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AIDER LES
MOURANTS #2
Comment venir en aide aux personnes qui vont mourir
Gyaltrul Rinpoché
Premier
point :
lorsqu'on entre dans la maison d'un mourant, ne pas y pénétrer
avec de la nervosité ou du stress, mais au contraire essayer
de modifier l'atmosphère en instaurant une ambiance de
calme et de détente.
En approchant
le mourant, il n'est pas nécessaire de l'abreuver d'un
flot de jolis mots. Ce qu'on dit n'est pas important; le plus
important est ce qu'on ressent et ce qu'on manifeste dans son
coeur, comme la bonté, l'amour et la compassion. C'est
cette sorte de chaleur humaine qui est importante et qui est ressentie
par le mourant. Il n'est pas nécessaire de parler ni d'effectuer
quelque chose de spécial. Il faut aller au plus simple,
au plus naturel, aller vers la personne et générer
la compassion et l'amour. Du fait qu'on génère en
soi cette compassion, celle-ci s'exprime sur notre visage, sans
parole, et le mourant la ressent et cela lui apporte un grand
soulagement. Utiliser de belles paroles apaisantes n'est pas forcément
ce qui lui sera le plus bénéfique.
Lorsqu'on rend visite à un mourant, il faut aussi se défaire
de tout espoir d'apporter une solution miraculeuse, de sauver
cette personne, de pouvoir tout transformer, etc. Il ne faut pas
se croire investi d'une charge obligeant à trouver des
pouvoirs extraordinaires grâce auxquels on changerait le
cours des choses. Il faut se départir de toutes ces formes
d'attente et d'espoir plus ou moins conscientes. Il y a une loi
inéluctable et très puissante qui est celle du karma,
la loi de la naissance et de la mort. On ne peut l'arrêter
et il faut l'accepter en totalité. Il n'est pas question
de vouloir la rejeter. Si quelqu'un arrive au terme de sa vie,
il faut l'accepter. Il n'y a rien d'autre à faire et il
ne faut surtout pas lutter contre cela, ni espérer pouvoir
y remédier par quelque moyen que ce soit. Si l'on arrive
auprès du mourant avec l'espoir de pouvoir faire quelque
chose d'extraordinaire, cela ne se produira pas et engendrera
du même coup la frustration et la souffrance. On n'est pas
là pour essayer de transformer la situation, on est auprès
du mourant pour lui apporter davantage de paix, pour l'aider à
trouver en lui-même un peu plus de sérénité.
On constate souvent que les personnes qui ont entamé le
processus de la mort sont irritables. Ces personnes ont un esprit
assez étroit, mais ce n'est pas une démarche volontaire
de leur part ; simplement le contrôle de la situation
leur échappe totalement. Elles ressentent énormément
de frustration et de souffrance.
De ce fait, leur esprit se rétrécit et elles expérimentent
une vision teintée de colère et frustration. Pour
le comprendre, il suffit d'observer notre attitude lorsque quelque
chose nous dérange. Si une personne nous met en colère,
nous nous trouvons dans un état d'agitation; du coup, le
regard que nous portons sur tout le reste est transformé.
Du fait dune seule cause, toute notre vision du monde est
changée, perturbée. Si une seule cause de colère
peut provoquer cela en notre esprit, on peut imaginer comment
cela se passe pour un mourant! En effet, le mourant n'a pas une
seule cause de colère, mais toutes les raisons du monde
de l'être. Il est en train d'expérimenter toutes
les souffrances et toutes les frustrations que l'on peut rencontrer
dans la vie. Nous sommes irrités lorsque nous perdons une
chose, mais le mourant perd tout: biens, amis, famille, pouvoir,
renommée, attentes, etc. Il ne faut donc pas s'étonner
qu'au moment de la mort l'esprit soit un peu étroit et
irritable. Un esprit étroit peut facilement sombrer dans
la tristesse, la frustration, l'irritation et la colère.
Il faut avoir cela présent à l'esprit lorsqu'on
approche un mourant, savoir pourquoi cette personne est irritable
et ne pas réagir ni prendre pour argent comptant les colères
qu'elle peut manifester à notre égard. Il faut comprendre
pourquoi cette personne est en colère et ne pas prendre
cela pour une agression personnelle.
II est également bénéfique d'éviter
les bruits trop intenses et les grands rassemblements, pour, au
contraire, instaurer autour du mourant un climat de détente,
de silence et d'apaisement.
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