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Les
émotions #3
Lama Guendune Rinpoché
Enseignement
donné par Lama Guendune Rinpoché sur la façon
de traiter les émotions, à Dhagpo Kagyu Ling,
en novembre 1984.
Le Bouddha
a ainsi montré que la cause de la souffrance est l'action
non vertueuse qui s'élève des émotions, nos
actes étant alors contaminés par ces émotions
qui agissent comme une distorsion mentale et rendent notre activité
impropre et négative. De ces actions négatives procède
la souffrance. Lorsqu'on reconnaît cette chaîne de
causes et d'effets, la première méthode consiste
à abandonner complètement toutes les manifestations
d'actes négatifs, toutes les actions non vertueuses. Le
Bouddha a également établi qu'à chaque fois
qu'une action négative est produite, la souffrance apparaît
de façon inéluctable. La souffrance est quelque
chose qui est expérimenté dans le corps. La création
d'actions négatives mène donc à l'expérience
physique et le fait que toute forme physique composée d'agrégats
soit nécessairement marquée par la souffrance est
la première Noble Vérité : « La Vérité
de la souffrance ».
L'accomplissement d'actes non vertueux fondés sur les cinq
émotions conditionne toutes les formes de souffrance ;
le Bouddha a ainsi expliqué ce qu'est l'origine de la souffrance.
C'est la deuxième Noble Vérité : «La
Vérité de l'origine de la souffrance».
Si l'on souhaite mettre un terme à ces cinq poisons et
à la souffrance qui en découle, il faut s'en remettre
au chemin, suivre une voie de développement spirituel,
la voie progressive qui conduit ultimement à la libération.
Cet enseignement a été nommé : «La
Vérité de la cessation de la souffrance»,
troisième Noble Vérité.
Enfin, le Bouddha a montré que si l'on parcourt la voie,
on obtient le fruit du chemin qui est l'état d'Arhat, de
«destructeur de l'ennemi» qu'est l'ego. Il a donc
fait apparaître la quatrième Noble Vérité
: «la Vérité du chemin».
Ceci résume le sens essentiel de l'enseignement qu'a donné
le Bouddha lors de la première mise en route de la Roue
du Dharma à Bénarès.
Ensuite on développe la façon dont peut mûrir
chaque type d'activité lié à une émotion
spécifique et particulière. Cela est à comprendre
comme une présentation générale, une référence.
- Le fruit de la première des cinq émotions, le
désir-attachement, lorsqu'elle prédomine dans le
courant d'un être et l'amène à agir de façon
essentiellement négative, est une renaissance dans le monde
des esprits avides. Cela exprime la structure fondamentale, la
tendance principale de l'être qui prend renaissance dans
cette dimension.
- La colère est cause d'une renaissance dans le monde des
enfers où les êtres ont une tendance prédominante
à la colère ou à la haine.
- L'ignorance, troisième forme d'émotion de base,
conduit à une renaissance animale marquée par la
limitation mentale et l'indifférence au monde.
- La jalousie conduit à l'expérience du monde des
titans ou demi-dieux,
- et l'orgueil à celle du monde des dieux.
A chaque-fois, on peut donc relier une émotion à
un type d'expérience, à un monde, mais il ne faut
pas le prendre trop strictement ; cela exprime surtout une tendance
mentale et l'expérience qui fait face à cette tendance.
En fait, on expérimente soi-même l'enfer, si l'on
peut dire, dès que l'on est en colère, etc... Il
n'est pas forcément besoin de prendre renaissance dans
ces mondes, mais les tendances très fortes et des actes
très négatifs dans ce sens amènent à
ce type de renaissance.
Le monde des
enfers, celui des esprits avides et celui des animaux sont les
mondes où on expérimente une souffrance intense,
continue, et pour un temps considérable. Ce qui amène
à ces renaissances ou à cette expérience
particulière du monde, c'est la présence des émotions
correspondantes, la colère, le désir et l'ignorance,
mais portées à un niveau très puissant dans
l'esprit : l'être n'agit presque qu'en fonction de cette
émotion, elle le domine complètement, ce qui le
conduit à connaître une expérience qui n'est
plus que le reflet de la dominante de son esprit.
Ainsi,
par la puissance de la haine ou de la colère, on expérimente
le monde infernal caractérisé par les souffrances
du froid et de la chaleur extrêmes. Par l'influence puissante
du désir et de l'action négative qui en résulte,
on expérimente le monde des esprits avides et la souffrance
de ne jamais pouvoir assouvir sa faim ni sa soif. Et par l'ignorance,
par la limitation fondamentale de l'esprit, on expérimente
le monde animal qui est par nature l'état où l'esprit
est limité, sans pouvoir de transformer les conditions
d'existence ; l'opacité mentale conduit à l'asservissement.
Dans les états inférieurs d'existence, la souffrance
est quasiment omniprésente, elle occupe tout l'espace de
l'expérience sans possibilité de s'en débarrasser
; la souffrance est presque infinie pour ces êtres.
Dans les mondes supérieurs d'existence, au contraire, les
êtres, au niveau relatif, connaissent beaucoup de bonheur
; mais ce bonheur est impermanent, cesse et se transforme obligatoirement
en souffrance.
C'est une disposition prédominante positive qui conduit
aux états d'existence supérieurs, puisque ce sont
des états marqués par le bonheur, mais l'acte positif
est motivé uniquement par une recherche et un intérêt
personnels ; à travers l'action bénéfique
ou bienveillante que l'on accomplit, on cherche son propre accomplissement,
sa propre satisfaction. Voilà ce qui conduit à ces
renaissances divine, semi-divine ou humaine. Quelles sont les
souffrances associées à ces existences ?
La souffrance des dieux est celle de la transmigration, celle
de perdre leur condition divine pour retrouver des états
d'existence inférieurs.
Les titans ou demi-dieux connaissent la souffrance des guerres,
des conflits et des combats qui les opposent aux dieux.
La souffrance du monde humain peut se résumer en les quatre
souffrances de base qui sont celles de la naissance, de la vieillesse,
de la maladie et de la mort.
A travers ce panorama des différents types d'existences,
on s'aperçoit que dans toutes les formes d'expériences
du monde conditionné, la souffrance est présente,
d'une façon ou d'une autre, et que tous les êtres
participent à cette ronde sans fin qui les conduit sans
cesse de la naissance à la vieillesse et à la mort,
et de la mort à la naissance.
C'est cette succession sans fin d'existences marquées par
la souffrance qu'on appelle samsara ou océan de souffrance
ou monde conditionné ou cycle des existences.
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