Les
6 paramitas
Lama
Guendune Rinpoché
La persévérance
- énergie enthousiaste -
Suite et fin
de la retranscription de l'enseignement sur les Paramitas, donné
par Lama Guendune Rinpoché en juillet 85, se basant sur
l'ouvrage de Gampopa, le "Joyau Ornement de la Libération"
(Dhagpo Thargyen). La persévérance, quatrième
de ces six perfections transcendantes, est ici définie
et commentée.
La persévérance
est définie en sept points : inconvénients et avantages
issus respectivement de l'absence et de la présence de
la persévérance, l'essence de la persévérance,
la classification, les caractéristiques essentielles de
chaque aspect, la façon de l'accroître, les moyens
pour la purifier, le résultat.
Inconvénients
dus à l'absence de persévérance
Celui qui,
bien que pratiquant les Paramitas telles l'éthique, la
générosité et la patience, est dénué
de persévérance, sera paresseux. Etant pris de paresse,
il n'accomplira pas d'actions vertueuses. Sans activité
bénéfique, il ne pourra pas réaliser le bienfait
des êtres. N'ayant pas cette capacité, il ne lui
sera pas non plus possible d'obtenir l'Eveil.
Ceci est exprimé
dans un Soûtra, où le Bouddha répond à
la question posée par Lodreu Gyamtso : "Celui qui est paresseux
est en fait incapable de pratiquer ou de faire naître aucune
des autres Paramitas, depuis la générosité
jusqu'à la sagesse transcendante. Celui qui est paresseux
ne peut pas accomplir le bienfait des autres. En raison de cela,
il ne pourra pas réaliser l'Eveil avant un temps considérable
et, en fait, il s'en éloigne sans cesse."
Avantages
issus de la persévérance
Celui qui
a de la persévérance dans la pratique est un être
dont les qualités positives, bénéfiques ne
diminuent pas, mais au contraire s'accroissent sans cesse.
Dans un autre
Soûtra, le Bouddha exprime les bienfaits de la persévérance
: "Celui qui possède cet enthousiasme développera
et ne laissera jamais décroître les qualités
positives ; par cela même il sera comme celui qui obtient
un trésor royal, le trésor de la sagesse transcendante."
En outre,
si l'on possède cet enthousiasme pour la pratique, on sera
capable de traverser complètement la montagne de toute
l'accumulation d'activité mondaine antérieure.
"Celui qui fait preuve d'énergie se libérera des
conditionnements du monde et transformera complètement
toutes les formes de réalisation mondaine."
"Par cette énergie enthousiaste le sublime Eveil de la
bouddhéité est obtenu."
Soûtra : "Pour celui qui s'exerce en enthousiasme et énergie,
il ne sera pas difficile de réaliser l'Eveil. Il le réalisera
de la façon la plus parfaite et la plus pure, il obtiendra
l'Eveil insurpassable. Qu'est-ce que cela signifie ? Lodreu Gyamtso,
sache que, là où il y a enthousiasme et persévérance,
il y a Eveil."
L'essence
de la persévérance
L'essence
de la persévérance est le fait de se réjouir
dans la vertu, de trouver sa joie dans l'action positive.
Soûtra
: "Qu'est-ce que l'énergie enthousiaste ? C'est le remède
à la paresse, c'est l'état d'esprit dans lequel
on éprouve de la joie manifeste à se tourner vers
la vertu, vers l'accomplissement spirituel."
Soûtra : "Le fait de se réjouir complètement
et parfaitement de l'activité positive, de l'accomplir
avec beaucoup d'élan, d'inspiration, voilà ce que
l'on peut appeler l'essence de la persévérance."
Il est dit
que l'effort enthousiaste est l'antidote à toutes les paresses
qui conduisent vers des actes impurs et erronés. Ces paresses
se présentent sous trois aspects. Tout d'abord, il y a
celle que l'on pourrait appeler de l'indifférence ou oisiveté.
Ensuite, il y a la paresse qui est celle du manque de confiance
ou découragement. Il y a enfin la paresse grossière
ou de base.
La paresse
de l'oisiveté
C'est le type
de paresse dans lequel on passe son temps à dormir, à
se reposer ; on est plongé dans des rêveries ou un
état d'inattention, de négligence ou d'indifférence
aux choses, etc. Cette forme de paresse est le produit de l'attachement
à un type de bonheur qui s'accomplit dans l'inactivité.
Evidemment ce type de paresse est à proscrire.
De quelle
manière va-t-on abandonner cette forme de paresse ?
En réfléchissant
qu'il n'y a pas de temps pour cela en cette vie, que cette existence
est extrêmement brève et que l'on n'a pas le loisir
de paresser.
Dans un Soûtra,
le Bouddha explique ce que doit savoir le moine : "Si la communauté
monastique elle-même se réduit, si la force vitale
est coupée, si la longévité et les capacités
d'accomplir quelque chose se dispersent, si l'enseignement du
Bouddha lui-même vient à décliner, ou s'il
n'y a plus d'adhésion, de confiance en cet enseignement
et que finalement il arrive à sa ruine, quelle en est la
raison ? C'est le fait que, par l'influence de la paresse et de
l'apathie, on ne s'applique pas à la réalisation
des aspects et des pratiques qui sont liés à l'effort
enthousiaste."
Le Bouddha
exprime : "Etant donné que tout est sujet à destruction,
que c'est la caractéristique de chaque chose et que cette
mort est potentiellement présente et survient rapidement,
pendant qu'il est encore temps on devrait s'appliquer à
l'accumulation de ce qui est bénéfique, à
travers le corps, la parole et l'esprit."
Si on se dit
qu'il sera toujours temps, au moment de la mort, de créer
cette accumulation positive, on doit savoir que lorsque ce moment
est venu on n'a aucun loisir, on n'a plus le temps d'accomplir
quoi que ce soit. Si on pense que l'on va abandonner la paresse
avec la fin de cette existence, il faut bien se rendre compte
qu'il sera trop tard.
On peut se
persuader que la mort ne viendra pas tant que l'on n'aura pas
réalisé cette accumulation de vertus, que tant qu'il
restera encore quelque chose à faire, on restera en vie
et on ne mourra pas. Ce genre de raisonnement n'est pas la preuve
d'une réelle intelligence. Shantideva a dit : "Le seigneur
de la mort, qui n'est pas digne de confiance, n'attend pas que
l'on ait mené à bien nos projets ; que l'on ait
fini ou pas, il frappe, et la mort vient sans prévenir.
"
Ainsi, que
l'on soit malade ou en bonne santé, cette vie n'est pas
sûre ; on ne doit pas s'appuyer simplement sur cette conscience
ordinaire de l'esprit qui croit que la vie va toujours durer.
On doit au contraire savoir que cette vie est transitoire et fugitive.
De quelle
manière faut-il abandonner toute paresse ?
De
la même façon que l'on rejetterait immédiatement
un serpent qui se serait installé sur nous, ou avec la
même énergie que l'on mettrait à éteindre
le feu qui aurait pris sur notre tête.
Dans le Bodhicharyavattara
il est dit : "De même que, si un serpent était venu
s'installer sur nous, on le rejetterait immédiatement au
loin avec la plus grande vigueur, de la même façon
lorsque l'on s'applique à la pratique du Dharma, on doit
rejeter avec une grande force et une grande vigueur toute tendance
à la rêverie, la somnolence, l'apathie ou l'oisiveté
et contrer de toutes ses forces ces tendances pour s'appliquer
avec une grande énergie à la réalisation
de l'Eveil."
Dans un autre
texte il est dit : "De même que si le feu prenait sur notre
tête ou dans nos vêtements, aussi rapidement que possible
on essaierait de l'éteindre, on se débarrasserait
de ses vêtements en flammes, de la même manière
et avec la même rapidité on devrait s'efforcer de
porter tous ses efforts vers la libération du monde conditionné.
A part cela, il n'y a rien d'important à accomplir."
La paresse
du découragement
Cette forme
de paresse, liée à un état dépressif,
de manque de confiance, est entretenue à travers des réflexions
du genre : "comment quelqu'un de vil et ordinaire comme moi pourrait,
même en s'efforçant, obtenir l'Eveil qui est quelque
chose de tellement éloigné de moi ?" Cette paresse
résulte du fait de s'entretenir dans un état de
découragement et une attitude d'impuissance. Il est dit
qu'il ne faut pas se laisser aller au découragement et
cette forme de paresse doit être rejetée.
Comment peut-on
s'en convaincre ? En développant cette pensée, comme
l'a expliqué le Bouddha : "Même pour les mouches,
les abeilles ou les moustiques, jusqu'au dernier des insectes
et des vermisseaux, s'ils s'appliquent avec énergie, s'ils
peuvent développer cette force de la persévérance
et de l'enthousiasme, il ne sera pas difficile d'obtenir l'Eveil.
Alors moi, qui ai obtenu une naissance dans le monde humain avec
toutes ses qualités de compréhension et ses potentialités,
et qui de plus ai rencontré le Dharma et compris le sens
du Mahayana - l'importance de réaliser quelque chose d'utile
et de ne pas nuire aux autres - pourquoi douterais-je de ma capacité
à réaliser l'Eveil alors que cela est possible pour
tous les êtres ?"
La paresse
grossière
La troisième
forme de paresse est celle qui consiste, sous l'emprise de l'attachement,
à s'appliquer à des actes négatifs, à
utiliser son énergie soit pour vaincre des ennemis, soit
pour accumuler richesses, renommée, pouvoir, etc., à
travers des actions erronées.
Etant donné
que toutes ces formes d'activités sont la cause de la souffrance,
on s'abstiendra de telles attitudes.
Classification
de la persévérance
Cette
classification est triple : la persévérance semblable
à une armure, l'énergie enthousiaste de l'activité
même, et la persévérance qui ne tient jamais
rien pour suffisant.
Le premier
aspect consiste à endosser l'armure de l'intention ferme
d'accomplir le bien des êtres et de produire toutes formes
d'actions excellentes apportant bonheur et vertu. C'est donc la
motivation indéfectible, immuable comme une armure de protection.
Le deuxième aspect est l'énergie qui s'applique
à ce qui est bénéfique et excellent pour
le bien de tous les êtres. On ne demeure pas simplement
au stade de l'intention, mais on met en pratique cette détermination
de l'esprit. Le troisième aspect est celui qui considère
que dans cette mise en application il n'y a pas d'hésitation
à avoir ; on ne doit pas se sentir satisfait, mais au contraire
toujours s'appliquer sans cesse, sans jamais relâcher son
effort.
- La première
forme d'énergie enthousiaste est une accumulation de l'excellence
de l'attitude d'esprit ;
- la deuxième
est l'accumulation de l'excellence de l'activité de la
conduite juste ;
- la troisième
est le fait de porter ces deux aspects à leur parfait développement,
avec toutes les qualités qui sont en relation avec cette
pratique.
Caractéristiques
essentielles de chaque aspect
1 - LA PERSÉVÉRANCE
SEMBLABLE À UNE ARMURE
Elle s'exprime
ainsi : "A partir de maintenant, dès ce jour, jusqu'à
ce que tous les êtres soient véritablement établis
sur le chemin de l'Eveil, je m'engage à ne jamais rejeter
cette volonté de m'appliquer avec enthousiasme à
l'accomplissement de l'activité bénéfique
aux êtres."
Ceci est exprimé
par le Bouddha lui-même lorsqu'il explique l'attitude du
bodhisattva face à l'Eveil. Il s'adresse à Sharipoutra
: "Sharipoutra, il faut développer cette armure de l'activité
bénéfique insondable sans relâcher la persévérance,
jusqu'à ce que le dernier des êtres sensibles soit
établi dans l'Illumination."
Quant à
la façon d'établir cette armure de la persévérance,
il est dit dans un Soûtra : "Le bodhisattva est celui qui
doit réaliser le bienfait des êtres, afin de les
réunir tous dans l'au-delà de la souffrance. Pour
mener à bien cette tâche, il va revêtir l'armure
de l'énergie enthousiaste, qui sera semblable aux êtres
: ceux-ci existant en nombre infini, l'armure de persévérance
sera elle aussi infinie, inconcevable."
Soûtra
: "Le bodhisattva ne doit pas calculer ou planifier son activité
en se disant : pendant tel Kalpa je vais revêtir l'armure
du bodhisattva et je vais aider les êtres, et pendant tel
autre Kalpa, je m'abstiendrai, je me reposerai un petit peu et
je ne revêtirai pas cette armure du bodhisattva."
Cela ne convient
pas ! Le bodhisattva ne doit pas concevoir cette armure de la
persévérance de façon limitée, intellectuelle,
comme un projet ; il doit simplement comprendre que c'est au-delà
du mental, que l'esprit lui-même ne peut pas embrasser une
telle dimension.
Dans les Terres
de Bodhisattva il est dit : "Même s'il faut une ère
cosmique entière pour que je parvienne à libérer
un seul être des enfers, même si c'est le seul résultat
que j'obtiens, je m'engagerai avec grande joie et un enthousiasme
sans partage dans l'accomplissement de ce bienfait."
Sans parler
du temps et des efforts qu'il faudra fournir pour libérer
tous les êtres de la souffrance... Telle est cette parfaite
armure du courage et de l'énergie, au-delà de tout
point de référence et de tout ce que l'on peut concevoir.
2 - LA PERSÉVÉRANCE
DE L'ACTIVITÉ MÊME
Ce deuxième
aspect se présente sous trois formes :
- l'activité
de la persévérance qui consiste à abandonner
les émotions conflictuelles ;
- l'activité
de la persévérance qui consiste en l'action positive
;
- l'activité
de la persévérance qui s'exprime dans l'accomplissement
du bienfait de tous les êtres.
A - ABANDONNER
LES ÉMOTIONS CONFLICTUELLES
Les
émotions telles que le désir ou l'aversion s'élèvent,
en dépendance du karma, des empreintes qui ont été
créées : si on se laisse emporter par elles, on
va créer une forme d'activité karmique productrice
de souffrance. La racine de la souffrance réside en le
fait que ces émotions apparaissent et qu'on ne les contrôle
pas. De plus, émotions et souffrance s'engendrent de manière
réciproque ; c'est-à-dire que si l'on ne se libère
pas de la souffrance, on est toujours dans l'émotion, .et
si l'on est sous l'emprise des émotions, on expérimente
toujours une forme de souffrance à travers l'accumulation
de karma. Par la compréhension de cette réciprocité
de cause et d'effet entre l'expérience de la souffrance
et la présence des émotions non maîtrisées,
on s'applique au contrôle des émotions afin de ne
pas en recevoir la "bénédiction", c'est-à-dire
la souffrance !
Dans le Bodhicharyavattara,
Shantideva l'exprime de façon imagée en disant :
"Lorsque l'on se tient au milieu de la meute des émotions
conflictuelles qui s'élèvent dans l'esprit, on doit
être capable de les affronter fermement de mille et une
manières, par tous les moyens possibles. Tout comme le
lion qui se trouve entouré de chacals ne leur permettra
pas d'approcher ni de le toucher, de la même façon
on devra se protéger soi-même de toutes les émotions
qui sont comme une meute autour de nous et de notre esprit, en
les maintenant à distance."
Dans un autre
exemple, il est dit que l'on doit être comme quelqu'un qui
transporte un pot rempli d'huile, étant sous le regard
d'une autre personne qui tient une épée à
la main en menaçant de nous mettre à mort si jamais
nous renversons une seule goutte de ce liquide. Avec la même
attention et maîtrise de soi que l'on développerait
en telle situation, il nous faut, avec rigueur, nous garder d'être
emportés par les émotions conflictuelles.
Rinpoché
explique que ce genre d'exemple était utilisé par
les yogis de l'Inde du temps du Bouddha pour développer
les états d'absorption méditative, pour marquer
avec quelle présence et attention de l'esprit on doit méditer
afin de réaliser l'absorption "en un seul point". C'est
comme un rappel constant de la conscience au support de méditation.
Cette rigueur, cette autodiscipline est vraiment nécessaire
parce que, lorsque l'on est en relation avec d'autres êtres,
se créent beaucoup d'occasions de dispersion et de perturbation
de l'esprit. En particulier, par rapport aux autres, apparaissent
le désir, la jalousie, la haine, etc., et on doit cultiver
cette rigueur de l'esprit afin de ne pas être emporté
par ses pulsions.
"Le pratiquant
qui se laisse emporter par des inclinations négatives,
qui perd la vigilance et la conscience de son état d'esprit,
est immédiatement frappé par tous les démons
comme par autant de pointes d'épées."
B - AGIR POSITIVEMENT
Cet aspect
de l'énergie enthousiaste consiste à s'efforcer
à la pratique des six vertus transcendantes : "Celui qui
s'exerce à la pratique des six Paramitas doit le faire
avec beaucoup d'énergie, sans aucun regard sur son propre
corps ou sa propre vie. Il doit être uniquement concentré
sur le fait de mettre le Dharma en pratique."
Milarépa
disait : "La seule raison de pleurer se trouve dans toutes les
souffrances qui sont endurées dans le monde. Les seules
raisons de se réjouir se trouvent dans toutes les difficultés
de la pratique du Dharma."
Ayant pris
conscience de la souffrance des êtres dans le monde conditionné,
et ayant compris le fait que c'est dans la pratique du Dharma
que l'on trouve la joie ultime, on puise dans cette motivation
la force de réaliser l'Eveil.
Milarépa
l'exprimait également par rapport à ses disciples
qui doutaient de leurs propres capacités à réaliser
l'Eveil, affirmant que pour quelqu'un comme lui, une émanation
du Bouddha, il était facile d'obtenir l'Eveil. Milarépa
répondait que tous les êtres sont des émanations
du Bouddha et que la seule difficulté réside en
le manque de certitude, de confiance de chacun en sa propre capacité
de réaliser l'Eveil. Si l'on n'a ni doutes ni incertitudes,
si l'on s'applique avec diligence à la pratique du Dharma,
on triomphe de toutes les difficultés, de toutes les souffrances.
Cet aspect
de la persévérance qui pratique l'action juste est
expliqué en cinq points :
- la persévérance
qui fait que l'on s'exerce constamment, sans relâche ;
- la persévérance
qui fait que l'on s'exerce avec respect, dévotion et aspiration
;
- la persévérance qui demeure immuable ;
- la persévérance
qui ne se détourne pas de son but, qui garde confiance
;
- la persévérance
qui est libre d'orgueil, sans vanité.
- La persévérance sans relâche.
C'est le fait
de s'exercer de façon continue, sans aucune interruption,
dans un flot permanent d'énergie qui est produit pour l'accomplissement
des actes vertueux.
"Lorsque le bodhisattva qui a donné naissance à
l'esprit d'Eveil s'exerce à la mise en pratique de la bodhicitta,
il doit le faire, dans tous les aspects de sa pratique, avec une
énergie continue. Cette persévérance dans
l'action ne cédera pas à la fatigue ou à
la lassitude physique : elle ne cédera pas au découragement
mental. Elle s'efforcera toujours à l'action positive inspirée,
heureuse."
- La persévérance
enthousiaste liée à l'aspiration et la dévotion.
C'est le fait d'être toujours dans la joie et d'avoir, du
fait de cette joie, l'élan naturel pour l'accomplissement
de ce qui est bénéfique.
Le Bouddha
explique lui-même la façon de parachever cette perfection
: "Tout comme l'éléphant qui souffre de la chaleur
du soleil en plein midi se précipite sans réfléchir
dans l'eau pour en goûter la fraîcheur, de la même
manière on doit se précipiter - juste comme un réflexe
par rapport à une sensation - dans l'exercice de ce qui
est positif et vertueux, simplement parce que c'est une nécessité
sans appel."
- La persévérance
qui demeure immuable.
C'est celle qui n'est pas affectée par les productions
conceptuelles s'élevant dans l'esprit, les émotions
perturbatrices, ou par l'expérience d'une forme de souffrance
ou de frustration. Cela veut dire que l'esprit reste parfaitement
ferme et ne se laisse pas entraîner par toutes les sortes
de tendances négatives qui peuvent s'élever. Cette
persévérance immuable s'établit en relation
avec son propre état intérieur.
- La persévérance
qui ne se détourne pas du but.
Elle naît en relation avec le monde extérieur et
les êtres. Au moment où l'on est tourmenté
par les autres, où l'on doit supporter des êtres
grossiers saturés d'émotions et de négativités
qui cherchent à nous nuire ou à mettre en péril
notre équilibre, au moment où dominent dans des
époques dégénérées des idées
négatives et contraires au Dharma, par rapport à
cette agitation et ces conditions néfastes d'environnement
extérieur, cette persévérance est la force
qu'acquiert l'esprit de ne pas se détourner de son but
et dé garder la vision de l'Eveil et du bienfait des êtres.
- La persévérance
libre d'orgueil.
C'est le fait de s'appliquer avec énergie à l'accomplissement
d'actes vertueux sans pour cela en tirer gloire ou vanité,
mais en gardant présent à l'esprit le fait que cette
pratique doit viser à la réduction de la fixation
égocentrique.
C - ACCOMPLIR
LE BIEN DES ÊTRES
C'est l'énergie
enthousiaste dans l'activité qui s'efforce à la
réalisation du bienfait d'autrui à travers onze
formes d'actes spécifiques, tels que venir en aide à
ceux qui sont sans secours, etc.
3 - LA PERSÉVÉRANCE
QUI NE TIENT JAMAIS RIEN POUR SUFFISANT
Cela signifie
que tant que l'état de Bouddha n'est pas obtenu, on doit
s'efforcer, sans jamais être satisfait de soi-même,
à l'accomplissement d'actes bénéfiques.
Bouddha :
"Si l'assouvissement des désirs ordinaires, qui sont comme
du miel sur une lame de rasoir, n'apporte pas la satisfaction
ni le contentement, alors que peut-on dire de l'accomplissement
enthousiaste d'actes bénéfiques qui sont la source
de la véritable paix mentale et de la félicité
sans limite ?"
La façon
d'accroître la persévérance
La sagesse
primordiale va rendre cette qualité de persévérance
parfaitement pure, authentique ; la conscience transcendante permet
de la développer, de l'accroître, et le pouvoir de
la dédicace parfaite la rend définitive.
Du fait que
cette activité positive est dédiée vers tous
les êtres, c'est-à-dire qu'elle est marquée
de la dimension de sagesse, parce qu'elle est soutenue par les
souhaits que l'on fait pour qu'elle s'accroisse sans cesse et
demeure comme quelque chose de vivant qui va se développer
constamment, cette vertu n'est plus limitée à nous-mêmes.
On se libère de l'idée du sujet qui a créé
cette activité vertueuse, ce qui fait qu'elle peut continuer
à s'accroître et être disponible pour tous
les êtres, comme un trésor inépuisable.
Ainsi, grâce
à une parfaite dédicace, l'activité bénéfique
demeure indestructible, à l'abri de toutes les perturbations
et émotions dues aux actions antérieures.
Les moyens
pour la purifier
La façon
de rendre parfaitement pure cette énergie enthousiaste
est l'union de la vacuité et de la compassion : par la
conscience de la compassion et de la vacuité comme étant
deux aspects indissociables, le bienfait que l'on crée
est réellement dirigé vers tous les êtres,
on n'a pas d'autre intention que de créer des conditions
positives pour tous les êtres, tout en demeurant dans la
conscience de la dimension de vacuité de la réalité
de cette compassion.
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