SAMSARA
ET NIRVANA
Nous sommes
amenés à rencontrer deux types d'expérience
- tout d'abord le cycle des existences ou samsara,
- et l'au-delà de la souffrance ou nirvana.
La nature
du cycle existences est vacuité. ce cycle n'a pas uneréalité
propre ou inhérente; Cependant une manifestation apparait,
celle de la confusion, qui se révèle à travers
la forme. La caractéristique du cycle des existences est
la souffrance. Dire que la nature du Samsara est vacuité
signifie qu'en essence le cycle des existences n'a pas de réalité
propre et matérielle : tout n'est qu'apparence et vacuité.
Il importe évidemment de reconnaître cette véritable
réalité du monde et des choses. La réalisation
de cette vacuité permet d'expérimenter le Corps
de réalité on Dharmakaya. Dès lors tout ce
qui apparaît est une manifestation de ce Dharmakaya et nous
réalisons qu'au-delà des apparences se trouve simplement
la clarté de cette vacuité. Ainsi, le monde ne nous
apparaît plus dans une dimension de souffrance, mais au
contraire comme le simple mode d'expression de la vacuité.
Ne dépendant plus de cette illusion et n'étant plus
soumis à la souffrance, nous sommes au-delà de ce
cycle de l'existence ; nous entrons dans le nirvana. Le terme
nirvana signifie transcender la souffrance. Lorsqu'on atteint
cette réalisation, on expérimente que toute manifestation,
loin d'être source de souffrance, est simplement la manifestation
spontanée de la clarté.
Il y a deux
types d'approche d'une même expérience : le fait
de demeurer dans le cycle des existences,, ou le fait d'être
au-delà de la souffrance. Ces deux modes d'approche dépendent
de la présence ou de l'absence de l'illusion dans l'esprit,
c'est-à-dire de notre mode de perception. Si celui-ci dominé
par la confusion, par l'illusion de la dualité, nous ne
sommes pas des êtres éveillés. Par contre,
si nous percevons la nature illusoire des choses, si nous avons
dissipé les voiles et les impuretés qui nous font
tomber dans la dualité, nous sommes alors dans l'état
de bouddha : on voit directement l'essence des phénomènes
et la valeur égale de toute chose, Dans le cas contraire,
nous considérons le monde de façon duelle et restons
enchaînés au samsara, victimes de l'illusion de notre
type de perception dans lequel nous considérons toute chose
comme permanente et stable, existante ou non existante, et donc
prisonniers de cette tendance duelle à vouloir tout étiqueter.
Si l'on est dans l'illusion, on expérimente le monde comme
étant réel et donc souffrance. En dépassant
ce mode de perception et de compréhension illusoire, on
s'ouvre au parfait Eveil. Pour approcher cette dimension au-delà
de la souffrance et de l'illusion, un cheminement existe, qui
s'appelle la pratique de la méditation du Mahamoudra.
On entend
dire que le cycle des existences a pour cause l'illusion dans
laquelle se trouve notre esprit, cette illusion étant l'expression
de la confusion qui règne à l'intérieur de
notre esprit. On peut s'interroger sur la source et l'origine
de tout cela. La réponse est simple: c'est la vacuité,
la réalité ultime libre de toute base et de tout
fondement. La cause de cette manifestation du cycle des existences
est l'ignorance. Elle est' à la source de tout le système
illusoire que nous prenons pour réel. L'interdépendance
qui existe entre un objet et un autre contribue au maintien de
l'illusion. Prenons l'exemple du sommeil et du rêve. Lorsqu'on
dort et qu'on rêve, on est absolument convaincu de la réalité
de ce rêve : tout ce qui y apparaît est réel.
Ce n'est qu'au moment du réveil qu'on réalise que
ce n'était qu'une belle illusion, un rêve ni concret
ni solide. Au sens ultime, il n'y a absolument rien : le rêve
est simplement la manifestation des tendances habituelles de notre
esprit ; accumulées dans le passé, ces tendances
créent toutes les illusions. Au réveil, on a souvent
le réflexe de vouloir donner un sens à ses rêves
en essayant de leur trouver une signification. Par exemple, dans
le cas d'un rêve agréable, on l'interprète
comme un sig-ne de bon augure et on en est très content
; par contre, si l'on est perturbé par un rêve désagréable
ou négatif, on peut penser que l'on rencontrera des circonstances
défavorables, et on est alors triste et fort mal à
l'aise. Pourquoi ? Parce que l'on veut accrocher un sens au rêve
et le considérer comme étant significatif. On oublie
qu'il s'agit simplement d'une activité de l'esprit dans
son mode de fonctionnement illusoire. Si l'on a conscience de
l'aspect illusoire et de l'aspect de manifestation de la confusion
du rêve, on peut se souvenir que, dans la vie, il en va
exactement de même. Nous ne réalisons pas la véritable
dimension, ou réalité, du monde dans lequel nous
nous trouvons. Nous saisissons les choses comme parfaitement réelles
au sens ultime, et nous expérimentons la souffrance. Par
contre, si Fon garde en mémoire cette dimension illusoire,
semblable au rêve dans le sommeil, on est à même
de comprendre la réalité des choses. Et si l'on
se demande quand ce monde illusoire a commencé, on ne peut
pas dire qu'il a commencé à tel ou tel instant :
il est absolument impossible de définir le début
de ce système.
Quel est l'inconvénient ou le désavantage de se
trouver dans l'état de perception illusoire, donc dans
le cycle des existences ? C'est la souffrance. Elle caractérise
le cycle des existences. Tous les êtres enfermés
dans ce mode de fonctionnement doivent expérimenter des
souffrances innombrables, et cela pendant longtemps. Il n'y a
pas de limite à la souffrance, ni en durée, ni en
quantité, Cela représente évidemment un grand
inconvénient ! L'état de Bouddha se situe complètement
au-delà de la souffrance, mais tant qu'on ne l'a pas réalisé,
on fait l'expérience de la souffrance. Celle-ci aura un
terme quand l'individu atteindra et s'ouvrira au parfait Eveil,
à l'insurpassable grande félicité. Il ne
faut pas croire que la félicité surviendra comme
cela, par surprise, sans rien faire. Si l'on ne fait pas d'efforts
et que l'on ne tend pas vers l'Eveil, on continue à errer
sans fin dans le samsara. Pour se libérer de la souffrance,
il faut s'efforcer d'aller vers l'insurpassable grande félicité
et s'en donner les moyens, sinon on tourne sans cesse dans le
cycle de la souffrance. C'est la raison pour laquelle on parle
de "cycle de l'existence".
Quand on entend parler du mode de fonctionnement illusoire ayant
pour caractéristique la souffrance, de l'illusion qui ne
se dissipe pas toute seule, et de l'errance dans le samsara, on
risque d'être attristé et découragé,
d'autant plus que le chemin pour sortir de ce cycle ne parait
pas facile à trouver. Il semble que nous soyons incapables
d'accéder à l'état de bouddha. On peut aussi
croire qu'il s'agit d'un état beaucoup trop lointain pour
qu'on puisse y parvenir. Penserainsi n'est ni correct, ni approprié.
Il ne faut pas s'inquiéter de la sorte car, à partir
du moment où l'on sait comment trouver le chemin qui mène
au parfait Eveil, il est possible à tous les êtres
d'y accéder. L'état de bouddha est déjà
présent en nous, il ne s'agit pas d'un but très
lointain m d'un futur très éloigné. Pour
peu qu'on suive le chemin, l'état de bouddha est déjà
là ; il suffit simplement qu'il se réveille.
Le fait que la nature de bouddha soit présente en nous
a été enseigné par le Bouddha lui-même.
Il expliqua que les êtres sensibles sont déjà
des bouddhas. Cet état de bouddha est simplement obscurci
par des voiles et des impuretés éphémères,
qui peuvent donc être fa-cilement dissipés. La nature
de bouddha potentiellement présente peut alors se révéler,
parce que tous les êtres sensibles ont le cœur de bouddha.
Comment être certain que chaque être sensible possède
la nature de bouddha inhérente à lui-même
? Pour s'en convaincre, il suffit de voir que cette nature de
bouddha est l'état universel de la réalité.
Puisque cette réalité est présente partout,
elle imprègne tout être sensible, et notre esprit
est inséparable de la nature de bouddha.