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Les
émotions #1
Lama Yéshé
Etablir
l'intention correcte
Ce
qui motive la plupart de nos actes, la plupart de nos décisions
dans la vie ordinaire, c'est notre intérêt personnel.
Dans la vie spirituelle, nous devons développer au contraire
une intention qui soit vraiment claire et pure, c'est-à-dire
qui soit débarrassée de toute implication personnelle
et qui soit uniquement motivée par l'intérêt,
par le bonheur des autres. Le simple fait d'écouter un
enseignement avec une motivation altruiste est déjà
une activité spirituelle. En établissant cette motivation
dès le début, nous n'aurons pas besoin de nous demander
si la pratique va marcher car le résultat est fonction
de l'intention première. Eclaircir cette motivation, c'est
en fait la plus grosse partie du travail spirituel, c'est ce qui
prend le plus de temps. Si par contre nous nous lançons
dans la pratique avec avidité sans avoir pris le temps
de réfléchir aux raisons pour lesquelles nous pratiquons,
cela va tôt ou tard nous conduire dans une forme d'impasse:
"Mais qu'est-ce qui ne va pas ? Pourquoi ça ne marche
pas ? Les pratiques ne me correspondent pas! Le dharma n'est pas
fait pour moi !" Prenons le temps de comprendre le sens du
dharma et d' éclaircir notre intention. Le dharma est authentique
et complètement pur et, tôt ou tard, nous serons
confrontés à ce décalage entre l'enseignement
du Bouddha et la manière dont nous l'utilisons. L'enseignement
agit comme un miroir qui nous montre non pas ce qu'il y a de défectueux
dans l'enseignement mais ce qu'il y a de défectueux dans
notre manière de le comprendre et de le mettre en pratique.
L'établissement d'une motivation pure, la bodhicitta ou
esprit d'éveil, la conscience de l'union de la vacuité
et de la compassion, sont un préalable indispensable.
Reconnaître
la nature du samsara
Pour
développer une motivation correcte et une compréhension
juste de la pratique spirituelle, essayons de comprendre la situation
réelle des êtres dans le monde conditionné.
Nous sommes prisonniers du cycle des existences parce que chacun
s'identifie à l'idée de lui-même et chacun
pense qu'il existe comme une entité séparée.
De l'idée de soi vient l'idée des autres et d'un
monde extérieur différent de nous. La rencontre
avec les autres et avec le monde nous conduit à éprouver
ce monde ou ces autres comme source de bonheur quand cela nous
plaît, de désagrément quand cela nous déplaît
ou d'indifférence quand nous ne ressentons rien. Nous allons
tenter de nous approprier ce qui procure du plaisir et représente
l'image du bonheur. D'un autre côté nous rejetons
ou évitons ce qui peut nous faire souffrir et nous restons
simplement ignorants de tout le reste. La quête du bonheur
et la fuite devant la souffrance nous amènent à
réagir de façon émotionnelle aux situations,
aux personnes et à l'environnement. Notre activité
est alors uniquement motivée et contrôlée
par les émotions. Nous préférons obtenir
une satisfaction personnelle plutôt que de prendre en compte
tous les désagréments, toute la souffrance que nous
pouvons causer aux autres. Chaque cause produit un effet, chaque
acte donne un résultat. Le résultat de la répétition
de toutes ces attitudes est que nous accumulons une quantité
invraisemblable d'actions impropres et d'habitudes égoïstes
et négatives. Notre quête d'un bonheur égoïste
devient la cause de notre souffrance. Un être ordinaire
perçoit le monde comme un lieu où le bonheur est
possible. Un bouddha perçoit la nature de souffrance de
l'expérience conditionnée.
Le potentiel
d'éveil
Le dharma
nous enseigne que tous les êtres ont la nature d'éveil
en eux. il y a une dimension de bonheur, une dimension bienheureuse
omniprésente qui s'étend à tous les mondes,
à tout l'espace, à toute la manifestation et à
tous les êtres. L'esprit, en essence vide, est de nature
lumineuse et claire et sa manifestation est multiforme; elle peut
prendre toutes les formes dans une transformation incessante.
Cette nature éveillée est omniprésente à
travers tous les phénomènes, dans tout l'espace
et dans tous les temps. En chacun de nous il y a ce potentiel,
cette capacité de l'Eveil, la capacité de devenir
un jour un bouddha. Cette nature d'éveil n'est pas seulement
en nous, elle ne nous appartient pas en propre. C'est quelque
chose qui est commun, qui est partagé et qui est réparti
de manière équanime.
L'erreur
de la saisie réaliste
L'erreur
est de croire à une idée de soi, du fait d'avoir
un corps. Depuis le plus petit insecte jusqu'aux dieux, chacun
a une idée de soi parce qu'il a un corps. C'est la base
de la confusion et de l'erreur. A partir de cette idée
d'un soi, le mécanisme de la relation dualiste et émotionnelle
aux autres et au monde se met en place. Nous sommes dominés
par les transformations de notre esprit, de notre corps et
du
monde sans que nous ne puissions rien y faire. Dans un corps
humain, nous pouvons avoir l'illusion de la liberté.
Nous ne voyons pas que nous vivons le résultat de causes
antérieures
et que ce que nous faisons maintenant est la cause de ce qui
viendra ensuite. Tous les phénomènes sont
le résultat
de causes et de conditions. Nous disons: "J'ai le droit
de penser comme je veux, j'ai le droit de faire ce que je veux
parce
que j'existe en tant que tel". Nous oublions que personne
ne vient au monde tout seul. Nous avons commencé dans
le ventre de notre mère et quand nous sommes nés,
s'il n'y avait eu personne pour s'occuper de nous, nous ne
serions
même pas restés en vie quelques heures. Nos parents
ont pris soin de nous, nous ont lavés, vêtus, nourris,
protégés du froid, des dangers, appris à
marcher, à parler, à lire, à nous développer
et maintenant nous pouvons jouir effectivement à l'âge
adulte de certaines qualités. Puis nous vieillissons,
nous perdons nos forces physiques et nos capacités
mentales diminuent, nous ne contrôlons pas grand chose
de notre vie. Sous des apparences de liberté, nous
sommes en fait complètement
dépendants. Le bonheur n'est pas possible puisqu'il se
termine toujours par la maladie, la vieillesse et la mort. Même
si nous connaissons des moments heureux, si nous pouvons jouir
de toutes sortes de plaisirs liés au confort, à
l'amour, l'argent, le pouvoir ou la célébrité,
tout cela est temporaire et va se transformer en son contraire.
Du fait de l'impermanence, ce bonheur se transforme en souffrance.
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