Science de l'esprit  

Les émotions

Lama Puntso et Lama Shédroup

Pour analyser notre façon d'appréhender la manifestation ordinaire, d'une manière très simple, nous pouvons dire : il y a MOI et il y a le RESTE. Dans ce reste, il y a tous les êtres, le monde, les montagnes, les nuages, et moi, je vais passer mon temps à regarder autour ce qui est beau et intéressant. Dès que je vois quelque chose de beau, je le veux, c'est pour moi. Comme il m'est arrivé d'avoir de mauvaises expériences, je me méfie et je regarde tout ce qui pourrait être dangereux.

A chaque fois que je considère ce qui s’élève à l’extérieur de moi, il y a cette tension dans l'esprit : " c'est bien, ce n’est pas bien, c'est dangereux, ce n'est pas dangereux, que fais-je avec cela " ?

Cette tension, c'est moi. Je m'identifie à elle. Et je la rends de plus en plus solide avec le temps. Cette tension est créée par ma perception des choses, ma perception est conditionnée par mes sensations et mes sensations trouvent leurs racines dans les sens. Chaque sens a sa conscience.

Sens et conscience

A chacun de ces sens et à chacune de ces consciences est attaché un organe. Par exemple, quand nous regardons ce verre, l'œil est l'organe qui permet de le voir, et il y a une conscience qui permet de savoir que c'est un verre, d'être conscient de cette fonction visuelle. Pour les sons, c'est l'oreille, pour l'odorat c'est le nez, pour le toucher c'est l'ensemble du corps, pour le goût c'est la bouche et pour la vue ce sont les yeux. Nous avons donc les cinq sens.

Dans l'enseignement du Bouddha, il y en a un sixième qui est le mental, et l'objet des sens de ce mental, ce sont les concepts. Donc, nous avons les six premières consciences associées aux six sens .

Il faut savoir aussi que parmi ces six consciences, celle du mental, a un rôle prédominant, car tous les messages qui passent par les cinq premiers sens vont être récupérés par cette conscience du mental , perçus, utilisés et analysés.

Par exemple, je vois le verre et c’est la conscience visuelle qui permet de voir que c'est un verre. Mais immédiatement le mental est nécessaire pour mettre l'étiquette, le label : ceci est un verre. On pourrait dire que c'est la partie visible de l'iceberg .

Et puis il y a une autre conscience qui s'appelle la conscience fondamentale ou la conscience base de tout, ou encore la conscience réceptacle. Celle-là n'est pas visible, mais c'est dans cette conscience-là que sont stockées toutes les informations que l'on reçoit à travers les sens. Cette conscience est appelée en sanskrit : alaya. L'alaya est fondamentale. C'est là que toutes les tendances sont imprimées, stockées et que les six consciences, dont nous parlions tout à l'heure, reçoivent toutes les informations.

Il faut quelque chose qui relie les deux, qui permette aux deux de communiquer. Ce vecteur qui permet cela, c'est la conscience de base. C'est ce qu'on appelle "le mental perturbé" ou, "le mental immédiat". C'est la septième conscience. Les six premières sont la conscience des sens et la huitième est la conscience fondamentale. Nous rajoutons donc la septième, cette conscience de transmission, le mental.

Pourquoi ce mental est appelé "perturbé" ? Parce que c'est là que se trouve la saisie égoïste . C'est dans cette conscience-là que se passe cette identification à un " je ", la saisie d’un " je ". Tout est centré sur ce "  je " qui n'est qu'un tissu d'idées, d'émotions et de sensations. De plus, cela change tout le temps. Une fois c'est la colère qui s’élève, puis c'est l'orgueil, ensuite c'est la jalousie. Le fait

d’en prendre conscience nous amène à être un peu plus détendus. Nous nous tendons de nouveau et c'est un mélange d'attachement, de jalousie, ou d’autres émotions qui s’élèvent à nouveau.

C’est tout cela le centre de notre expérience. Avant de se dire : je vais aider les autres, il faut donc commencer par ce " je ". Essayer d'être bien conscient de ce qu'il est et qu’en faire. En fait, cela est simultané. Nous développons cette motivation d'aider les autres et en même temps cela nous permet de mieux prendre conscience de qui nous sommes et vers qui nous allons.

Nous l’appelons mental immédiat, parce les informations reçues sont immédiatement transmises à l'alaya. Les tendances stockées dans l’alaya s’élèvent sous forme d’émotions en fonction des circonstances extérieures. Chacun va réagir à sa façon.

Tous les rouages étant placés, nous allons voir comment ils fonctionnent. Il y a deux niveaux : un niveau relatif et un niveau ultime.

Le niveau relatif

Le niveau relatif va nous amener au niveau ultime. C'est une structure positive qui va nous amener à l'au-delà de la structure. Il s'agit d'abord de créer du karma positif, de créer les causes qui vont nous amener à rencontrer toutes les circonstances pour nous libérer. C'est le niveau relatif. C'est pour cela que nous prenons refuge, que nous développons l'esprit de l'éveil, que nous tournons autour du stoupa, faisons des offrandes et des récitations de mantras. Tout cela nous amène à accumuler des causes positives, à planter des graines positives.

C’est aussi pour cela que nous développons la générosité, la patience, l'effort enthousiaste et l'éthique. Afin créer cette énergie positive qui va nous faire rencontrer des circonstances propices à la libération. C'est l'aspect relatif d'accumulation de karma positif.

Le niveau ultime

Dans le même temps, nous allons nous entraîner à la dimension ultime, à l'au-delà du karma et de la dualité. Nous allons nous asseoir, regarder l'émotion et le mouvement de l'esprit tel qu'il est dans sa dimension vide et spontanée. Jusqu'à nous rendre compte que celui qui observe est vide et spontané aussi. Vide et spontané veut dire en revenir à ces qualités éveillées de chaleur, de compassion, de vacuité, de clarté de l’esprit.

C'est cela la dimension ultime. C'est le feu de sagesse. Pour que ce feu de sagesse brûle bien, il faut du bois, et ce bois c’est tout le karma positif accumulé, au niveau relatif. Nous créons une structure positive qui est là pour flamber finalement et pour ne plus exister.

Pour aller au premier étage, il faut utiliser l'escalier. Dire qu'il n'y a plus de structure c'est mentir un peu, parce qu’au bout du compte, il y a une structure qui est éveillée.

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