Science de l'esprit  

 

La transmission Kagyu
origine légendaire de l'expression artistique

Manjoushri Les différentes lignées de transmission

L’image : véhicule sacré de l’esprit d’éveil

De plus, la peinture elle-même a suivi depuis l’époque du bouddha divers cheminements et reçu de multiples influences qui ont donné naissance à différentes lignées de transmission. On raconte que la première image peinte du bouddha a son origine dans la région de Magadha en Inde. Les rois Utrayana et Bimbisara avaient pour habitude d’échanger des cadeaux. Bimbisara reçut un jour de son allié un joyaux inestimable et eut alors l’idée d’offrir en retour un portrait de leur maître commun, le Bouddha Sakyamouni.

L’artiste, à qui l’œuvre fut commandée, était si impressionné par la présence du Mouni, qu’il lui était impossible de travailler en le regardant directement. Le bouddha proposa alors des’installer sur les berges d’un lac à l’eau limpide, et l’artiste traça alors son dessin à partir du reflet à la surface de l’eau, entourant le portrait de motifs symbolisant les douze causes interdépendantes. Il est dit qu’au premier coup d’œil qu’il jeta sur l’œuvre, le roi Utrayana eut un aperçu de la nature de l’esprit. Cette capacité de l’image à d'être le véhicule d’un pouvoir d’éveil restera la raison principale de toute forme d’art sacré.

Certaines écoles des anciens ont toutefois des réticences à représenter le corps de l’éveillé, voyant là une forme de contradiction : ayant épuisé les tendances karmiques de l’existence, le bouddha ne saurait être représenté par une forme. Par conséquent, on trouve parfois seulement l’empreinte de ses pas, afin de suggérer sa présence dans la représentation de ses actes.

Les différentes formes dans le Vajrayana

Dans le Vajrayana par contre, l’esprit éveillé peut être abordé sous d’innombrables formes qui établissent une connexion avec les multiples aspects de l’éveil. Ceci donne naissance à la nécessité de représenter les nombreuses divinités de méditation qui permettent cette approche de la nature de l’esprit. C'est essentiellement du Népal vers le Tibet que s’établiront les premières transmissions picturales. Ce style ancien est appelé "Newar" et s’y est largement répandu. On trouve dans le "trésor de connaissances" de Djamgön Kongtrul Lodreu Tayé, une brève histoire de l'évolution des lignées de peinture".

A un certain moment apparut Manjoushri dans sa forme humaine comme le révéré Menla Teundroup à Mentang dans la région de Lhodrak. La découverte d’une mine de vermillon dans ce district coïncida avec sa naissance. A cause d’une incompatibilité d’humeur avec sa femme, il erra de district en district puis étudia sous la direction de Dopa Tashi Gyelpo dans la province de Tsang. En voyant une peinture chinoise qui lui avait appartenu dans sa vie précédente, il eut le souvenir de cette existence. Il fut ensuite renommé en tant que "grand maître de Mentang" et établit une transmission de peinture supérieure, donnant naissance à la tradition Menri.
Le grand maître Khyentsé apparut à Gongkar Gangteu et établit une lignée distincte de la précédente. Ainsi naquirent les deux traditions de base Menri et Khyenri. Ensuite advint un artiste qui fut célèbre sous le nom d’«oiseau-artiste-doué" parce qu’il se déplaçait inlassablement au service de son domaine de connaissance. Comme son art avait atteint des sommets, il fut la source d’une tradition distincte supérieure dans l’utilisation des couleurs et des dégradés. A sa suite, Tcheuying Gyamtso fonda le "nouveau menri"(Mensar). Bien que d’autres transmissions s’établirent, elles peuvent globalement être apparentées aux précédentes.

Lignée Gadri ou du campement

Ses origines – son style

Il y eut aussi à Yar Teu un artiste que l’on nomma Trulkou Namkha Tashi. Il fut celui que le Karmapa Mikyeu Dordjé (Huitième du nom) prophétisa comme étant une émanation de son activité éveillée pour les images sacrées. Shamar Keuncho Yenla et Gyeltsab Dragpa Teundroup lui donnèrent les instructions sur la manière dont il devait élaborer son style. Il prit pour référence de proportion les statues indiennes en métal, et comme base la tradition Mentang. Pour les couleurs, les dégradés, et les paysages, il se référa aux peintures sur soie de la grande période Ming (unissant ainsi les trois grandes traditions de l’Inde, de la Chine et du Tibet). Ce style devint renommé sous le nom de "style du campement"(Gadri). A sa suite vinrent Tcheu Tashi, puis Karsheu Karma Tashi, il fut inégalable dans le domaine de la figuration. La tradition demeure jusqu’à nos jours (Kontrul Rinpoché nous parle du dix neuvième siècle!. . . ). Elle est parfois considérée comme une branche séparée (Karsheupa), mais elle est en fait au cœur de la transmission Gadri. En bref, les trois Tashis établirent largement la tradition du "style du campement".

L’introduction de ce texte dans notre propos n’a pour but que de repérer dans un cadre plus général la lignée qui nous préoccupe davantage en tant que disciples du Karmapa : la fameuse Gadri.

Tout d’abord, quelle est l'origine de son nom : "style du campement"? En fait, nous devons remonter au Septième Karmapa qui, soucieux d’établir une solide transmission dans les cinq domaines de connaissance liés au dharma (dont les arts font partie), rassembla autour de lui de nombreux experts venus de toutes parts (Inde, Chine, Perse, etc. . . ). Il passa sa vie à se déplacer en campements, enrichissant cette "troupe", à chaque halte, de toujours plus de maîtres et d'étudiants. C’est seulement le Huitième Karmapa, Mikyeu Dordjé, qui rassembla cette somme de connaissances. Pratiquant lui-même les arts, il prédit la venue d’émanations de son activité qui accompliraient son œuvre. Dans le domaine de la peinture, les trois Tashis finalisèrent l’établissement du style.
Le Dixième Karmapa Tcheuying Dordjé fut lui aussi un grand peintre et sculpteur et remonta aux sources en pratiquant pendant la première partie de sa vie la tradition Mentang, puis la peinture sur soie originaire de Chine et enfin l’art Kashmiri. Le plus grand de tous est dit avoir été Sitou Tsulag Tcheukyi Nangoua dont les peintures "dépassent l’entendement d’un esprit ordinaire".

Malheureusement, il est difficile de trouver de nos jours un maître vivant qui soit détenteur de la totalité de ce savoir. Un des derniers grands fut Tanglha Tséwang dont les disciples reçurent le maximum de ce qu’après l’exil il leur était possible de pratiquer . Bien peu purent développer un art aussi exigeant. Parfois, Tanglha Tséwang passait plus de trois ans pour la réalisation d’une tanka. Aucun de ses disciples n’eut le loisir de pousser si loin leur souci de perfection.


L’art dans la tradition des Karmapas

Le graphisme dans le dharma : une découverte de la nature de l’esprit.

Le temple du BostIl est important de tirer partie de l’histoire de cette lignée. D'autre part, s’appliquer à reproduire les mêmes méthodes que les Karmapas nous incite à suivre leur exemple.
Tout d’abord, il nous faut considérer le dharma et son expression graphique comme n’étant pas un objet exotique venu d’une culture lointaine, mais comme une découverte au plus profond de l’humain, de l’expression de l’esprit. Nous vivons en occident, mais le désir, la jalousie, la colère, etc. ont la même nature qu’à l’autre bout de la planète ; seuls les langages et certains conditionnements peuvent varier. Notre intégration du dharma devra déboucher naturellement sur une expression du dharma. Pour cela, nous devons nous rassembler autour du Karmapa en utilisant les compétences, en voyant les différences comme de précieuses richesses plutôt que des contradictions. En établissant en nous une sincère dévotion, en suivant les instructions, en gardant la motivation de l’esprit d'éveil, il est possible de recréer aujourd’hui les conditions de travail du "campement du Karmapa". Nous avons une richesse inestimable : nous avons reçu le pur nectar du dharma du maître parfait qu’était Guendune Rinpoché. Il a mis en place ce que nous pouvons appeler aujourd’hui le "grand Dhagpo", c'est-à-dire un ensemble cohérent de lieux liés les uns aux autres, où toutes les spécificités d’approches peuvent se trouver reliées à un dharma authentique.

La décoration du temple du Karmapa à Dhagpo Kundreul Ling

Atelier de peinture du BostPour ce qui est de l’art, le premier pas est le travail de décoration du temple à Dhagpo Kundreul Ling, qui complète les souhaits du Seizième Karmapa, ainsi se prépare un écrin pour accueillir le Dix Septième Karmapa. Ce chantier est déjà l’occasion du rassemblement de nombreux artistes qui, malgré leurs différentes formations, suivent les directions que nous donnent Shamar Rinpoché, Khenpo Chödrak, et Jigmé Rinpoché.
Les choix que nous faisons maintenant donnent déjà des axes à une possible transmission picturale. Nous devrions aussi avoir la collaboration d’un peintre sikkimais qui a passé une trentaine d’années auprès du Seizième Karmapa à peindre essentiellement des fresques murales. Quand nous avons demandé à Guendune Rinpoché des conseils sur la manière de mener à bien un projet qui permette d’assurer la continuité d’un art du dharma, il nous a encouragé à ne pas vouloir aller trop vite, et d’établir pas à pas des bases solides sur lesquelles il ne sera pas nécessaire de revenir.

Pour l'instant, le premier pas est la décoration du temple à travers laquelle nous accomplissons une formation à la mesure de notre investissement. Suivant les conseils de Rinpoché, et comme dans l’histoire de l’école Gadri, nous devons acquérir la patience d'attendre, peut-être comme par le passé, que plusieurs générations se succèdent avant qu’une vraie peinture Kagyu ne voit le jour en occident. Mais si, dès maintenant, nous n’en prenons pas le chemin, l’accès à la source sera de plus en plus compromis.

Les réalisations, les projets, les aides

Un autre aspect est également d’importance capitale : la collection d’images du passé qui puissent nous servir de référence. Cette direction est également un des buts de la nouvelle bibliothèque qui s'établit à Dhagpo Kagyu Ling. D’autre part, nous préparons la possibilité de faire des retraites de peinture dans un lieu proche de Kundreul Ling, afin de permettre à ceux qui veulent s’engager véritablement dans une pratique intensive de la peinture de trouver les conditions pour le faire. L’exigence d’une telle entreprise est grande. Nous pouvons y participer en donnant notre énergie aux travaux du temple ,en aidant financièrement, en donnant accès à des documents, ou même simplement en faisant des souhaits sincères. De cette manière, nous pourrons continuer à faire vivre des supports de pratique authentiques et aider les êtres à cheminer vers l’éveil. Plus nous serons nombreux, plus cette tâche sera légère.


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