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Etre l'architècte de sa
vie - #2
Jigmé Rinpoché
Le bouddhisme
a l'habitude de présenter tout enseignement en trois volets:
la base, le chemin et le fruit. La base est ce dont on dispose,
le chemin sont les moyens et le fruit est le but vers lequel on
se dirige. Il est important de savoir où l'on va, mais
une fois qu'on le sait, il faut concentrer son énergie
et son attention sur le chemin et la base. Le chemin est constitué
par les différentes techniques et les différents
enseignements, et la base par ce que l'on est et ce qui nous entoure.
Il est très important, à partir du moment où
l'on a déterminé un but, par exemple l'état
de bouddha, de s'efforcer ensuite d'avoir un maximum de renseignements
et donc d'enseignements sur ce qui constitue la base et le chemin.
C'est ce que l'on appelle la pratique de l'écoute.
On s'aperçoit que cette base, c'est soi-même; et
soi qu'est-ce que c'est ? C'est une conscience, un esprit. Il
va falloir essayer de reconnaître, de comprendre ce qu'est
ce "moi". Effectivement, si on veut progresser, agir,
se diriger vers un but, encore faut-il qu'on sache exactement
de quoi on dispose, quels sont le véhicule et les instruments
qu'on utilisera. En général, on a une idée
que l'on pense claire de ce que l'on est soi-même, mais
il convient d'approfondir cette idée et d'aller voir ce
que l'on est réellement. Pour cela, on aura besoin d'autre
chose que de sa simple intuition, on aura besoin d'enseignements.
Dès le départ, on lie les deux faces que sont l'écoute
des enseignements et leur mise en pratique, c'est-à-dire
que l'on développe la connaissance de la base en commençant
à s'engager dans ce que l'on appelle le chemin.
En ce qui concerne cette base, ce moi, c'est ce qui reçoit,
ce qui fait l'expérience de l'univers et des choses. C'est
donc ce qui éprouve souffrances ou satisfactions. Une fois
que l'on a compris cela, on peut mettre les choses au clair. S'il
n'y a que satisfactions, si l'univers est satisfaisant, il n'y
a rien à faire, c'est très bien. Le problème
vient du fait que, en général, on se heurte très
vite à l'insatisfaction ou souffrance. Une des premières
choses à essayer de voir est ce qu'est cette souffrance,
et aussi qu'elle est omniprésente, c'est-à-dire
qu'il n'y pas pour nous de possibilité d'exister sans éprouver
de la souffrance, et que même ce que nous appelons satisfaction
cache en son sein une souffrance potentielle. Cela est la première
des Quatre Nobles Vérités : "Tout est souffrance"
et il est extrêmement important de bien la comprendre parce
que c'est le moteur de tout le reste. Effectivement, si l'on est
dans une situation de totale satisfaction, il n'y a pas besoin
d'aller chercher ailleurs, on peut se contenter de demeurer comme
l'on est. Ce qui nous pousse à chercher quelque chose d'autre,
à progresser vers l'état de bouddha, c'est justement
le fait que la souffrance existe et que l'on veut tout naturellement
s'en débarrasser; il faut donc la reconnaître.
Une fois que l'on a pris conscience de la réalité
de la souffrance et de son inéluctabilité, du moins
dans la mesure actuelle de nos connaissances et de nos capacités,
on peut s'attacher à en chercher la cause. Dans un premier
temps, on trouve des causes extérieures à sa propre
souffrance, mais très vite on est amené à
s'apercevoir que la véritable cause de notre souffrance
est en nous-mêmes : elle est en chacun de nous. C'est une
excellente nouvelle, car si notre souffrance dépendait
uniquement des conditions extérieures, nous ne pourrions
pas y faire grand chose, sauf fuir éventuellement; mais
à partir du moment où la souffrance est produite
à l'intérieur même de notre esprit, où
elle dépend en quelque sorte de nous-mêmes, on peut
chercher un moyen d'y mettre un terme de l'intérieur, à
partir d'une action sur l'esprit. Changer quelque chose à
l'intérieur est tout à fait possible.
Si on considère la base dont on a parlé, on s'aperçoit
qu'il s'agit de soi, de sa conscience, de son esprit et que c'est
de cette base que dépend tout le reste, c'est-à-dire
que le bonheur, le malheur, la souffrance ou la félicité
ont à la fin des fins leur cause dans notre propre esprit.
D'une certaine façon, notre destin dépend uniquement
de nous-mêmes. Une fois qu'on a compris cela, tout le reste
est annexe. Après, on peut évidemment approfondir
les causes de la souffrance et du bonheur, les moyens d'échapper
à la souffrance, etc., mais au départ il est important
de bien comprendre que notre bonheur ou notre malheur dépend
de nous-mêmes. Cette compréhension est importante
car elle permet d'agir de façon à apporter un remède
définitif à cette souffrance, mais elle est importante
aussi d'une manière immédiate parce qu'à
la souffrance qui vient des circonstances s'ajoute très
souvent une souffrance faite d'angoisse, de crainte, de découragement,
car on a l'impression d'être soumis à des événements
extérieurs qui ne dépendent pas de notre contrôle
et qui nous imposent indéfiniment des situations déplaisantes
ou effrayantes. A partir du moment où l'on réalise
que l'on détient la clef, et qu'on peut aller vers un état
sans souffrance ou bien prolonger cette souffrance, une grande
partie des peurs s'évanouit parce qu'on s'aperçoit
que l'on peut réellement faire quelque chose et prendre
les commandes.
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