Science de l'esprit  

Le Lodjong

Gyatrul Rinpoché

Gyatrul Rinpoché à DKLLa souffrance

Aucun être ne souhaite rencontrer la souffrance, néanmoins, cette souffrance est là, elle va être expérimentée. Pour l'éviter, nous allons essayer de nous protéger en accumulant suffisamment de biens et d'argent, en ayant suffisamment de nourriture, une bonne réputation. Nous allons nous battre et dépenser beaucoup d'énergie pour atteindre ce but. Et pendant ce temps, nous souffrons.

Auparavant, lorsque la technologie n'était pas développée, lorsqu'il y avait moins de facilités matérielles, plus de difficultés sur tous les plans, les gens avaient plus de chances de réaliser la souffrance et de pratiquer le dharma.

Beaucoup de personnes essayaient de réduire leur souffrance en améliorant l'aspect matériel de leur vie. Les chanceux ont découvert que ce n'était pas la solution à leurs problèmes. Ainsi, ils revenaient à la pratique spirituelle.

La raison pour laquelle les gens continuent de souffrir, d'être dans la confusion, de se sentir irrités par ce qui leur est extérieur, malgré leur bien-être matériel, est liée à l'esprit, à la façon dont ils perçoivent le monde.

C'est pourquoi il est nécessaire de donner des enseignements sur l'esprit et sur la façon de l'entraîner dans la perception qu'il a des obstacles, du monde, des choses indésirables. Afin de répondre à ceci, le Bouddha Shakyamouni a donné un grand nombre d'enseignements sur l'esprit des êtres humains et sur la perception. Les maîtres de la lignée Kadampa mettent particulièrement l'accent sur l'enseignement du lodjong, c'est-à-dire sur l'entraînement de l'esprit.

Avant de commencer le lodjong, je tiens tout d'abord à vous parler d'un certain nombre de problèmes, de leur historique, de leurs conséquences et des solutions.

Origine de la souffrance

L'origine des problèmes que sont la souffrance dans le monde, la frustration et le malheur, vient de l'attention excessive portée à soi-même. En général, les êtres humains veulent tout pour eux-mêmes. En même temps, ils ressentent de l'insatisfaction, ce qui aboutit à une souffrance sans fin. C'est ce qu'on appelle dans les soutras "l'ego", l'attachement à soi. Un autre facteur de souffrance vient du fait que nous n'accordons pas assez d'attention aux sentiments des autres. Nous les ignorons, nous ne les respectons pas, et cela alimente la souffrance. Parce que nos sentiments vont se refléter sur les autres, il va y avoir en permanence des jeux de miroir, de reflets. Nous allons voir constamment dans l'autre le fait que nous sommes différents, et si nous ne respectons pas ce qu'il ressent, il va nous renvoyer à son tour son non-respect. C'est ainsi que la souffrance se perpétue dans un cercle infernal.

L'impatience est un autre point de souffrance. Même si nous avons un certain niveau de compréhension des enseignements, que nous voulons pratiquer la patience, que nous sommes intéressés par le fait de surmonter la souffrance, et que nous sommes prêts à faire ce qu'il faut pour cela, si nous ne sommes pas assez forts pour être patients et persévérer, nous perdrons une occasion d'avancer. Les gens essaient quelques jours puis abandonnent le dharma parce que les résultats n'arrivent pas immédiatement.

Gyatrul Rinpoché et lama Jigmé Rinpoché à Dhagpo Kagyu LingLes quatre éléments, le trop grand intérêt pour soi-même, l'insatisfaction, le non-respect des autres et l'impatience, génèrent des problèmes. Le résultat de tout cela c'est que nous allons souffrir car nous croyons qu'il nous faut accumuler des biens, et, dès lors, la souffrance apparaît. En effet, dès que nous possédons des biens, nous voulons les protéger, les mettre en sécurité, car nous pensons que sans cela ils vont diminuer ou être volés.

Bien sûr les effets, les conséquences de ce que l'on va vivre dépendent de ce qui a généré l'événement. Si par exemple il s'agit du désir, tout ce dont je viens d'évoquer va apparaître à la surface. Si c'est relié au non-respect, à l'impatience, nous expérimenterons des conséquences telles que des disputes, des malaises, de la frustration, des bagarres, de la haine, ce genre de souffrance.

La colère et surtout la haine vont entraîner des résultats très négatifs. Car si les gens se sentent mal à l'aise, indésirables, ils développeront des symptômes physiques. La haine fait perdre le sommeil et l'appétit, et toute saveur.

Bien sûr les cinq poisons sont néfastes pour notre pratique spirituelle. Mais le poison de la colère est le pire de tous, car il voile totalement notre sagesse.

Le raisonnement et le bon sens disparaissent sous l'effet de la colère, nous prenons de mauvaises décisions et nous disons ce qu'il ne faut pas dire. Nous perdons nos amis, nos relations, le bonheur et la réussite.

C'est pourquoi la plupart de nos souffrances viennent de nos émotions, en particulier de la colère. Tout ceci vient bien sûr de l'ego.

LODJONG, le chemin de la libération

Parlons maintenant de la solution à tout ceci. En résumé, il s'agit de comprendre la souffrance des autres, ainsi que leurs sentiments. Il s'agit d'éviter, au mieux que nous le pouvons, ces sentiments négatifs en utilisant les moyens habiles. Le lodjong est une pratique très profonde et très aidante tout particulièrement en ces temps dégénérés. Donc, le mieux est denous aider de cette pratique. Il y a tant d'obstacles, tant de choses auxquelles nous devons faire face qu'il est fort difficile d'éviter tout ceci. L'idée est, qu'au lieu de contourner ce que nous rencontrons, nous essayons de le prendre et de l'amener à la pratique. L'utiliser comme outil plutôt que de l'éviter, c'est cela le lodjong.

Il est très aidant de réduire notre ego, notre attachement, notre jalousie, et tout ce qui peut être négatif vis-à-vis des autres. Pour l'instant nous sommes avides et voulons ce que les autres possèdent, mais quand nous pratiquons l'échange nous renversons tout le système. Notre émotion va diminuer dans notre esprit.

Dans la pratique du lodjong, l'essentiel de l'attention est porté sur l'importance des autres. En comprenant leur importance et leur bonté, il devient possible de développer de la compassion à leur égard. Avec la compassion il est facile de générer la bodhicitta authentique. Avec la bodhicitta, qui est le seul moyen d'atteindre l'éveil, nous atteindrons la vérité.

Si nous considérons avec compassion, l'importance accordée aux autres, nous ne serons plus qu'un parmi d'autres. Nous ne serons plus le centre du monde face aux autres, mais nous serons un être parmi des billiards d'autres êtres vivants. Cela signifie que notre ego sera réduit, que notre orgueil va diminuer et que cela nous mènera vers une compréhension de l'absence de soi.

C'est pourquoi, même dans ce texte racine du lodjong, qui n'est pas très long, il est question de deux points essentiels dans l'enseignement du bouddha : la compassion et la sagesse. L'accent est d'abord mis sur la compassion et sur la bodhicitta relative, et indirectement sur la bodhicitta ultime, la sagesse.

Il y a de nombreuses façons d'enseigner le dharma mais elles ont toutes en commun le fait d'entraîner notre esprit à voir les qualités chez les autres et d'ignorer leurs faiblesses. Grâce à cela nous pouvons atteindre le bonheur. Il y a sept points à connaître pour pratiquer le lodjong.

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