Science de l'esprit  

Sérénité et efficacité

Lama Jigmé Rinpoché

Lama Jimé RinpochéIl est de bon ton de nos jours de s'extasier sur certains pays d'Asie, tel que le Japon, sa réussite économique, ses réussites techniques et ses méthodes de management... C'est très bien, mais il ne faut pas faire un complexe d'infériorité. En fait les Japonais, les Coréens ou les Chinois n'ont rien de fondamentalement différent des Occidentaux. Il se trouve qu'effectivement ils ont mis en avant, développé certaines qualités que nous possédons aussi mais qu'ils ont simplement cultivées. Quand ils viennent en Europe, il n'empêche que les Asiatiques sont frappés par tout un tas de qualités telles qu'une certaine rigueur, une droiture, pour ne pas dire une certaine absence de corruption, dans le domaine public. Le fait aussi que les chefs d'entreprises soient non seulement préoccupés de gagner de l'argent, mais aussi qu'ils s'occupent du bien-être de leurs employés, le fait qu'il y ait un point de vue social, un certain nombre de réalisations qu'on finit ici par ne plus reconnaître. Les Asiatiques ont développé un certain nombre de choses, mais du côté européen d'autres choses ont aussi été développées. Les Occidentaux, en général, ont exactement les mêmes capacités que les Asiatiques. Il n'y a absolument aucune différence au niveau de l'esprit.

On exagère énormément l'importance des différences entre Asiatiques et Occidentaux. Pour s'en rendre compte, peut-être fallait-il que quelqu'un qui est fondamentalement un Oriental vienne en Occident. Lorsque nous sommes arrivés en Occident, avec notre philosophie, nos techniques mentales, il y a d'abord eu un choc. On s'est trouvé devant des cultures extrêmement différentes, devant des gens qui poursuivaient des buts qui ne nous étaient pas familiers. On s'est trouvé devant quelque chose de totalement étranger. Cela au départ. Et puis, au bout d'un certain temps, quand on a commencé à comprendre un petit peu ce qui se passait, on s'est aperçu qu'il n'y avait pas plus de différence entre les Orientaux et les Occidentaux qu'il n'y a pas de différence entre des Français et des Allemands par exemple. Bien sûr, il y a des différences de langue, d'histoire et de culture mais le principe est le même, les bases sont les mêmes, l'esprit des gens est formé de la même façon et il n'y a pas de différence de nature entre l'Orient et l'Occident.

Pourquoi aurait-on en Europe besoin d'un exemple qui vienne du Tibet ? Après avoir étudié un peu ce qui se passait dans le monde, en Europe en particulier, on peut voir qu'auparavant le moment n'était sans doute pas venu d'utiliser de telles techniques. Pourquoi ? Parce qu'on avait d'énormes structures industrielles, très lourdes qui nécessitaient pour être mises en œuvre de grosses fortunes, des structures financières pesantes. Tout cela avait engendré un monde statique, un monde qui ne subissait pas de changements spectaculaires, où chacun demeurait pour un temps très long dans son emploi et défendait sa stabilité. Dans un tel contexte, les techniques de l'esprit n'ont pas grand chose à faire.

Dans les dernières décennies, il s'est produit un changement drastique dans le paysage industriel qui a été provoqué par l'avènement de l'ère de la communication. Du fait des communications accélérées, du fait aussi de l'évolution de pas mal de techniques industrielles, ce qui était auparavant statique est devenu volatile, changeant. Un télex peut changer la stratégie d'une entreprise; il peut y avoir de nouvelles législations... Tout cela se fait immédiatement d'un bout à l'autre de la planète sans pratiquement aucun obstacle. On est passé d'un monde statique à un monde essentiellement dynamique. On peut instantanément se rendre d'un point du monde à un autre. On peut agir à distance par l'intermédiaire de moyens de communication pour acheter, revendre, échanger des informations. Le monde est devenu essentiellement fluide. Ce qui compte, maintenant, ce sont plus les informations, plus ce qu'il y a dans l'esprit des gens, que les grosses structures. Dans les entreprises ce qui compte c'est davantage le dynamisme des gens que le fait d'être apte à accomplir un même travail pendant des années à la même place.

L'important donc, c'est ce que l'on appelle les relations basées sur la confiance. On ne peut plus travailler sans cet élément de confiance. Par exemple, si vous avez un salarié chargé d'étudier les méthodes dans une entreprise, ce qui compte c'est ce qu'il a dans la tête. S'il n'est pas vraiment impliqué dans l'entreprise, s'il n'a pas fait siens les buts de l'entreprise, survient quelqu'un qui lui propose une fois et demie ou deux fois le salaire qu'il gagne et le débauche. Il va partir avec quelque chose de beaucoup plus précieux qu'une somme d'argent, des méthodes, mais aussi tout un potentiel qu'il aurait pu donner. Par contre, si cette personne a confiance dans ceux qui l'emploient, s'il partage le même but alors il peut résister à des pressions extérieures. De la même façon, celui qui l'emploie va être beaucoup plus incité à favoriser sa carrière... Ce sont des méthodes de ce genre là qui maintenant comptent vraiment.

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