Science de l'esprit  

Le Lodjong

Gyatrul Rinpoché

Gyatrul Rinpoché à DKLLes préliminaires

La précieuse existence humaine

Il s'agit de réfléchir à la précieuse existence humaine et combien il est difficile de l'obtenir. Avoir une précieuse existence humaine suppose avoir toutes les qualités, les facilités pour pratiquer le dharma. C'est-à-dire être né dans une famille où il n'y a pas d'obstacles pour pratiquer le dharma. Aussi rencontrer les enseignants du dharma, avoir la chance de le pratiquer suppose avoir du temps, ne pas avoir besoin de travailler pour se nourrir, pour se loger. Cela suppose aussi bénéficier d'un état mental normal, ne pas être dément. Ainsi la vie humaine devient précieuse.

Il nous faut réfléchir au fait que les êtres doivent avoir accumulé du mérite, avoir préservé des vœux pour obtenir une précieuse existence humaine. Il nous faut aussi prendre conscience que le fait d'être humain est rare par rapport aux diverses formes de vie qui existe. Comparativement, le nombre d'animaux est bien supérieur au nombre d'humains. A l'intérieur du règne animal, si nous comparons le nombre de fourmis vivantes avec le nombre d'humains, il est également bien supérieur !

Nous devons prendre conscience de ces deux éléments : il est difficile d'avoir une précieuse existence humaine car le nombre d'humains est minime par rapport à d'autres formes d'existences. Ensuite nous devons réfléchir au fait que si nous avons la chance d'appartenir à cette existence humaine si peu répandue, nous devons profiter de cette chance en pratiquant le dharma. Voilà comment méditer sur la précieuse existence humaine.

L'impermanence et la mort

Même si nous réalisons que nous avons une précieuse existence humaine, parfois nous repoussons la pratique à plus tard, après la retraite, l'an prochain. Pour purifier ce genre de voiles, d'erreurs, nous avons besoin de la deuxième pratique des préliminaires : réfléchir sur l'impermanence et la mort.

Qui peut nous assurer que nous ne mourrons pas dans les jours qui viennent ou dans le mois qui va suivre ? Personne. Si vous réfléchissez objectivement, vous vous rendrez compte que personne ne peut rien garantir. Tout simplement parce qu'il y a de nombreuses causes possibles à la mort. Il n'y a pas que la maladie du corps qui provoque la mort, car s'il n'y avait que cette cause-là, les médecins pourraient nous rassurer. Mais il y a bien d'autres causes à la mort : les accidents par exemple. Et donc personne ne peut nous garantir que nous ne mourrons pas dans les vingt-quatre heures à venir.

Nagarjuna dit que la différence entre la vie et la mort c'est un souffle. Si vous inspirez mais que vous n'expirez pas, vous mourrez, de même si vous expirez et ne pouvez plus inspirer. La différence est subtile.

Notre mort n'adviendra pas forcément après une longue maladie, sa cause peut être multiple. Nous savons tous que nous allons mourir, mais nous ne savons pas quand. C'est le point principal de cette seconde pratique, le fait de savoir que la vie comporte une certaine insécurité et qu'à chaque seconde nous pouvons mourir. C'est pourquoi nous devons commencer à pratiquer dès maintenant, ne pas attendre la retraite pour le faire ou des années, mais commencer dans le présent. Parfois, même si nous savons que la vie est précieuse, qu'elle est difficile à obtenir, et qu'elle peut disparaître à tout instant, nous avons tendance à l'oublier.

Le Karma

C'est pourquoi la troisième pratique est utile : nous rappeler les souffrances du samsara, de chaque règne, pour les animaux comme pour les humains. Il est important de réfléchir au pourquoi de cette souffrance et au karma.

Gyatrul Rinpoché à DKLDans le texte d'origine on ne parle que de la précieuse vie humaine, de l'impermanence et des inconvénients de vivre dans le règne humain. Quand nous voyons la souffrance des êtres humains nous pensons aux causes et aux effets, au karma. Habituellement nous pensons que le karma ne fonctionne que pour le passé, que ce qui a été fait dans le passé a un effet sur notre présent, qu'il y a ainsi un écart entre présent, passé et futur. En fait, cela ne marche pas seulement comme ça, ce processus fonctionne aussi à l'intérieur d'une seule ou plusieurs vies. Il y a de nombreux karmas qui apportent des résultats dans la vie présente et ceux qui apportent des résultats dans la vie suivante ou des effets sur des vies à venir bien plus lointaines. Peu importe le karma, tous les karmas s'accroissent au fil du temps.

C'est simple et logique. Même les choses physiques nous montrent cela ; si l'on plante une graine dans le sol, au départ elle est petite, mais après quelque temps elle grandit, et au moment de récolter les fruits, ils sont nombreux et sont bien plus gros que la graine de départ. Il en va de même pour le karma, au départ, même pour une petite action, nous pouvons obtenir de grands résultats, bons ou négatifs, c'est là une spécificité du karma.

Une autre des qualités du karma est sa précision. Il apportera infailliblement un résultat à la personne qui a créé la cause. C'est quelque chose de terriblement précis. Parfois certains expérimentent un karma à la fois positif et négatif en même temps. Le karma détermine le type de naissance que nous aurons.

Un chien, dans une bonne famille qui aime les animaux, a certes des souffrances dues à son état, mais en comparaison avec d'autres animaux, il a une bonne vie. C'est l'exemple d'un karma où il y a à la fois du négatif : naître dans le règne animal, et en même temps du positif : le type de famille dans laquelle il se retrouve. Nous voyons comment le karma est très précis.

Une pratique qui marche bien dans ce domaine permet de nous amener à nous sentir grandement responsable de tous les êtres vivants. Nous avons l'opportunité de pratiquer le dharma, de le connaître, et que les autres souffrent sans savoir pourquoi. De plus, ayant une connexion avec tous les êtres vivants, puisqu'ils ont été un jour nos parents, nous allons nous sentir responsables, et être attentifs au bien-être des autres. Cela signifie que votre méditation est correcte.

Cette façon de pratiquer les préliminaires peut nous amener directement à la pratique de la bodhicitta. Si vous pouvez vous sentir responsables de tous les êtres, vous générerez de la compassion. Et avec la compassion, il est facile de générer l'esprit d'éveil, la bodhicitta. Voici donc comment on passe du premier chapitre des pratiques préliminaires au second chapitre de la pratique de la bodhicitta.

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