Science de l'esprit  

LA LOI DU KARMA #4
Lama Guendune Rinpoché

SAMSARA ET NIRVANA

Nous sommes amenés à rencontrer deux types d'expérience
- tout d'abord le cycle des existences ou samsara,
- et l'au-delà de la souffrance ou nirvana.

La nature du cycle existences est vacuité. ce cycle n'a pas uneréalité propre ou inhérente; Cependant une manifestation apparait, celle de la confusion, qui se révèle à travers la forme. La caractéristique du cycle des existences est la souffrance. Dire que la nature du Samsara est vacuité signifie qu'en essence le cycle des existences n'a pas de réalité propre et matérielle : tout n'est qu'apparence et vacuité. Il importe évidemment de reconnaître cette véritable réalité du monde et des choses. La réalisation de cette vacuité permet d'expérimenter le Corps de réalité on Dharmakaya. Dès lors tout ce qui apparaît est une manifestation de ce Dharmakaya et nous réalisons qu'au-delà des apparences se trouve simplement la clarté de cette vacuité. Ainsi, le monde ne nous apparaît plus dans une dimension de souffrance, mais au contraire comme le simple mode d'expression de la vacuité.
Ne dépendant plus de cette illusion et n'étant plus soumis à la souffrance, nous sommes au-delà de ce cycle de l'existence ; nous entrons dans le nirvana. Le terme nirvana signifie transcender la souffrance. Lorsqu'on atteint cette réalisation, on expérimente que toute manifestation, loin d'être source de souffrance, est simplement la manifestation spontanée de la clarté.

Il y a deux types d'approche d'une même expérience : le fait de demeurer dans le cycle des existences,, ou le fait d'être au-delà de la souffrance. Ces deux modes d'approche dépendent de la présence ou de l'absence de l'illusion dans l'esprit, c'est-à-dire de notre mode de perception. Si celui-ci dominé par la confusion, par l'illusion de la dualité, nous ne sommes pas des êtres éveillés. Par contre, si nous percevons la nature illusoire des choses, si nous avons dissipé les voiles et les impuretés qui nous font tomber dans la dualité, nous sommes alors dans l'état de bouddha : on voit directement l'essence des phénomènes et la valeur égale de toute chose, Dans le cas contraire, nous considérons le monde de façon duelle et restons enchaînés au samsara, victimes de l'illusion de notre type de perception dans lequel nous considérons toute chose comme permanente et stable, existante ou non existante, et donc prisonniers de cette tendance duelle à vouloir tout étiqueter. Si l'on est dans l'illusion, on expérimente le monde comme étant réel et donc souffrance. En dépassant ce mode de perception et de compréhension illusoire, on s'ouvre au parfait Eveil. Pour approcher cette dimension au-delà de la souffrance et de l'illusion, un cheminement existe, qui s'appelle la pratique de la méditation du Mahamoudra.

On entend dire que le cycle des existences a pour cause l'illusion dans laquelle se trouve notre esprit, cette illusion étant l'expression de la confusion qui règne à l'intérieur de notre esprit. On peut s'interroger sur la source et l'origine de tout cela. La réponse est simple: c'est la vacuité, la réalité ultime libre de toute base et de tout fondement. La cause de cette manifestation du cycle des existences est l'ignorance. Elle est' à la source de tout le système illusoire que nous prenons pour réel. L'interdépendance qui existe entre un objet et un autre contribue au maintien de l'illusion. Prenons l'exemple du sommeil et du rêve. Lorsqu'on dort et qu'on rêve, on est absolument convaincu de la réalité de ce rêve : tout ce qui y apparaît est réel. Ce n'est qu'au moment du réveil qu'on réalise que ce n'était qu'une belle illusion, un rêve ni concret ni solide. Au sens ultime, il n'y a absolument rien : le rêve est simplement la manifestation des tendances habituelles de notre esprit ; accumulées dans le passé, ces tendances créent toutes les illusions. Au réveil, on a souvent le réflexe de vouloir donner un sens à ses rêves en essayant de leur trouver une signification. Par exemple, dans le cas d'un rêve agréable, on l'interprète comme un sig-ne de bon augure et on en est très content ; par contre, si l'on est perturbé par un rêve désagréable ou négatif, on peut penser que l'on rencontrera des circonstances défavorables, et on est alors triste et fort mal à l'aise. Pourquoi ? Parce que l'on veut accrocher un sens au rêve et le considérer comme étant significatif. On oublie qu'il s'agit simplement d'une activité de l'esprit dans son mode de fonctionnement illusoire. Si l'on a conscience de l'aspect illusoire et de l'aspect de manifestation de la confusion du rêve, on peut se souvenir que, dans la vie, il en va exactement de même. Nous ne réalisons pas la véritable dimension, ou réalité, du monde dans lequel nous nous trouvons. Nous saisissons les choses comme parfaitement réelles au sens ultime, et nous expérimentons la souffrance. Par contre, si Fon garde en mémoire cette dimension illusoire, semblable au rêve dans le sommeil, on est à même de comprendre la réalité des choses. Et si l'on se demande quand ce monde illusoire a commencé, on ne peut pas dire qu'il a commencé à tel ou tel instant : il est absolument impossible de définir le début de ce système.
Quel est l'inconvénient ou le désavantage de se trouver dans l'état de perception illusoire, donc dans le cycle des existences ? C'est la souffrance. Elle caractérise le cycle des existences. Tous les êtres enfermés dans ce mode de fonctionnement doivent expérimenter des souffrances innombrables, et cela pendant longtemps. Il n'y a pas de limite à la souffrance, ni en durée, ni en quantité, Cela représente évidemment un grand inconvénient ! L'état de Bouddha se situe complètement au-delà de la souffrance, mais tant qu'on ne l'a pas réalisé, on fait l'expérience de la souffrance. Celle-ci aura un terme quand l'individu atteindra et s'ouvrira au parfait Eveil, à l'insurpassable grande félicité. Il ne faut pas croire que la félicité surviendra comme cela, par surprise, sans rien faire. Si l'on ne fait pas d'efforts et que l'on ne tend pas vers l'Eveil, on continue à errer sans fin dans le samsara. Pour se libérer de la souffrance, il faut s'efforcer d'aller vers l'insurpassable grande félicité et s'en donner les moyens, sinon on tourne sans cesse dans le cycle de la souffrance. C'est la raison pour laquelle on parle de "cycle de l'existence".
Quand on entend parler du mode de fonctionnement illusoire ayant pour caractéristique la souffrance, de l'illusion qui ne se dissipe pas toute seule, et de l'errance dans le samsara, on risque d'être attristé et découragé, d'autant plus que le chemin pour sortir de ce cycle ne parait pas facile à trouver. Il semble que nous soyons incapables d'accéder à l'état de bouddha. On peut aussi croire qu'il s'agit d'un état beaucoup trop lointain pour qu'on puisse y parvenir. Penserainsi n'est ni correct, ni approprié. Il ne faut pas s'inquiéter de la sorte car, à partir du moment où l'on sait comment trouver le chemin qui mène au parfait Eveil, il est possible à tous les êtres d'y accéder. L'état de bouddha est déjà présent en nous, il ne s'agit pas d'un but très lointain m d'un futur très éloigné. Pour peu qu'on suive le chemin, l'état de bouddha est déjà là ; il suffit simplement qu'il se réveille.
Le fait que la nature de bouddha soit présente en nous a été enseigné par le Bouddha lui-même. Il expliqua que les êtres sensibles sont déjà des bouddhas. Cet état de bouddha est simplement obscurci par des voiles et des impuretés éphémères, qui peuvent donc être fa-cilement dissipés. La nature de bouddha potentiellement présente peut alors se révéler, parce que tous les êtres sensibles ont le cœur de bouddha. Comment être certain que chaque être sensible possède la nature de bouddha inhérente à lui-même ? Pour s'en convaincre, il suffit de voir que cette nature de bouddha est l'état universel de la réalité. Puisque cette réalité est présente partout, elle imprègne tout être sensible, et notre esprit est inséparable de la nature de bouddha.

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