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A propos
des souhaits - lama Puntso
A l'occasion des enseignements qu'il a donnés en été
1994 à Dhagpo Kagyu Ling, Shamar Rinpoché a demandé
que l'un des lamas du centre explique le sens des prières
de souhaits.
Lorsqu'on
écoute les enseignements du Bouddha, qu'on y réfléchit
et lorsqu'on les met en pratique, il faut tout d'abord développer
une motivation juste, c'est-à-dire développer les
moyens d'accomplir le bienfait de tous les êtres.
Si l'on n'établit pas cette motivation d'éveil dès
le début du chemin, cela signifie que l'on pratiquera pour
son propre bienfait seulement, ou pour avoir une bonne renaissance
dans le futur, ou pour la réputation, ou encore par orgueil
ou par jalousie, etc.
On peut avoir l'impression d'être à l'abri de telles
attitudes d'esprit, mais même si l'on a une motivation juste
au départ, les tendances et habitudes mentales sont tellement
ancrées en nous, tellement fortes, qu'elles peuvent prendre
le dessus à tout moment. C'est pourquoi il est nécessaire,
encore et encore, de réaffirmer la motivation d'éveil,
de s'en imprégner jusqu'à ce qu'elle devienne une
tendance naturelle. Pour que la pratique du Dharma devienne une
évidence, il est nécessaire de comprendre la situation
dans laquelle on se trouve : le monde et les êtres n'ont
pas l'existence qu'on leur donne.
En tibétain, la terre se dit djikten, djik veut dire destructible,
ten support. Le monde dans lequel nous vivons est un support qui
tôt ou tard disparaîtra complètement.
Nous-mêmes, les êtres qui peuplons cette Terre, à
un moment ou à un autre, allons tous mourir. Combien sommes-nous
dans cette tente?
Une petite centaine de personnes. Dans 75 ans, il n'y aura plus
personne; nous serons tous morts.
De façon plus subtile, d'instant en instant les choses
changent; le monde, les êtres, les situations... ne seront
plus les mêmes dans l'instant qui suit que dans l'instant
qui précède. Il n'y a rien qui ait une quelconque
durée, tout se modifie sans cesse. La compréhension
de cet aspect de l'impermanence nous amènera à percevoir
les phénomènes de façon plus fluide, plus
légère pourrait-on dire. Cette méditation
menée à son terme nous permet d'avoir un aperçu
de ce qu'est la vacuité, le fait que les phénomènes
n'ont pas d'existence propre.
Contempler ainsi l'impermanence, le précieux corps humain
libre et bien pourvu, la souffrance inhérente au samsara
et la loi des actes, pas seulement y réfléchir lorsqu'on
reçoit un enseignement ou lorsqu'on lit un livre, mais
consacrer un moment dans la méditation à intégrer
ces différents aspects de notre situation, nous conduit
à une évidence de la pratique.
On comprend depuis l'intérieur que la seule chose à
faire est de mettre en pratique les instructions que l'on a reçues.
La pratique n'est plus quelque chose de lourd et de difficile,
mais on arrive naturellement à la conclusion que la relation
juste avec soi-même, avec les autres et avec le monde est
une relation dharmique; notre façon de vivre sera de plus
en plus teintée par le Dharma.
La prise de refuge
Lors de la cérémonie de refuge, on reçoit
un petit carnet dans lequel il est dit que l'on doit réciter
sept fois par jour la prière du refuge. Si l'on récite
ainsi, c'est très bien. Mais si ensuite on ferme le petit
carnet et puis fini !... c'est un peu limité. Lorsqu'on
prend refuge, on doit le faire complètement, du fond du
coeur, car les trois Joyaux sont pour nous une protection authentique.
Ils sont l'aspect ultime de notre esprit, l'union de la sagesse
et de la compassion qui agissent de façon spontanée
et inentravée pour le bien des êtres. Prendre refuge,
c'est s'en remettre à ce qui est sûr, à ce
qui connaît, à ce qui ne trompe pas, à ceux
qui savent ce qui doit être fait.
Prenant refuge, on s'ouvre à cette réalité
présente en tous les êtres, à cette protection
infaillible. Cela signifie que l'on peut prendre refuge à
tout moment, pas seulement sept fois le matin ou le soir, mais
en toutes circonstances et particulièrement dans les moments
de peur, d'inquiétude, de difficulté; lorsque l'esprit
rencontre des doutes, il est important de se reconnecter avec
le lama et les trois Joyaux, de s'en remettre à la dimension
éveillée de l'esprit.
Trouver une protection pour soi-même uniquement est une
attitude trop étroite; aussi, dans un deuxième temps,
on développe l'esprit d'éveil, la bodhicitta, c'est-à-dire
le souhait d'accomplir le bienfait de tous les êtres. On
peut alors se dire : "Comment moi, qui ai déjà
des difficultés à me débrouiller avec moi-même,
pourrais-je accomplir le bienfait des autres, et de tous les êtres
de surcroît ?"
Il s'agit en fait d'avoir une vision beaucoup plus vaste. Cette
intention de départ est appelée la phase du fruit
parce qu'on va établir dans l'esprit ce que l'on désire
obtenir, en l'occurrence la capacité d'amener tous les
êtres à l'éveil. Or, si l'on n'établit
pas fermement cette motivation de base, jamais on ne pourra la
réaliser. Ce souhait de départ est l'esprit d'éveil
d'intention. A partir de cela, on met l'esprit d'éveil
en pratique, on va agir sur la base de la motivation d'éveil;
cela correspond à la phase de la cause, par notre pratique
on rassemble tout ce qui est nécessaire à l'accomplissement
du fruit qui a été conçu dès le début
du chemin. C'est l'esprit d'éveil d'application. Si la
motivation est pure, les terres et les chemins sont purs !
Le refuge et l'esprit d'éveil vont mener au corps de la
pratique dont le but est la reconnaissance de la nature de l'esprit.
Pour la réaliser, il existe de nombreuses méthodes
progressives; nous débutons par une méditation référentielle
qui nous conduit à une méditation sans support et
nous pouvons alors nous établir dans la dimension non-référentielle
de l'esprit.
Après la prise de refuge, le développement de l'esprit
d'éveil et le corps de la pratique, on en arrive à
la phase de conclusion constituée de la dédicace
et des souhaits.
La dédicace
Lorsqu'on accumule du mérite, que ce soit dans une pratique
formelle ou dans l'activité quotidienne, si on laisse ce
mérite simplement tel qu'il est, d'abord il reste très
limité, très relatif, ensuite à la première
colère que l'on aura cette activité bénéfique
sera détruite. Il est dit dans les soutras que l'on peut
accumuler du mérite durant des vies et des vies, et qu'il
suffit d'une seule colère pour tout détruire. C'est
pour cela que la dédicace est essentielle; on ne garde
pas le mérite accumulé, on l'unit à celui
qui est accumulé par tous les êtres dans les trois
temps. Afin que cette vaste accumulation soit consacrée,
on l'offre aux trois Joyaux.
De cette façon, le mérite ne nous appartient plus,
nous ne pourrons plus l'endommager, et il va continuer à
s'accroître continuellement. Le mérite que l'on dédie
est semblable à une goutte d'eau. Si on la laisse au soleil,
elle va s'évaporer rapidement. Mais si nous mélangeons
notre goutte d'eau à l'océan, il faudra faire évaporer
tout l'océan pour épuiser la goutte. C'est ça
l'idée de la dédicace. Grâce à elle,
la moindre activité positive, la récitation de quelques
"manis" par exemple, peut devenir un très grand
bienfait.
Et puis viennent les souhaits ; il en existe un très grand
nombre qui ont tous été écrits par des maîtres
accomplis. En français, il y a "Le Trésor des
Prières de Souhaits", un texte qui rassemble toute
une série de souhaits qui sont souvent récités.
Pourquoi faire des souhaits ?
Tout ce qui apparaît dans le monde, tout ce qui se manifeste,
ce que l'on expérimente, la manifestation extérieure,
intérieure n'a pas d'autre origine que l'esprit, n'est
rien d'autre que l'esprit lui-même. Cela signifie qu'avant
qu'un phénomène, quel qu'il soit, puisse apparaître
il faut d'abord qu'il soit semé dans l'esprit, que la graine,
le potentiel de ce phénomène soit établi
dans l'esprit. C'est pour cela qu'il est dit dans les textes :
"Tous les phénomènes naissent d'une intention."
Cela veut dire qu'à chaque fois que s'élève
une pensée, une intention, qu'elle soit positive ou négative,
c'est une graine qui est plantée, c'est un potentiel qui
est mis en place.
Lorsque l'on dit que positif ou négatif, c'est la même
chose, ce n'est pas tout à fait vrai. Nos tendances étant
ce qu'elles sont, quand on émet un souhait négatif,
c'est toujours un peu plus fort qu'un souhait positif parce que
les émotions de la colère, de la jalousie ou de
l'orgueil qui motivent la pensée sont en général
puissantes, bien ancrées en nous. C'est donc pour cela
qu'il faut développer une grande vigilance quand on souhaite
quelque chose, car quand on fait un souhait négatif, il
n'y a pas d'effort à faire pour qu'il soit puissant. Par
contre, lorsqu'on fait des souhaits positifs, comme c'est quelque
chose qui n'est pas nécessairement évident pour
nous, il faut y mettre de la force, de l'énergie. Plus
l'intention qui sous-tend le souhait est forte et puissante, plus
la graine qui est plantée est forte et plus le fruit sera
intense.
Lorsqu'on émet des souhaits, il y a deux attitudes possibles.
On peut se dire : "Comment mes souhaits à moi, humble
vermisseau, peuvent-ils avoir un quelconque effet sur le monde,
sur les êtres ou sur moi-même ?"
Ou bien, on peut se dire: "Attention, c'est moi que v'là,
je vais faire des souhaits et vous allez voir, ça va dégager."
On a toujours tendance à passer de l'un à l'autre,
d'un sentiment d'incapacité à un franc orgueil et
on a des difficultés à viser juste, à trouver
la bonne attitude.
En réalité, lorsqu'on fait des souhaits, il faut
toujours prendre une référence qui soit pure, c'est-à-dire
le lama et les trois Joyaux. On imagine qu'au-dessus de sa tête
ou en face de soi les trois Joyaux sont réellement présents
et on les prend à témoin des souhaits que l'on va
exprimer. Ceci garantit la pureté et l'authenticité
de ce que l'on va souhaiter, c'est ce qui va aussi donner la force
à nos souhaits.
Par exemple, les souhaits du Mahamoudra du troisième Karmapa
commencent par : "Lamas, yidams et divinités des mandalas,
bouddhas et Bodhisattvas des trois temps et des dix directions,
veuillez me considérer avec amour et m'accorder votre bénédiction
afin que mes souhaits soient exaucés."
Ces quelques vers montrent bien l'attitude d'esprit à préserver.
C'est pour cela qu'il est également très important
de faire des souhaits devant un support comme le stoupa, parce
que celui-ci est l'expression manifeste des trois Joyaux, l'expression
concrète de la pureté de l'éveil. Lorsque
l'on est face au stoupa, on imagine qu'il y a là un océan
de trois Joyaux et que c'est face à eux que l'on émet
des souhaits pour tous les êtres. Pratiquant ainsi, on n'a
plus de doute quant à l'efficacité de nos souhaits,
on ne tombe pas non plus dans le piège de l'orgueil, car
leur effet ne dépend plus de nous.
Afin de donner encore plus de force à nos souhaits, on
utilise le mérite accumulé par tous les êtres
comme carburant. On conclut les souhaits du Mahamoudra en disant
: "Par le pouvoir de toutes les vertus parfaitement pures
qui existent, puisse cette prière de moi-même et
de tous les êtres se réaliser telle quelle, parfaitement."
On prend cela comme référence parce que ce mérite
est là de toutes façons, il n'y a pas à le
créer, à l'inventer, il est comme disponible et
le fait de s'en servir comme cela donne de la force à nos
souhaits.
Ce qu'il est important de comprendre, c'est que ce n'est pas une
question de personne, de moi qui fais quelque chose. Il y a cette
dimension de l'esprit d'éveil qui fait que les trois Joyaux
sont présents, que ce mérite est présent
et on dispose de tout cela pour le bien des êtres, c'est
quelque chose de très vaste, qui ne dépend pas de
nous, de moi, de "je".
Les souhaits nous permettent en toutes circonstances d'ouvrir
la situation. Par exemple, très souvent on se trouve dans
des situations ordinaires où l'on est impuissant, où
l'on n'a pas la capacité d'aider la personne qui est en
difficulté en face de nous, ou bien on n'a pas vraiment
la possibilité d'entrer en relation de façon juste
avec la situation ou avec les autres. C'est à ce moment-là
qu'il faut utiliser les souhaits et se dire : "Pour le moment
je n'ai pas la capacité d'aider les autres. Par la grâce
du lama, des trois Joyaux, puissé-je trouver rapidement
les moyens d'aider cette personne et d'accomplir le bienfait des
êtres."
Des souhaits comme ceux-là ne sont pas lettre morte. C'est
une graine qui est plantée et c'est cela qui créera
les causes pour que les qualités puissent s'élever,
que les qualités éveillées véritables
puissent être développées, parce que ces souhaits
ont été émis, ces graines ont été
plantées.
Pourquoi
est-il nécessaire de s'entraîner ainsi, de prendre
les trois Joyaux comme support, de toujours tourner l'esprit dans
le sens de l'éveil ?
Parce qu'il est un moment particulièrement difficile, que
tous nous allons rencontrer, c'est le moment de la mort. Et si
durant la vie, lorsque nousavons des difficultés, lorsque
nous rencontrons des obstacles, etc., nous prenons cette habitude
de faire des souhaits, de nous tourner vers les trois Joyaux,
de prendre refuge, si cette dynamique prend place en nous et devient
quelque chose de naturel et de spontané, au moment de la
mort lorsque nous allons rencontrer, dans l'état intermédiaire,
les difficultés et les obstacles, spontanément,
automatiquement notre esprit se tournera vers les trois Joyaux;
automatiquement nous feerons des souhaits pour nous-mêmes
et pour les êtres et cela sera d'une aide immense; en effet,
dès l'instant où, dans le bardo, nous tournons notre
esprit vers les trois Joyaux, il y a l'anneau de la dévotion,
et de ce fait, le crochet de compassion du lama et des trois Joyaux
peut nous crocheter. Ainsi, par la force de la dévotion,
nous pouvons nous libérer du cycle des existences au moment
de la mort.
On comprend pourquoi cet entraînement de l'esprit très
concret, très quotidien, très ordinaire est quelque
chose d'important.
Si l'on désire faire des souhaits de manière formelle,
il s'agit de choisir des souhaits avec lesquels on est le plus
à l'aise; il n'y a pas de souhaits qui soit meilleurs que
d'autres. Chaque personne à des tendances qui lui sont
propres, aussi certains vont-ils plutôt faire des souhaits
en rapport avec la méditation, d'autres plutôt en
rapport avec l'activité, d'autres encore des souhaits pour
après cette vie, etc.
Comme il existe de nombreux textes de souhaits, de longueurs variées,
il suffit de choisir selon le temps dont on dispose...
Ce qui est important, lorsque l'on récite des souhaits,
c'est de le faire avec énergie, d'être certain de
son intention et d'être conscient de ce que l'on dit. Aussi,
que vous le fassiez en tibétain ou dans votre langue maternelle,
cela n'a pas d'importance, l'essentiel est de comprendre le sens
des mots que vous récitez, et de les réciter du
fond du coeur. En tibétain on dit, "du fond du coeur
et de la moelle des os"; cela donne bien l'idée de
l'état d'esprit à préserver.
C'est la régularité avec laquelle on récite
des souhaits qui leur donne de l'intensité. Il n'est pas
très utile de faire plein de souhaits un jour, plein de
souhaits deux jours et le troisième jour plus rien, parce
que l'on en a assez, et puis reprendre plus tard et puis en faire
d'autres et abandonner encore, pour reprendre ensuite...
Rien ne peut vraiment prendre place de cette façon. Si
on choisit des souhaits avec lesquels on se sent bien, des souhaits
qui résonnent en nous, à ce moment-là il
est bien de les faire quotidiennement, le matin ou le soir, à
la fin de ses pratiques par exemple. Si on les récite de
cette façon, tous les jours, avec confiance, prenant les
trois Joyaux à témoin, alors un réel bienfait
sera accompli, les causes d'éveil pour soi et pour les
autres seront plantées en profondeur. Si vous pratiquez
en groupe, si vous avez l'occasion de pratiquer à plusieurs,
le fait de réciter ces souhaits ensemble leur donne plus
de force; il en va de même que pour la méditation.
Avec les répétitions quotidiennes, il y a le danger
de perdre le sens de ce que l'on récite. Peu à peu
on ne pense plus à ce que l'on récite, on connaît
le texte par coeur et cela devient juste du bla-bla. Il faut s'efforcer
d'entretenir l'esprit de débutant, cet esprit de fraîcheur,
et de se retrouver chaque fois étonné des souhaits
que l'on récite, de les refaire avec cette même intensité,
cette même joie d'accomplir le bienfait des autres. Et puis
que cela ne nous empêche pas de faire des souhaits ponctuels,
selon les circonstances que l'on rencontre. Les prières
de souhait sont une chose dont on peut abuser sans risque d'overdose
!
La pratique des souhaits fait partie intégrante de la pratique
du dharma ; la méditation, l'activité et les souhaits
forment un ensemble, l'un complète l'autre, et plus on
avance sur le chemin de la méditation, plus on est à
même de faire les souhaits, plus les souhaits sont forts,
plus cela crée des circonstances favorables pour nous et
pour les autres.
Ceci était donc une explication du sens des souhaits et
de la façon de les accomplir. Peut-être avez-vous
des question sur ce qui a été dit...
Peut-on
faire des souhaits pour une personne en particulier, malade ou
décédée ?
Un souhait peut être effectivement spécifique à
une personne malade ou à une personne décédée.
Toutefois, il ne faut pas confondre le souhait pour le bienfait
des êtres et un souhait parce que l'on est attaché
à un être ; ce sont deux choses différentes.
Aussi, quand on fait des souhaits pour une personne, il faut toujours
le faire avec un esprit très vaste et inclure également
tous les êtres dans ce souhait.
On souhaite quelque chose pour une personne et pour les autres.
Si on le fait uniquement pour une personne, c'est beaucoup trop
étroit. De plus, il est dommage de perdre l'opportunité
de faire des souhaits pour tous les êtres en même
temps. Préserver cette conscience de tous les êtres,
d'être indifférencié de tous les êtres,
permet de trancher l'attachement, la saisie sur l'idée
: "c'est moi qui fais les souhaits pour cette personne-là."
Donc, si cette personne va mieux, on va penser : "c'est grâce
à mes souhaits, je le savais." Il faut être
vigilant, et lorsque l'on rencontre ce genre de tendances en soi,
aller au-delà, élargir l'esprit et faire des souhaits
pour tous les êtres: "puissent untel et tous les autres
réaliser rapidement l'éveil".
Est-il
possible de faire des souhaits pour soi-même, à son
intention ?
Il ne faut pas non plus être avare de souhaits pour soi-même.
"Puissé-je être capable d'aider les autres,
de les séparer de la souffrance, puissions-nous rapidement,
moi et tous les êtres, réaliser l'éveil."
Il ne faut pas hésiter à émettre de tels
souhaits.
Dans les souhaits d'Orgyen de Gourou Rinpoché, il est dit
: " Quant à moi, le yogi sur la voie, puissent mes
liens initiatiques demeurer intacts et mes souhaits se réaliser.
Tous ceux qui me sont liés par du bon ou du mauvais karma,
puissent les Vainqueurs les garder sous leur tutelle temporairement
et ultimement."
Des souhaits comme ceux-là sont vraiment bénéfiques
parce qu'ils nous donnent les moyens d'aider les êtres;
on crée les causes pour pouvoir les aider dans le futur.
Les souhaits
peuvent-ils modifier le karma ?
Nous appartenons au monde humain. Dans cette condition d'existence,
on a la possibilité de rencontrer le Dharma et de recevoir
les enseignements nous permettant de comprendre notre situation.
Quelle est-elle?
Ce que nous expérimentons est le fruit du karma, des actions
passées, et la façon dont nous agissons maintenant
crée les causes de nos expériences futures. Sur
la base de cette compréhension on peut, progressivement,
donner une direction juste à nos corps, parole et esprit.
Pour ce faire, on met en pratique les enseignements, par l'étude,
la méditation, également dans l'activité...
En intégrant à tout cela la force des souhaits,
on va peu à peu modifier la direction du "vent"
du karma. En ce sens les souhaits contribuent à la transformation
du karma, qui n'est rien d'autre qu'une transformation intérieure.
Une fois
que l'on a pris refuge, on développe l'esprit d'éveil
par lequel on s'engage à revenir encore et encore pour
accomplir le bienfait des êtres et, par ailleurs on fait
des souhaits pour renaître en Déouatchène,
ou dans une terre pure. Comment réconcilier tout ça
?
Pour commencer, il faut rappeler l'importance de faire des souhaits
pour renaître en Déouatchène. Dans notre vie,
nous essayons d'éviter toutes les actions nuisibles et
nous nous efforçons d'accomplir le plus de bien possible.
En même temps, à travers notre pratique et la confiance
en Amitabha, nous faisons quotidiennement des souhaits et développons
une profonde envie de nous rendre en Déouatchène.
C'est grâce à cet entraînement et au renoncement
qu'au moment de la mort nous pourrons nous rendre directement
en la terre pure d'Amitabha.
C'est quelque chose qui est à la portée de tous,
il suffit de développer une confiance authentique et de
l'entretenir par la force des souhaits; nous pourrons alors utiliser
le moment de la mort pour nous libérer du cycle des existences.
Il existe différentes versions de ces souhaits. Il y a
la courte prière que l'on retrouve à la fin du rituel
de Tchènrézi, il existe une version plus longue
composée par le 5e Karmapa qui se trouve dans le Trésor
des Souhaits et enfin il y a la longue prière de Tchagmé
Rinpoché qui existe aussi en français.
Maintenant, pour répondre plus précisément
à la question, dans la méditation de Tchenrézi
on dit : " ...dès que moi et tous les êtres
qui me sont liés nous aurons abandonné ce corps
impur, puissions-nous naître par apparition en Déouatchène.
Aussitôt nés, ayant parcouru les dix terres des Bodhisattvas,
puissions-nous, par des émanations, uvrer pour le
bien d'autrui dans les dix directions."
On pourrait dire que souhaiter renaître en Déouatchène,
c'est faire un petit détour pour mieux revenir ! Parce
qu'une fois qu'on a pris naissance dans cette terre pure, on parcourt
rapidement la voie. Une fois l'éveil réalisé,
on peut se manifester de façon inentravée pour accomplir
le bienfait des êtres; donc, effectivement, on revient,
mais par compassion et non sous l'emprise de l'ignorance et de
la confusion.
Du reste, il faut également comprendre qu'accomplir le
bienfait des êtres ce n'est pas uniquement se manifester
dans le monde humain (cela serait le signe d'un attachement pour
ce monde), mais déployer un bienfait pour toutes les classes
d'existence.
Cela dépend également de l'intention. Si l'on prie
en se disant "Je voudrais renaître en Déouatchène
pour être libéré du samsara" ou si on
se dit : "Puissé-je renaître en Déouatchène
pour avoir les moyens d'accomplir le bienfait des êtres",
ce sont là deux motivations fort différentes. Et
au moment où l'on arrivera en Déouatchène,
l'activité que l'on déploiera dépendra de
la motivation de départ. L'activité de celui qui
aura développé la motivation d'éveil, pour
aider les êtres, sera beaucoup plus vaste et aura toute
l'envergure nécessaire pour accomplir leur bienfait, spontanément.
Parfois,
il est difficile de bien comprendre la motivation du souhait ;
par exemple, si je souhaite faire une retraite, cela peut être
teinté d'égoïsme. Alors que faut-il faire,
comment peut-on déceler la présence de l'ego dans
ce souhait ?
Si on a la tendance à faire une retraite, c'est bien de
faire des souhaits dans ce sens et de garder cette intention à
l'esprit, On peut effectivement se dire que peut-être c'est
égoïste, que c'est pour fuir le monde...
Le fait de se le dire prouve que l'on en est conscient, ce qui
est déjà quelque chose de positif. C'est pour cela
que, dès le départ, il est dit qu'il faut encore
et encore développer la vigilance pour être conscient
de sa motivation. Il est nécessaire de s'observer et d'essayer
de voir si ce que l'on fait, on le fait pour soi ou pour les autres.
Si l'on porte ce regard honnête sur soi-même, on trouve
alors la réponse et l'on peut réaffiner une motivation
correcte...
Lorsque des doutes s'élèvent, ils mettent à
l'épreuve la motivation et cela nous oblige à voir
où nous en sommes, à poser ce regard sur nous-mêmes,
sur notre pratique. Il faut rencontrer les doutes comme une instruction
du lama; de cette façon on peut les dépasser et
aller au-delà. Et si les doutes persistent, on prie le
lama.
Est-il
nécessaire d'exprimer les souhaits avec des mots, à
haute voix, ou est-il suffisant de les penser fortement?
Si l'on se retrouve dans le métro ou en ville et que l'on
se met à réciter des souhaits à haute et
intelligible voix, on risque d'avoir des problèmes ou tout
au moins de passer pour quelqu'un d'un peu bizarre. Dans de telles
situations, il est préférable de les réciter
mentalement. Cela a la même valeur, la même force
que si on les exprime tout haut. Par contre, chez soi, quand on
récite des souhaits, c'est mieux de le faire à voix
haute parce que cela a pour effet de purifier les négativités
accumulées par la parole.
Que ce soit la dédicace ou les souhaits, on conclut toujours
par la dédicace ou les souhaits ultimes : à la fin
de la récitation, on reste sans saisie sur celui qui accomplit
la dédicace, sur l'objet de la dédicace et sur l'action
même de dédier, on reste libre des trois cercles.
On laisse l'esprit tel qu'il est, non-duel, sans tension, sans
recherche... Ceci est la dédicace ultime, c'est ce qui
la rend indestructible.
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