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Les
émotions
Lama
Puntso et Lama Shédroup
La
colère
Lorsque
nous sommes en colère, cette émotion est là,
elle existe, elle est présente, cest quelque chose
de solide. Dans un premier temps, nous allons dire : "
je me suis mis en colère mais pourquoi, pour quelle raison " ?
Nous allons nous rendre compte que cest notre manque de
patience qui est à lorigine de notre colère.
Et puis, nous allons aboutir à une méditation beaucoup
plus paisible où il ne sagit pas de créer
la colère pour la regarder, mais simplement dobserver
ce qui sélève. Si cest la colère,
cest bien, mais si cest une autre émotion cest
bien aussi. Il ny a rien à fabriquer dans lesprit
pour le méditer, il y a déjà assez de choses
comme cela.
Pour
pouvoir lâcher prise, il faut apprendre à se familiariser
avec l instantanéité de lesprit. Parce
que nous parlons des émotions, mais elles ne se présentent
pas selon un ordre prévu : lorgueil... Puis
la jalousie... Puis une pensée... Puis une colère...
Ce nest pas ainsi que fonctionne lesprit. Cest
une pensée, une autre pensée, une émotion,
une nouvelle émotion tellement forte que nous ne voyons
plus que cela, encore une pensée qui amène une autre
pensée, encore une émotion qui se combine avec une
autre émotion et encore une pensée, tout cela se
passe à un rythme rapide et soutenu. Cest comme cela
que fonctionne lesprit.
Il
y avait un pratiquant en retraite, qui, pour méditer, avait
pris son rosaire, son mala et qui traquait ses pensées :
" ici une pensée, là encore une pensée,
là jen vois encore une " et nous, nous
disions : " le pauvre, sa méditation est
un peu névrotique". Et en fait, il avait raison. Au
début, cétait un peu tendu, mais plus il avançait,
plus il était à même de reconnaître
cette rapidité de lesprit de façon naturelle
et détendue.
En
ce qui nous concerne, il faut apprendre à ne pas rester
figés, prisonniers dans les états émotionnels.
Cest pour ça, quil nous faut apprendre à
lâcher prise et à passer à autre chose.
Lorgueil
Les
émotions ne sont pas logiques. Le fonctionnement de l'ego,
de la saisie égoïste, est presque tout, sauf logique.
Il est fondé sur la peur et l'espoir. Dès l'instant
où la peur est là comme moteur, toutes les contradictions
sont permises. Par exemple, nous méprisons les autres,
à cause de l'orgueil mais nous nous retrouvons étonnamment
seuls. Nous sommes séparés des autres puisque nous
les méprisons. Il y a une distance, et si nous nous retrouvons
seuls, ce n'est pas étonnant. Cette solitude ne nous plaît
pas, ne nous convient pas du tout. Donc nous avons besoin d'être
confirmés par notre entourage. En fait, la logique de l'ego
est faite de paradoxes.
Dans
les descriptions académiques de l'orgueil, il y a différentes
formes d'orgueil.
Il
y a l'orgueil ordinaire où effectivement nous avons besoin
d'être reconnus par les autres, en général
par nos supérieurs. En plus, nous avons besoin de nous
entendre dire par les autres que nous sommes " bien ".
Il y a aussi une forme supérieure d'orgueil, qui fait comme
une bulle, où nous devenons complètement distanciés
des autres. Même si nous n'avons pas la reconnaissance venant
des autres, nous nous sentons bien.
Lorsque
nous sommes dans cette bulle d'orgueil, tant que tout va bien
pour nous, le monde est parfait. Par contre, la souffrance qui
est liée à cela, c'est la souffrance de la chute,
c'est-à-dire que lorsque cette bulle éclate, par
la rencontre avec le monde ordinaire, il y a quelque chose qui
ne va plus. A ce moment-là, c'est une souffrance extrême.
Nous tombons encore plus fortement dans les autres émotions.
Pour changer ces pensées dites orgueilleuses, il faut se
demander : "dois-je suivre ces pensées ou non, sont-elles
solides, existantes " ?
Nous
ne pouvons pas dire qu'il y a des pensées orgueilleuses.
Cest un mouvement qui crée l'émotion. L'émotion
n'est pas quelque chose qui est fixe, c'est toujours quelque chose
qui est en mouvement, qui va nier les pensées.
C'est
le mouvement qui est l'émotion. Ce mouvement intérieur,
si nous nen sommes pas conscients, ou si nous n'avons pas
les outils pour y résister, va naturellement nous entraîner
dans des paroles, des pensées ou des actes physiques négatifs.
Ce qui est important c'est de prendre conscience de ce mouvement,
c'est d'apprendre à ne pas être entraîné
par lui.
Chaque
émotion a ses antidotes spécifiques, mais c'est
un peu théorique. Par rapport à l'orgueil, il y
a la lucidité sur soi-même qui est importante à
développer, ainsi que la prise de conscience d'équanimité :
savoir que tous les êtres quels qu'ils soient, sont des
bouddhas potentiels. Dans ce sens-là, il n'y a pas d'êtres
supérieurs ou d'êtres inférieurs. La seule
différence qu'il y a entre les êtres est quil
y a ceux qui sont conscients de la nature de leur esprit, les
êtres éveillés, les bouddhas et ceux qui sont
dans l'ignorance, donc dans la souffrance.
Lorsque
nous sommes dans l'ignorance, pris dans ce cycle de souffrance,
les causes et les conditions créées engendrent des
difficultés. Mais chacun possède les mêmes
capacités à se sortir de ce cycle, où qu'il
soit. Donc, il existe une véritable égalité
entre les êtres. C'est ce qu'on pourrait appeler la conscience
d'égalité et d'équanimité entre les
êtres .
Il
y a aussi un autre aspect, c'est le fait de voir, lorsqu'une qualité
s'élève en nous-mêmes, si c'est une véritable
qualité, si cest le cas, elle ne sera pas cause de
souffrance. Cela signifie que cette qualité n'est pas issue
de nous, de notre saisie égoïste, mais quelle
est issue de ce potentiel de bouddha qui est en nous.
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