Science de l'esprit  

Les émotions

Lama Puntso et Lama Shédroup

Jalousie

Qu'est-ce que la jalousie ? L'orgueil est l'incapacité de voir ce que nous sommes vraiment. La jalousie, d'une certaine façon est l'inverse, c'est l'incapacité à reconnaître les qualités des autres. Nous avons déjà des difficultés à les reconnaître, et quand nous les reconnaissons, nous avons encore plus de difficultés à nous en réjouir. Avec l'orgueil, la jalousie fait partie de ces émotions très difficiles à identifier. Elle est l’une de ces émotions dans lesquelles nous sommes pris, piégés. Elles prennent tout l'espace et nous n’avons alors plus le recul nécessaire pour les reconnaître. Mais il y a quand même des signes qui nous permettent de déceler la jalousie.

Par exemple, nous sommes avec d'autres personnes, nous discutons, cela va bien, c'est relativement chaleureux, mais nous n'arrivons pas vraiment à nous détendre, à être vraiment là. C'est un petit peu serré au niveau du cœur, au niveau du plexus.

Et si nous regardons un peu plus profondément, nous allons nous rendre compte qu’un tel qui parle, le fait avec beaucoup d'aisance. Et cela nous énerve, pas vraiment comme la colère, car c'est déjà un peu plus profond ; cela nous énerve parce qu’en plus, il a réponse à tout. Nous n'arrivons pas à nous détendre, à vraiment nous ouvrir. Encore une fois, nous allons commencer à plaquer l'orgueil, la suffisance sur cette personne. Ce qui est au départ une qualité de la personne à parler facilement, d'être intelligente, nous allons la voir comme un défaut. C’est cela la jalousie ! Elle transforme la situation. Nous sommes alors incapables de reconnaître les autres pour ce qu'ils sont. Cela va évidemment fermer la rencontre avec l'autre, la limiter et la rendre étroite. Comme cette jalousie n'est pas vue, mais qu’elle est là, elle travaille et mûrit d'elle-même. Et donc, petit à petit elle va contaminer toutes les relations. A cause de cette jalousie, nous ne pourrons pas vraiment nous détendre et nous ouvrir à la situation.

Voilà le fonctionnement de base de la jalousie. Tant que nous ne regardons pas à l'intérieur, nous n’allons pas pouvoir reconnaître cette émotion, parce qu'encore une fois, nous verrons tous les défauts à l'extérieur. Nous ne verrons pas que la vraie cause de la vision de ces défauts, c'est notre manque de reconnaissance.

Il y a un remède à cette émotion ; nous avons vu qu’il fallait la patience pour la colère, l'équanimité pour l'orgueil et pour la jalousie, c’est la réjouissance.

Se réjouir des qualités des autres, c’est lorsque nous voyons cette personne qui parle plus aisément que nous, quand nous voyons ce méditant qui a l'air de maîtriser la posture de méditation bien mieux que nous, quand voyons tous les gens autour de nous qui nous font envie, alors, plutôt que de projeter, de critiquer, de rentrer dans ce processus-là, nous essayons de nous dire : " je m'en réjouis, c'est bien, cela me rends content " !

Pour cela, au départ il y a un support qui est aidant, c'est de se réjouir des qualités éveillées des êtres, des bouddhas, des bodhisattvas, de ceux que nous considérons comme éveillés et de nous rappeler de ces qualités et nous en réjouir. Et petit à petit, étendre cette réjouissance aux êtres que nous rencontrons tous les jours, aux voisins, aux collègues.

Par contre, il ne faut pas refouler cette jalousie, ne pas la ravaler. C'est comme les autres émotions, si nous voyons cette jalousie et que nous nous disons : " ce n'est pas bien d'être jaloux ! je ne dois pas être jaloux ! ", cette émotion va perdurer puisqu'elle n'a pas été transformée en réjouissance, qu’elle n'a pas été comprise, qu’elle a été refusée. Elle va grandir en nous, comme un abcès intérieur qui va se développer et donner plus de colère, plus d'émotions ou nous rendre malades physiquement.

Désir et attachement

Le désir attachement a plusieurs visages. Il y a tout d'abord un aspect évident. Par exemple : j'aime bien faire du lèche-vitrines. C'est bien le lèche-vitrines parce que nous pouvons nous balader et passer d'une vitrine à l'autre, toutes bien décorées, bien aménagées. Tantôt, ce sont les chaussures, puis les vêtements, les livres, c’est un peu comme les pensées qui passent. Il suffit de regarder, de jouir du spectacle. Et puis nous arrivons devant la vitrine d'un disquaire. Qu'est-ce que nous voyons au milieu de la vitrine : " la Compile " ! " la meilleure compile du moment ! "

Nous avons déjà des compiles et puis c'est la fin du mois et nous n'avons pas trop les moyens, donc " non ! ", ce n'est pas le moment ! Nous continuons à faire les vitrines, vêtements, tissus, néanmoins, la compile est présente en nous.

A dire vrai, nous avons beau aller et venir, nous nous disons : " quand même, cette compile, compléterait bien ma collection. Ce n'est pas indispensable, mais j’en ai tellement envie ! " Cependant nous tenons bon et nous rentrons à la maison et nous allons dormir, nous en rêvons... Le lendemain matin, nous n’y tenons plus et nous allons acheter la compile.

Qu'est-ce qui est intéressant dans cette petite histoire du quotidien ? C’est que nous vivons cela tout le temps. Où est le défaut là-dedans ? certainement pas dans la compilation, pas dans l'objet lui-même. Mais plutôt dans notre rapport à l'objet. C'est là qu'il y a un problème. C'est là qu’un premier aspect de l'attachement intervient. Il y a une saisie égoïste, la relation à la chose ou à l'autre est fondée sur cette saisie égoïste et dès l'instant où "moi je " suis en manque de quelque chose, je vais devoir enrichir, combler ce manque.

C’est quelque chose qui fonctionne avec les disques compacts, comme avec tous les objets, les gens, toutes les relations que nous établissons avec les autres, avec les concepts, les idées, avec les pratiques spirituelles. Il y a une espèce de volonté de compléter, d'enrichir, de renforcer son territoire. C'est cela l’émotion du désir attachement.

Et puis, il y a un désir attachement plus subtil, plus dense, plus profond.

Celui qui nous fait croire que ce qui vient se présenter à nos sens est réellement existant. Là nous faisons une petite confusion entre " manifestation et

existence ". Nous nous disons : " puisque c'est manifeste, puisque je l'expérimente à travers mes sens, c'est bien la preuve que cela existe ".

Si j'établis une relation avec les choses comme étant existantes, je vais ou les vouloir ou bien je vais les rejeter. Donc cet attachement-là, pourrait s'appeler : l'attachement réaliste ou l’attachement à la réalité des choses. Nous faisons pareil avec nos pensées. Chacune de nos pensées est prise au sérieux comme si elle existait vraiment. Comme les pensées se succèdent les unes après les autres, cet attachement, cette saisie réaliste prend place d'instant en instant.

Les situations qui nous entourent, moment après moment, fonctionnent avec cette saisie aussi. Donc, les choses en général n'ont que la réalité que nous leur donnons. C'est un attachement qui est déjà plus difficile à déceler, à percevoir. Parce qu'il est la nature même de notre expérience : croire à la réalité des choses parce qu'elles sont manifestes. Cet attachement ordinaire aux objets et aux situations, à la réalité des choses, c'est cela qui constitue l'émotion du désir attachement.

Continuons l'histoire. Arrivé à la maison, tout commence bien, j'écoute la musique et puis tout à coup, plus d'électricité. Après avoir attendu aussi longtemps pour écouter ce disque, je trouve cela inacceptable ! Je démonte nerveusement le tableau électrique. Je m’aperçois que cela vient de l'extérieur. Je téléphone à EDF et je me querelle avec la charmante dame alors qu'elle n'y est pour rien. Je vais me créer énormément de problèmes, de stress, de colère et à ce moment- là, toutes les émotions vont se révéler. S’il n'y avait pas cet attachement, j’aurais tranquillement acheté ce disque et je l’aurais écouté. Si une coupure de courant était survenu, qui m’aurait empêché d’écouter le disque, je serais passé à autre chose.

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