A propos des souhaits - lama Puntso
A l'occasion des enseignements qu'il a donnés en été 1994 à Dhagpo Kagyu Ling, Shamar Rinpoché a demandé que l'un des lamas du centre explique le sens des prières de souhaits.

Lorsqu'on écoute les enseignements du Bouddha, qu'on y réfléchit et lorsqu'on les met en pratique, il faut tout d'abord développer une motivation juste, c'est-à-dire développer les moyens d'accomplir le bienfait de tous les êtres.
Si l'on n'établit pas cette motivation d'éveil dès le début du chemin, cela signifie que l'on pratiquera pour son propre bienfait seulement, ou pour avoir une bonne renaissance dans le futur, ou pour la réputation, ou encore par orgueil ou par jalousie, etc.
On peut avoir l'impression d'être à l'abri de telles attitudes d'esprit, mais même si l'on a une motivation juste au départ, les tendances et habitudes mentales sont tellement ancrées en nous, tellement fortes, qu'elles peuvent prendre le dessus à tout moment. C'est pourquoi il est nécessaire, encore et encore, de réaffirmer la motivation d'éveil, de s'en imprégner jusqu'à ce qu'elle devienne une tendance naturelle. Pour que la pratique du Dharma devienne une évidence, il est nécessaire de comprendre la situation dans laquelle on se trouve : le monde et les êtres n'ont pas l'existence qu'on leur donne.
En tibétain, la terre se dit djikten, djik veut dire destructible, ten support. Le monde dans lequel nous vivons est un support qui tôt ou tard disparaîtra complètement.
Nous-mêmes, les êtres qui peuplons cette Terre, à un moment ou à un autre, allons tous mourir. Combien sommes-nous dans cette tente?
Une petite centaine de personnes. Dans 75 ans, il n'y aura plus personne; nous serons tous morts.
De façon plus subtile, d'instant en instant les choses changent; le monde, les êtres, les situations... ne seront plus les mêmes dans l'instant qui suit que dans l'instant qui précède. Il n'y a rien qui ait une quelconque durée, tout se modifie sans cesse. La compréhension de cet aspect de l'impermanence nous amènera à percevoir les phénomènes de façon plus fluide, plus légère pourrait-on dire. Cette méditation menée à son terme nous permet d'avoir un aperçu de ce qu'est la vacuité, le fait que les phénomènes n'ont pas d'existence propre.
Contempler ainsi l'impermanence, le précieux corps humain libre et bien pourvu, la souffrance inhérente au samsara et la loi des actes, pas seulement y réfléchir lorsqu'on reçoit un enseignement ou lorsqu'on lit un livre, mais consacrer un moment dans la méditation à intégrer ces différents aspects de notre situation, nous conduit à une évidence de la pratique.
On comprend depuis l'intérieur que la seule chose à faire est de mettre en pratique les instructions que l'on a reçues. La pratique n'est plus quelque chose de lourd et de difficile, mais on arrive naturellement à la conclusion que la relation juste avec soi-même, avec les autres et avec le monde est une relation dharmique; notre façon de vivre sera de plus en plus teintée par le Dharma.

La prise de refuge
Lors de la cérémonie de refuge, on reçoit un petit carnet dans lequel il est dit que l'on doit réciter sept fois par jour la prière du refuge. Si l'on récite ainsi, c'est très bien. Mais si ensuite on ferme le petit carnet et puis fini !... c'est un peu limité. Lorsqu'on prend refuge, on doit le faire complètement, du fond du coeur, car les trois Joyaux sont pour nous une protection authentique. Ils sont l'aspect ultime de notre esprit, l'union de la sagesse et de la compassion qui agissent de façon spontanée et inentravée pour le bien des êtres. Prendre refuge, c'est s'en remettre à ce qui est sûr, à ce qui connaît, à ce qui ne trompe pas, à ceux qui savent ce qui doit être fait.
Prenant refuge, on s'ouvre à cette réalité présente en tous les êtres, à cette protection infaillible. Cela signifie que l'on peut prendre refuge à tout moment, pas seulement sept fois le matin ou le soir, mais en toutes circonstances et particulièrement dans les moments de peur, d'inquiétude, de difficulté; lorsque l'esprit rencontre des doutes, il est important de se reconnecter avec le lama et les trois Joyaux, de s'en remettre à la dimension éveillée de l'esprit.
Trouver une protection pour soi-même uniquement est une attitude trop étroite; aussi, dans un deuxième temps, on développe l'esprit d'éveil, la bodhicitta, c'est-à-dire le souhait d'accomplir le bienfait de tous les êtres. On peut alors se dire : "Comment moi, qui ai déjà des difficultés à me débrouiller avec moi-même, pourrais-je accomplir le bienfait des autres, et de tous les êtres de surcroît ?"
Il s'agit en fait d'avoir une vision beaucoup plus vaste. Cette intention de départ est appelée la phase du fruit parce qu'on va établir dans l'esprit ce que l'on désire obtenir, en l'occurrence la capacité d'amener tous les êtres à l'éveil. Or, si l'on n'établit pas fermement cette motivation de base, jamais on ne pourra la réaliser. Ce souhait de départ est l'esprit d'éveil d'intention. A partir de cela, on met l'esprit d'éveil en pratique, on va agir sur la base de la motivation d'éveil; cela correspond à la phase de la cause, par notre pratique on rassemble tout ce qui est nécessaire à l'accomplissement du fruit qui a été conçu dès le début du chemin. C'est l'esprit d'éveil d'application. Si la motivation est pure, les terres et les chemins sont purs !
Le refuge et l'esprit d'éveil vont mener au corps de la pratique dont le but est la reconnaissance de la nature de l'esprit. Pour la réaliser, il existe de nombreuses méthodes progressives; nous débutons par une méditation référentielle qui nous conduit à une méditation sans support et nous pouvons alors nous établir dans la dimension non-référentielle de l'esprit.
Après la prise de refuge, le développement de l'esprit d'éveil et le corps de la pratique, on en arrive à la phase de conclusion constituée de la dédicace et des souhaits.

La dédicace
Lorsqu'on accumule du mérite, que ce soit dans une pratique formelle ou dans l'activité quotidienne, si on laisse ce mérite simplement tel qu'il est, d'abord il reste très limité, très relatif, ensuite à la première colère que l'on aura cette activité bénéfique sera détruite. Il est dit dans les soutras que l'on peut accumuler du mérite durant des vies et des vies, et qu'il suffit d'une seule colère pour tout détruire. C'est pour cela que la dédicace est essentielle; on ne garde pas le mérite accumulé, on l'unit à celui qui est accumulé par tous les êtres dans les trois temps. Afin que cette vaste accumulation soit consacrée, on l'offre aux trois Joyaux.
De cette façon, le mérite ne nous appartient plus, nous ne pourrons plus l'endommager, et il va continuer à s'accroître continuellement. Le mérite que l'on dédie est semblable à une goutte d'eau. Si on la laisse au soleil, elle va s'évaporer rapidement. Mais si nous mélangeons notre goutte d'eau à l'océan, il faudra faire évaporer tout l'océan pour épuiser la goutte. C'est ça l'idée de la dédicace. Grâce à elle, la moindre activité positive, la récitation de quelques "manis" par exemple, peut devenir un très grand bienfait.
Et puis viennent les souhaits ; il en existe un très grand nombre qui ont tous été écrits par des maîtres accomplis. En français, il y a "Le Trésor des Prières de Souhaits", un texte qui rassemble toute une série de souhaits qui sont souvent récités.

Pourquoi faire des souhaits ?
Tout ce qui apparaît dans le monde, tout ce qui se manifeste, ce que l'on expérimente, la manifestation extérieure, intérieure n'a pas d'autre origine que l'esprit, n'est rien d'autre que l'esprit lui-même. Cela signifie qu'avant qu'un phénomène, quel qu'il soit, puisse apparaître il faut d'abord qu'il soit semé dans l'esprit, que la graine, le potentiel de ce phénomène soit établi dans l'esprit. C'est pour cela qu'il est dit dans les textes : "Tous les phénomènes naissent d'une intention." Cela veut dire qu'à chaque fois que s'élève une pensée, une intention, qu'elle soit positive ou négative, c'est une graine qui est plantée, c'est un potentiel qui est mis en place.
Lorsque l'on dit que positif ou négatif, c'est la même chose, ce n'est pas tout à fait vrai. Nos tendances étant ce qu'elles sont, quand on émet un souhait négatif, c'est toujours un peu plus fort qu'un souhait positif parce que les émotions de la colère, de la jalousie ou de l'orgueil qui motivent la pensée sont en général puissantes, bien ancrées en nous. C'est donc pour cela qu'il faut développer une grande vigilance quand on souhaite quelque chose, car quand on fait un souhait négatif, il n'y a pas d'effort à faire pour qu'il soit puissant. Par contre, lorsqu'on fait des souhaits positifs, comme c'est quelque chose qui n'est pas nécessairement évident pour nous, il faut y mettre de la force, de l'énergie. Plus l'intention qui sous-tend le souhait est forte et puissante, plus la graine qui est plantée est forte et plus le fruit sera intense.
Lorsqu'on émet des souhaits, il y a deux attitudes possibles.
On peut se dire : "Comment mes souhaits à moi, humble vermisseau, peuvent-ils avoir un quelconque effet sur le monde, sur les êtres ou sur moi-même ?"
Ou bien, on peut se dire: "Attention, c'est moi que v'là, je vais faire des souhaits et vous allez voir, ça va dégager." On a toujours tendance à passer de l'un à l'autre, d'un sentiment d'incapacité à un franc orgueil et on a des difficultés à viser juste, à trouver la bonne attitude.
En réalité, lorsqu'on fait des souhaits, il faut toujours prendre une référence qui soit pure, c'est-à-dire le lama et les trois Joyaux. On imagine qu'au-dessus de sa tête ou en face de soi les trois Joyaux sont réellement présents et on les prend à témoin des souhaits que l'on va exprimer. Ceci garantit la pureté et l'authenticité de ce que l'on va souhaiter, c'est ce qui va aussi donner la force à nos souhaits.
Par exemple, les souhaits du Mahamoudra du troisième Karmapa commencent par : "Lamas, yidams et divinités des mandalas, bouddhas et Bodhisattvas des trois temps et des dix directions, veuillez me considérer avec amour et m'accorder votre bénédiction afin que mes souhaits soient exaucés."
Ces quelques vers montrent bien l'attitude d'esprit à préserver. C'est pour cela qu'il est également très important de faire des souhaits devant un support comme le stoupa, parce que celui-ci est l'expression manifeste des trois Joyaux, l'expression concrète de la pureté de l'éveil. Lorsque l'on est face au stoupa, on imagine qu'il y a là un océan de trois Joyaux et que c'est face à eux que l'on émet des souhaits pour tous les êtres. Pratiquant ainsi, on n'a plus de doute quant à l'efficacité de nos souhaits, on ne tombe pas non plus dans le piège de l'orgueil, car leur effet ne dépend plus de nous.
Afin de donner encore plus de force à nos souhaits, on utilise le mérite accumulé par tous les êtres comme carburant. On conclut les souhaits du Mahamoudra en disant : "Par le pouvoir de toutes les vertus parfaitement pures qui existent, puisse cette prière de moi-même et de tous les êtres se réaliser telle quelle, parfaitement." On prend cela comme référence parce que ce mérite est là de toutes façons, il n'y a pas à le créer, à l'inventer, il est comme disponible et le fait de s'en servir comme cela donne de la force à nos souhaits.
Ce qu'il est important de comprendre, c'est que ce n'est pas une question de personne, de moi qui fais quelque chose. Il y a cette dimension de l'esprit d'éveil qui fait que les trois Joyaux sont présents, que ce mérite est présent et on dispose de tout cela pour le bien des êtres, c'est quelque chose de très vaste, qui ne dépend pas de nous, de moi, de "je".
Les souhaits nous permettent en toutes circonstances d'ouvrir la situation. Par exemple, très souvent on se trouve dans des situations ordinaires où l'on est impuissant, où l'on n'a pas la capacité d'aider la personne qui est en difficulté en face de nous, ou bien on n'a pas vraiment la possibilité d'entrer en relation de façon juste avec la situation ou avec les autres. C'est à ce moment-là qu'il faut utiliser les souhaits et se dire : "Pour le moment je n'ai pas la capacité d'aider les autres. Par la grâce du lama, des trois Joyaux, puissé-je trouver rapidement les moyens d'aider cette personne et d'accomplir le bienfait des êtres."
Des souhaits comme ceux-là ne sont pas lettre morte. C'est une graine qui est plantée et c'est cela qui créera les causes pour que les qualités puissent s'élever, que les qualités éveillées véritables puissent être développées, parce que ces souhaits ont été émis, ces graines ont été plantées.

Pourquoi est-il nécessaire de s'entraîner ainsi, de prendre les trois Joyaux comme support, de toujours tourner l'esprit dans le sens de l'éveil ?
Parce qu'il est un moment particulièrement difficile, que tous nous allons rencontrer, c'est le moment de la mort. Et si durant la vie, lorsque nousavons des difficultés, lorsque nous rencontrons des obstacles, etc., nous prenons cette habitude de faire des souhaits, de nous tourner vers les trois Joyaux, de prendre refuge, si cette dynamique prend place en nous et devient quelque chose de naturel et de spontané, au moment de la mort lorsque nous allons rencontrer, dans l'état intermédiaire, les difficultés et les obstacles, spontanément, automatiquement notre esprit se tournera vers les trois Joyaux; automatiquement nous feerons des souhaits pour nous-mêmes et pour les êtres et cela sera d'une aide immense; en effet, dès l'instant où, dans le bardo, nous tournons notre esprit vers les trois Joyaux, il y a l'anneau de la dévotion, et de ce fait, le crochet de compassion du lama et des trois Joyaux peut nous crocheter. Ainsi, par la force de la dévotion, nous pouvons nous libérer du cycle des existences au moment de la mort.
On comprend pourquoi cet entraînement de l'esprit très concret, très quotidien, très ordinaire est quelque chose d'important.
Si l'on désire faire des souhaits de manière formelle, il s'agit de choisir des souhaits avec lesquels on est le plus à l'aise; il n'y a pas de souhaits qui soit meilleurs que d'autres. Chaque personne à des tendances qui lui sont propres, aussi certains vont-ils plutôt faire des souhaits en rapport avec la méditation, d'autres plutôt en rapport avec l'activité, d'autres encore des souhaits pour après cette vie, etc.
Comme il existe de nombreux textes de souhaits, de longueurs variées, il suffit de choisir selon le temps dont on dispose...
Ce qui est important, lorsque l'on récite des souhaits, c'est de le faire avec énergie, d'être certain de son intention et d'être conscient de ce que l'on dit. Aussi, que vous le fassiez en tibétain ou dans votre langue maternelle, cela n'a pas d'importance, l'essentiel est de comprendre le sens des mots que vous récitez, et de les réciter du fond du coeur. En tibétain on dit, "du fond du coeur et de la moelle des os"; cela donne bien l'idée de l'état d'esprit à préserver.
C'est la régularité avec laquelle on récite des souhaits qui leur donne de l'intensité. Il n'est pas très utile de faire plein de souhaits un jour, plein de souhaits deux jours et le troisième jour plus rien, parce que l'on en a assez, et puis reprendre plus tard et puis en faire d'autres et abandonner encore, pour reprendre ensuite...
Rien ne peut vraiment prendre place de cette façon. Si on choisit des souhaits avec lesquels on se sent bien, des souhaits qui résonnent en nous, à ce moment-là il est bien de les faire quotidiennement, le matin ou le soir, à la fin de ses pratiques par exemple. Si on les récite de cette façon, tous les jours, avec confiance, prenant les trois Joyaux à témoin, alors un réel bienfait sera accompli, les causes d'éveil pour soi et pour les autres seront plantées en profondeur. Si vous pratiquez en groupe, si vous avez l'occasion de pratiquer à plusieurs, le fait de réciter ces souhaits ensemble leur donne plus de force; il en va de même que pour la méditation.
Avec les répétitions quotidiennes, il y a le danger de perdre le sens de ce que l'on récite. Peu à peu on ne pense plus à ce que l'on récite, on connaît le texte par coeur et cela devient juste du bla-bla. Il faut s'efforcer d'entretenir l'esprit de débutant, cet esprit de fraîcheur, et de se retrouver chaque fois étonné des souhaits que l'on récite, de les refaire avec cette même intensité, cette même joie d'accomplir le bienfait des autres. Et puis que cela ne nous empêche pas de faire des souhaits ponctuels, selon les circonstances que l'on rencontre. Les prières de souhait sont une chose dont on peut abuser sans risque d'overdose !
La pratique des souhaits fait partie intégrante de la pratique du dharma ; la méditation, l'activité et les souhaits forment un ensemble, l'un complète l'autre, et plus on avance sur le chemin de la méditation, plus on est à même de faire les souhaits, plus les souhaits sont forts, plus cela crée des circonstances favorables pour nous et pour les autres.
Ceci était donc une explication du sens des souhaits et de la façon de les accomplir. Peut-être avez-vous des question sur ce qui a été dit...

Peut-on faire des souhaits pour une personne en particulier, malade ou décédée ?
Un souhait peut être effectivement spécifique à une personne malade ou à une personne décédée. Toutefois, il ne faut pas confondre le souhait pour le bienfait des êtres et un souhait parce que l'on est attaché à un être ; ce sont deux choses différentes. Aussi, quand on fait des souhaits pour une personne, il faut toujours le faire avec un esprit très vaste et inclure également tous les êtres dans ce souhait.
On souhaite quelque chose pour une personne et pour les autres. Si on le fait uniquement pour une personne, c'est beaucoup trop étroit. De plus, il est dommage de perdre l'opportunité de faire des souhaits pour tous les êtres en même temps. Préserver cette conscience de tous les êtres, d'être indifférencié de tous les êtres, permet de trancher l'attachement, la saisie sur l'idée : "c'est moi qui fais les souhaits pour cette personne-là." Donc, si cette personne va mieux, on va penser : "c'est grâce à mes souhaits, je le savais." Il faut être vigilant, et lorsque l'on rencontre ce genre de tendances en soi, aller au-delà, élargir l'esprit et faire des souhaits pour tous les êtres: "puissent untel et tous les autres réaliser rapidement l'éveil".

Est-il possible de faire des souhaits pour soi-même, à son intention ?
Il ne faut pas non plus être avare de souhaits pour soi-même.
"Puissé-je être capable d'aider les autres, de les séparer de la souffrance, puissions-nous rapidement, moi et tous les êtres, réaliser l'éveil." Il ne faut pas hésiter à émettre de tels souhaits.
Dans les souhaits d'Orgyen de Gourou Rinpoché, il est dit : " Quant à moi, le yogi sur la voie, puissent mes liens initiatiques demeurer intacts et mes souhaits se réaliser. Tous ceux qui me sont liés par du bon ou du mauvais karma, puissent les Vainqueurs les garder sous leur tutelle temporairement et ultimement."
Des souhaits comme ceux-là sont vraiment bénéfiques parce qu'ils nous donnent les moyens d'aider les êtres; on crée les causes pour pouvoir les aider dans le futur.

Les souhaits peuvent-ils modifier le karma ?
Nous appartenons au monde humain. Dans cette condition d'existence, on a la possibilité de rencontrer le Dharma et de recevoir les enseignements nous permettant de comprendre notre situation. Quelle est-elle?
Ce que nous expérimentons est le fruit du karma, des actions passées, et la façon dont nous agissons maintenant crée les causes de nos expériences futures. Sur la base de cette compréhension on peut, progressivement, donner une direction juste à nos corps, parole et esprit. Pour ce faire, on met en pratique les enseignements, par l'étude, la méditation, également dans l'activité...
En intégrant à tout cela la force des souhaits, on va peu à peu modifier la direction du "vent" du karma. En ce sens les souhaits contribuent à la transformation du karma, qui n'est rien d'autre qu'une transformation intérieure.

Une fois que l'on a pris refuge, on développe l'esprit d'éveil par lequel on s'engage à revenir encore et encore pour accomplir le bienfait des êtres et, par ailleurs on fait des souhaits pour renaître en Déouatchène, ou dans une terre pure. Comment réconcilier tout ça ?
Pour commencer, il faut rappeler l'importance de faire des souhaits pour renaître en Déouatchène. Dans notre vie, nous essayons d'éviter toutes les actions nuisibles et nous nous efforçons d'accomplir le plus de bien possible. En même temps, à travers notre pratique et la confiance en Amitabha, nous faisons quotidiennement des souhaits et développons une profonde envie de nous rendre en Déouatchène. C'est grâce à cet entraînement et au renoncement qu'au moment de la mort nous pourrons nous rendre directement en la terre pure d'Amitabha.
C'est quelque chose qui est à la portée de tous, il suffit de développer une confiance authentique et de l'entretenir par la force des souhaits; nous pourrons alors utiliser le moment de la mort pour nous libérer du cycle des existences. Il existe différentes versions de ces souhaits. Il y a la courte prière que l'on retrouve à la fin du rituel de Tchènrézi, il existe une version plus longue composée par le 5e Karmapa qui se trouve dans le Trésor des Souhaits et enfin il y a la longue prière de Tchagmé Rinpoché qui existe aussi en français.
Maintenant, pour répondre plus précisément à la question, dans la méditation de Tchenrézi on dit : " ...dès que moi et tous les êtres qui me sont liés nous aurons abandonné ce corps impur, puissions-nous naître par apparition en Déouatchène. Aussitôt nés, ayant parcouru les dix terres des Bodhisattvas, puissions-nous, par des émanations, œuvrer pour le bien d'autrui dans les dix directions."
On pourrait dire que souhaiter renaître en Déouatchène, c'est faire un petit détour pour mieux revenir ! Parce qu'une fois qu'on a pris naissance dans cette terre pure, on parcourt rapidement la voie. Une fois l'éveil réalisé, on peut se manifester de façon inentravée pour accomplir le bienfait des êtres; donc, effectivement, on revient, mais par compassion et non sous l'emprise de l'ignorance et de la confusion.
Du reste, il faut également comprendre qu'accomplir le bienfait des êtres ce n'est pas uniquement se manifester dans le monde humain (cela serait le signe d'un attachement pour ce monde), mais déployer un bienfait pour toutes les classes d'existence.
Cela dépend également de l'intention. Si l'on prie en se disant "Je voudrais renaître en Déouatchène pour être libéré du samsara" ou si on se dit : "Puissé-je renaître en Déouatchène pour avoir les moyens d'accomplir le bienfait des êtres", ce sont là deux motivations fort différentes. Et au moment où l'on arrivera en Déouatchène, l'activité que l'on déploiera dépendra de la motivation de départ. L'activité de celui qui aura développé la motivation d'éveil, pour aider les êtres, sera beaucoup plus vaste et aura toute l'envergure nécessaire pour accomplir leur bienfait, spontanément.

Parfois, il est difficile de bien comprendre la motivation du souhait ; par exemple, si je souhaite faire une retraite, cela peut être teinté d'égoïsme. Alors que faut-il faire, comment peut-on déceler la présence de l'ego dans ce souhait ?
Si on a la tendance à faire une retraite, c'est bien de faire des souhaits dans ce sens et de garder cette intention à l'esprit, On peut effectivement se dire que peut-être c'est égoïste, que c'est pour fuir le monde...
Le fait de se le dire prouve que l'on en est conscient, ce qui est déjà quelque chose de positif. C'est pour cela que, dès le départ, il est dit qu'il faut encore et encore développer la vigilance pour être conscient de sa motivation. Il est nécessaire de s'observer et d'essayer de voir si ce que l'on fait, on le fait pour soi ou pour les autres. Si l'on porte ce regard honnête sur soi-même, on trouve alors la réponse et l'on peut réaffiner une motivation correcte...
Lorsque des doutes s'élèvent, ils mettent à l'épreuve la motivation et cela nous oblige à voir où nous en sommes, à poser ce regard sur nous-mêmes, sur notre pratique. Il faut rencontrer les doutes comme une instruction du lama; de cette façon on peut les dépasser et aller au-delà. Et si les doutes persistent, on prie le lama.

Est-il nécessaire d'exprimer les souhaits avec des mots, à haute voix, ou est-il suffisant de les penser fortement?
Si l'on se retrouve dans le métro ou en ville et que l'on se met à réciter des souhaits à haute et intelligible voix, on risque d'avoir des problèmes ou tout au moins de passer pour quelqu'un d'un peu bizarre. Dans de telles situations, il est préférable de les réciter mentalement. Cela a la même valeur, la même force que si on les exprime tout haut. Par contre, chez soi, quand on récite des souhaits, c'est mieux de le faire à voix haute parce que cela a pour effet de purifier les négativités accumulées par la parole.
Que ce soit la dédicace ou les souhaits, on conclut toujours par la dédicace ou les souhaits ultimes : à la fin de la récitation, on reste sans saisie sur celui qui accomplit la dédicace, sur l'objet de la dédicace et sur l'action même de dédier, on reste libre des trois cercles. On laisse l'esprit tel qu'il est, non-duel, sans tension, sans recherche... Ceci est la dédicace ultime, c'est ce qui la rend indestructible.


La science de l'esprit > Les thèmes supplémentaires > A propos des souhaits, Lama Puntso

 

contacts