Lama
Dordjé Dreulma
Etant
certains que la qualité d'éveil est en nous, il
nous est possible de commencer à méditer. Sans la
certitude de la présence de cette qualité fondamentale,
il n'y a pas d'approfondissement possible. Le moindre petit obstacle
créera un sentiment d'insécurité, de peur
et nous fera perdre confiance en notre capacité à
méditer.
La nature
de Bouddha, cette bonté fondamentale, est présente
en chacun de nous. Nous tous rassemblés aujourd'hui, nous
tous êtres humains, nous tous, êtres issus des différents
types d'existence. Nous tous sommes dotés de ces qualités
d'éveil, de ce potentiel éveillé. En essence,
il n'y a aucune différence entre un Bouddha, nous et un
insecte. Malgré cela, chez nous ce potentiel est recouvert,
voilé, alors que chez un Bouddha il est découvert,
accompli. Guendune Rinpoché, le guide spirituel qui nous
a formés, disait souvent que les êtres ordinaires
sont semblables à des enfants qui ne sont préoccupés
que par eux-mêmes, alors que les Bouddhas ne sont préoccupés
que par les autres et l'accomplissement de leur bienfait. Ils
déploient ainsi leur activité de façon dynamique
et spontanée afin d'établir tous les êtres
dans le parfait éveil.
Tous les Bouddhas
ont été comme nous des êtres ordinaires. Parcourant
le chemin, ils ont expérimenté différentes
méthodes afin de purifier cette saisie égoïste,
cette identification à un JE. Etape par étape, ils
ont avancé vers de plus en plus d'ouverture, jusqu'à
pouvoir agir pour le bienfait des autres, puis celui de tous les
êtres.
Cet enseignement
peut, s'il a été réfléchi, médité
et intégré, devenir la base de notre confiance.
Nous pouvons être touchés par cette idée de
bonté fondamentale, cet esprit éveillé présent
en chacun de nous et nous dire : " effectivement,
c'est quelque chose qui est là, qui est présent
en moi et en tous les êtres. "
De cette ouverture
va naître la confiance et croître l'énergie
qui nous donneront la force de parcourir le chemin. Progressant
sur ce chemin, avançant sur la voie, une expérience
directe de cette nature de l'esprit va prendre place. La savourant,
la touchant du doigt, va naître une certitude, une complète
certitude née de l'intérieur. L’idée que
cet enseignement n'estt qu'une théorie sortie d'un cerveau
génial, les doutes que nous nourrissions à son égard,
s’estomperont peu à peu laissant place à une certitude
née d'une expérience directe. L’expérience
de ce que sont les choses nous permettra de nous stabiliser dans
la pratique. Bien que la nature de Bouddha soit ce qui nous est
le plus proche, présente d'instant en instant, se déployant
d'instant de conscience en instant de conscience, il est difficile
de la toucher du doigt, d’entrer en contact avec elle.
C'est pourquoi
il ne faut pas douter de son accessibilité, ne pas se laisser
aller à penser que ce n'est pas pour nous, que manifestement,
d’autres pourront la réaliser mais que nous, nous ne sommes
pas faits pour cela. Il ne faut donc pas partir à sa recherche
à l'extérieur de nous-mêmes, car elle est
là en nous et l'a toujours été.
Ceci nous
amène à une autre étape de notre voyage à
la découverte de l'éveil : la réflexion sur
l'impermanence.
Afin de bien
comprendre qu'elle est toujours là, nous allons l'aborder
sous ses différentes facettes. L'impermanence est le sceau
de la vie. Que se soit dans les situations grossières,
extérieures ou subtiles: elle est là, "prégnante".
L'impermanence est la vérité de la vie. Lorsque
le Bouddha commença à enseigner, il passa beaucoup
de temps et mit beaucoup d'énergie afin de faire comprendre
à son entourage, à ceux qui le suivaient, de toujours
se rappeler que tout est impermanent. Il est donc important de
méditer sur l'impermanence. Plus nous serons conscients
de l'impermanence de toute chose, plus il nous sera facile de
nous investir dans une activité qui a un sens, plus il
nous sera facile de parcourir ce chemin de vie spirituel :
la voie intérieure. Méditer sur l'impermanence va
permettre de détourner naturellement l'esprit de toute
activité et but ordinaires, futiles, extérieurs
et permettre de réellement se centrer sur quelque chose
qui a un sens. Lorsque quelque chose de plaisant est expérimenté,
une situation agréable se manifeste dans laquelle nous
nous sentons bien et que nous souhaitons voir durer. De plus,
nous nous disons que puisque cela nous est agréable, puisque
cela nous plaît, nous aimerions accumuler le plus possible
de ces situations plaisantes et en remplir notre petit territoire,
le petit territoire de l'ego dans lequel nous vivons. Par contre,
si quelque chose de déplaisant se produit, quelque chose
que nous n'aimons pas, alors la vision change complètement.
Nous essayons au maximum d'éviter ce genre de situation,
nous essayons de les repousser, de les manipuler, avec un profond
souhait de dissiper les difficultés. Cette attitude de
désirer ce qui est plaisant et de repousser ce qui ne l'est
pas, fait entièrement partie de notre mode d'action. Elle
y est totalement intégrée et est automatique, car,
nous y sommes sérieusement entraînés. Cela
ne date pas de cette vie. Nous nous entraînons à
cela depuis bien des vies. Et même si nous ne croyons pas
en la réincarnation, il nous suffit d'observer comment,
dans cette vie, depuis notre enfance, nous avons été
éduqués, combien nous avons pratiqué, combien
nous nous sommes entraînés à adopter ce qui,
au contraire, nous parait bénéfique et positif et
à repousser ce qui au contraire nous parait néfaste
et négatif. De fait, cela va apparaître dans nos
relations avec les autres. Nous allons adopter ceux avec qui nous
sommes à l'aise, ceux qui nous confortent dans notre manière
de voir et d'agir mais nous ne serons pas aussi ouverts et aurons
plus de mal à adopter ceux qui nous créent des difficultés,
qui critiquent nos points de vue et nos actions. Voilà
de quelle manière nous tentons de rendre notre monde stable
et sécurisant. Nous n'avons pas conscience que ce processus
est faussé et qu'une telle attitude ne peut nous apporter
que frustration et insatisfaction. Pourquoi ? Parce qu’un détail
nous a échappé : tout change en permanence.
La
vie se déploie...