nuit - est
encore une souffrance en soi.
De la même manière, celui qui vise uniquement à
l'accomplissement du bien des êtres rencontre toutes sortes
de souffrances parce qu'il doit faire preuve de beaucoup d'efforts
pour réaliser son intention.
On peut rencontrer aussi la fatigue physique ou une lassitude
mentale, souffrir du chaud, du froid, de la faim, de la soif,
ou encore de troubles créés par les autres êtres,
ou connaître des états de perturbation mentale.
Ainsi, conscient de toutes ces difficultés inhérentes
au développement de la pratique, on ne se laissera jamais
aller au découragement, mais, au contraire, on fera face
à ces différents types de souffrance.
"Tout comme
on est prêt à accepter une saignée afin de
supprimer une douleur due à une grave maladie, de la même
manière, pour l'obtention de l'insurpassable Eveil qui
est l'au-delà de toutes formes de souffrance, on sera prêt
à accepter les souffrances relatives qui sont celles du
chemin de la pratique."
Bodhicharyavattara
: "Les souffrances que je dois endurer pour arriver à l'Eveil
sont mesurables. Elles sont comparables au fait de sonder une
blessure pour stopper la douleur causée par un corps étranger."
L'attitude
de celui qui est capable d'accepter toutes les souffrances en
relation avec la pratique du Dharma le conduit à la victoire
dans la bataille contre le cycle des existences et l'ennemi que
sont ses propres émotions et perturbations mentales. Il
est véritablement un grand héros. A l'opposé,
bien qu'il puisse être célébré comme
un héros dans le monde, l'être ordinaire qui détruit
des ennemis ordinaires - d'autres êtres semblables à
lui - n'est pas, du point de vue du Dharma, un héros du
tout. On dit qu'il est semblable à quelqu'un frappant un
cadavre : il est vraiment misérable.
Bodhicharyavattara
: "Si tu veux arriver à détruire toutes les souffrances,
tu le feras en subjuguant les ennemis que sont la colère,
la haine, etc. Celui qui parvient à cela peut véritablement
être appelé un héros, parce qu'il triomphe
de tout ; il est un conquérant véritable. Les autres
types de héros ne sont que des tueurs de cadavres."
3 - LA TROISIÈME
FORME DE PATIENCE
C'est
celle qui naît de l'aspiration à la compréhension
véritable et ultime de tous les phénomènes
et de la capacité à accepter les vérités
ultimes du Dharma.
"On doit aspirer à la compréhension des huit points
(1) à travers lesquels sont exprimées les qualités
des trois Joyaux. En particulier, on doit développer la
conscience de la nature réelle des phénomènes,
comme elle a été exprimée par le Bouddha
dans sa présentation de la vacuité, qui considère
la réalité ultime comme étant par nature
libre des deux types d'individualité : c'est l'absence
d'identité individuelle du "moi-ego" et des phénomènes.
Cette compréhension que toute manifestation individuelle
ou phénoménale est vacuité en essence permet
de pratiquer la patience et d'accepter dans son esprit une dimension
que l'on ne peut pas percevoir réellement."
Il faut donc faire preuve de patience et de tolérance pour
ouvrir positivement son esprit afin qu'il accepte toute vérité
ultime.
(1) "Les trois
Joyaux, le pouvoir des Bouddhas et des bodhisattvas, la signification
de la réalité, l'enseignement de la loi de causalité,
l'enseignement sur les conséquences de la loi de causalité,
le but qu'on s'efforce d'atteindre, les conditions préalables
indispensables à la pratique, et les textes qui font autorité
auprès du bodhisattva idéal. "
La façon
d'accroître la patience
Par la sagesse
primordiale.
Par la conscience discriminante.
Par la dédicace.
Les moyens
de la purifier
On purifiera
la patience au moyen des deux qualités suivantes :
- la vacuité
- la compassion.
Le résultat
de la patience
Il s'exprime
à deux niveaux, ultime et relatif.
Au niveau
ultime, c'est l'obtention de l'insurpassable Eveil. Comme il est
dit dans Les degrés de l'Eveil : "Par une patience et une
tolérance illimitées, incommensurables, est connu
le fruit de l'Eveil... Le bodhisattva qui pratiquera cette qualité
de patience et l'intégrera en lui-même obtiendra
l'Eveil insurpassable, parfait et authentique."
Au niveau
relatif, on pourra sans effort jouir, dans toutes nos vies, d'une
bonne condition physique exempte de maladies et d'un aspect qui
sera agréable et attirant pour les êtres ; on sera
une personne renommée jouissant d'une longue vie et qui
obtiendra la potentialité de devenir un monarque universel
capable de mettre en mouvement la roue de l'enseignement.
Dans le Bodhicharyavattara
: "Par la pratique de la patience, on obtient dans nos existences
un corps agréable et toutes les qualités de notre
action physique ; on est à l'abri des maladies ; on jouit
de renommée, de célébrité, ainsi que
d'une vie extrêmement longue et exempte de souffrances,
et on obtient la capacité de devenir un monarque universel
qui met en mouvement la roue de l'enseignement."
Guendune Rinpoché
:
"Si l'on fait preuve de patience, le corps et l'esprit s'établissent
dans une dimension de paix, d'harmonie et de bien-être.
A l'inverse, si l'on ne développe pas la patience, on est
sujet à des maux, des heurts et des conflits avec les autres,
et cela va s'accroître et se développer de plus en
plus, sans que l'on puisse en maîtriser le cours. De cette
manière, on va créer sans cesse une relation ou
une attitude d'esprit qui sera sans repos, toujours en butte aux
situations, dans un état conflictuel permanent.
L'essentiel
de la patience, c'est une attitude d'esprit qui ne cherche pas
à nuire aux autres et est dépourvue d'agressivité.
La patience
que l'on doit développer envers l'attitude agressive des
autres repose sur la compréhension, l'acceptation de cette
situation non pas comme venant d'autrui, mais comme étant
soumise à notre propre responsabilité : cette situation
résulte de notre propre activité karmique antérieure
erronée. Par cette compréhension, on perçoit
dans ces circonstances relationnelles l'opportunité offerte
par l'autre de purifier ce karma antérieur ; l'autre apparaît
comme un allié, un ami qui fait preuve de beaucoup de bienveillance,
et il devient même une source de joie et de bonheur.
Si l'on n'est
jamais confronté à des situations négatives,
difficiles, si l'on ne rencontre jamais d'obstacles ni d'ennemis,
comment allons-nous méditer sur la patience ? Qui donc
pourrait développer cette qualité en l'absence de
support, de condition propice ? S'il n'y a pas de terrain adéquat,
il n'y a aucune possibilité de développer la patience.
Ne pouvant pas développer cette qualité, on est
incapable de progresser vers l'Eveil, de réaliser l'état
de Bouddha. Ainsi, lorsque se présentent toutes formes
de situations conflictuelles, il faut savoir les accepter et les
prendre comme chemin même de l'Eveil, ne pas les rejeter,
mais au contraire s'appuyer complètement sur elles. "
Qu'est-ce
qu'avoir de la patience ?
Lama
Guendune :
Avoir de la patience signifie que l'on respecte fondamentalement
les êtres, parce qu'on sait que c'est grâce à
eux et aux obstacles qu'ils nous créent que l'on arrive
à progresser, à dominer notre ego et à développer
petit à petit une attitude plus ouverte et plus souple.
Cet aspect de patience est relié à notre cheminement
spirituel au niveau du quotidien : sommes-nous capables de traiter
avec les situations qui sont parfois très irritantes et
difficiles ? Quelquefois, on perd le contrôle de soi-même.
L'attitude à adopter dépend de la situation, de
nous-mêmes et de la personne qui est en face. Si c'est quelqu'un
qui nous est étranger - que l'on risque donc de blesser
-, dans la mesure où l'on n'est pas capable de se maîtriser,
mieux vaut alors s'en aller. Lorsqu'on ne contrôle pas ses
émotions, il est préférable d'éviter
l'affrontement et de travailler sur soi-même, d'être
conscient de son incapacité afin d'y porter remède.
En relation
avec les personnes que l'on côtoie tous les jours, avec
qui l'on est beaucoup plus intime, apparaissent aussi inévitablement
des heurts et des frictions. Dans ce cas, s'il y a acceptation
réciproque, sachant que chacun essaie de se transformer
et de développer une attitude positive et qu'inévitablement,
malgré cela, des expressions négatives vont émerger,
on n'en voudra pas à la personne elle-même. On sait
que tout cela fait partie du chemin, on l'accepte en tant que
tel.
Si les situations
peuvent être tolérées réciproquement,
on a la possibilité de les exprimer. Cela ne veut pas dire
qu'il faut faire exprès de se mettre en colère,
ou que l'on s'en réjouit ; mais on peut travailler la situation
de façon à apparaître un peu comme un miroir
pour les autres, pourvu que ceux-ci l'acceptent, que cela ne les
choque pas, ne les blesse pas profondément. Dans cette
mesure-là, il arrive que l'on puisse se mettre en colère.
Ce qui est essentiel, c'est qu'il n'en reste rien après.
C'est parfois
beaucoup plus grave de ne rien dire et d'entretenir un courant
d'esprit négatif : dans ce cas, les idées noires
pourrissent en nous-mêmes et cela finit par devenir quelque
chose d'atroce, parce qu'on développe une vision extrêmement
sombre et négative de certains êtres, et l'on ne
sait plus comment en changer.
D'une certaine manière, on peut dire que, dans tous les
cas, il faut trancher : soit on coupe en s'en allant, si l'on
n'est pas capable de faire face à la situation ; soit on
s'exprime, mais on coupe ensuite sans garder aucune trace de négativité
dans l'esprit.
L'important, de toute façon, est d'être conscient
de la situation, de se dominer et d'agir en évitant au
maximum de blesser ou de heurter les autres. Même si l'on
agit de façon négative, ce n'est pas quelque chose
de catastrophique en soi, ni d'irrémédiable, dans
la mesure où l'on est conscient de cette négativité
et qu'on n'en tire pas orgueil ou satisfaction.
Le point essentiel
est la vigilance. Pour s'y entraîner, il faut chaque jour
reprendre le vu de bodhisattva dès le réveil,
tout en souhaitant accomplir une activité bénéfique
par le corps, la parole et l'esprit ; on peut ensuite consacrer
sa journée à vraiment mettre ce vu en application,
comme une pratique. De cette façon, on renforce la motivation.
Et le soir, on considère le résultat de ce que l'on
a fait dans la journée. Ainsi, on pourra mesurer tous les
jours nos actions.
Cette attitude
crée un entraînement qui va faire que, dans certaines
situations, bien qu'au début on soit complètement
dépassé et débordé, n'ayant pas même
le temps de voir la négativité, petit à petit
un espace va se créer. Par l'entraînement de l'esprit,
on perçoit plus clairement ces négativités,
on en voit de plus en plus du fait qu'on en devient conscient
et, en même temps, on trouve les moyens de moins se laisser
dominer par elles.
Cela se fonde
uniquement sur cette intention du vu de bodhisattva, cette
volonté de le reprendre chaque jour et d'agir pour le bien
des êtres. Evidemment, on sera de suite confronté
au reflet de sa propre hypocrisie, car si l'on poursuit telle
idée, on va s'apercevoir de tout ce qui entre en contradiction
avec elle. Petit à petit, en travaillant sur soi-même,
on parviendra à harmoniser son attitude dans le sens du
vu de bodhisattva.
la
persévérance, ou énergie enthousiaste
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