Le Gyalwa Karmapa
Tradition et Actualité

Activité du 17ème Gyalwa Karmapa dans le monde

D'après un article paru dans " The week".
Traduit par le bureau de presse européen du Gyalwa Karmapa, Dhagpo Kagyu Ling, Décembre 2001.

L’apôtre de la paix.

Religion : le 17ème Karmapa Trinley Thaye Dorje adresse une fin de non recevoir à la politique

Par Vijaya Pushkarna – Lumbini.

Les affaires politiques bouddhistes ont été reléguées au second plan à l’occasion de l’inauguration, par le 17ème Karmapa Trinley Thaye Dorje, du monastère Choeling Drubgyud de Lumbini – Népal – lieu de naissance du Bouddha. La controverse quant à l’authenticité du 17ème Karmapa - Trinley Thaye, qui réside au Sikkim ou Urgyen Trinley Dorje qui vit à Himachal Pradesh - a été temporairement oubliée, alors que la foule se pressait pendant des heures pour recevoir la bénédiction de Trinley Thaye. Le 17ème Karmapa, âgé de 18 ans, a assumé sa tâche avec aplomb pendant 48 heures, à la grande satisfaction des bouddhistes karma kagyu venus du monde entier. Les non-tibétains virent en lui le 16ème Karmapa dont il est la présente réincarnation.
Trinley Thaye a offert les " prières de souhaits " de Badra Charya et du Mahamoudra dans le bois de Lumbini, juste en face du lieu de naissance du Bouddha Gautama et a adressé au monde un message de paix au cours de son unique allocution.

" En ses temps troublés, il est plus que jamais nécessaire de porter un message de paix et de tolérance " déclare Trinley Thaye Dorje. " Notre objectif est de promouvoir la paix, l’amitié entre les peuples et la tolérance les uns à l’égard des autres. "

" Il a parlé comme le 16ème Karmapa " souligne un bouddhiste danois " Il a toujours mis en garde contre le mélange du dharma et de la politique. Un Karmapa ne devrait pas s’impliquer autant dans la politique comme le fait Urgyen Trinley Dorje. Je ne comprends pas pourquoi les gens qui ont reconnu Trinley Thaye Dorje comme le 17ème Karmapa ont été persécutés. Nous n’avons jamais entendu un mot de politique dans sa bouche. Il invite d’ailleurs à s’en tenir à distance. "

L’homme d’affaires, le Dr C.H.S. Tai et son épouse Hazel, familiers des hauts lieux bouddhistes népalais et indiens, n’ont aucun doute sur le fait que Trinley Thaye soit la réincarnation du 16ème Karmapa. " En Malaisie, la grande majorité pense qu’il est le Karmapa " affirme Tai. Gilbert Sim, aiguilleur du ciel pour Singapour Airlines : " Je crois que Sitou Rinpoché a découvert Urgyen Trinley pour servir les intérêts chinois. "

Quelques bouddhistes à l’étranger qui se tiennent à distance de la politique ont fait le choix de Trinley Thaye (il faut se rappeler que le Dalai Lama et le gouvernement tibétain en exil ne se sont pas prononcés en sa faveur).

" Nous rencontrons des bouddhistes qui suivent sans discuter tout ce qu’affirme le Dalaï Lama ; mais on ne parle pas des Karmapas " dit Gilbert " Des scissions sont apparues dans les centres bouddhistes : ils ont leurs centres et nous avons les nôtres. Le Karmapa Trinley Thaye nous recommande de ne pas faire de politique. "

Shangpa Rinpoché, supérieur de l’institut bouddhiste Vikramshila – Népal – reconnaît que les fidèles sont divisés.  " Ils sont troublés à cause des interférences politiques ; elles conduisent à la propagande, source de confusion pour les esprits simples. Chaque Karmapa a les accomplissements spirituels de son prédécesseur et c’est cette dimension spirituelle qui rend le Karmapa si important ; et non la reconnaissance politique de sa réincarnation. Le Karmapa est entre le Bouddha et les êtres. Son devoir est de diffuser les enseignements du Bouddha et non de s’engager dans la politique. "

Le fait que le Dalai Lama soutienne Urgyen Trinley n’a pas été accueilli favorablement par les bouddhistes non-tibétains. Il n’a pas été invité à la célébration du 21 novembre. " Nous respectons le Dalai Lama mais chaque monastère a son propre chef de lignée " précise Shangpa Rinpoché. "  Il s’agit d’une cérémonie religieuse auquel le Dalai Lama n’a pas besoin d’être convié. Néanmoins, en tant que marque de respect, nous avons ici son portrait " (Le Dalai Lama n’appartient pas en effet à la lignée Karma Kagyu.) " Le Dalai Lama a un rôle spirituel dans la lignée Gelupa, mais il est aussi le chef politique des tibétains ; Chaque tibétain le respecte à la fois comme une haute personnalité politique et comme un homme spirituel ".

Mais les fidèles sont beaucoup plus critiques : " Le Dalai Lama n’est d’aucune importance " dit un disciple japonais " Il appartient à une autre lignée (les gelupas). La controverse des Karmapas doit être résolue au sein de la lignée Karma Kagyu. "

Khenpo Chodrak Tenphel Rinpoché, directeur du Karmapa International Buddhist Institute de Dehli, estime que le Dalai Lama a agi de façon partisane dans cette controverse : " La Chine a désigné Urgyen Trinley Dorje, en faisant fi des traditions religieuses de la lignée Karma Kagyu. Dans un deuxième temps, Le Dalai Lama a confirmé ce choix pour servir ses propres visées politiques. "

Il apparaît clairement que Trinley Thaye sort de l’ombre jetée par son prétendant rival, sans prononcer la moindre parole contre ce dernier ni contre le Dalai Lama. Néanmoins, la controverse se poursuit…

Interview du Gyalwa Karmapa Trinley Thaye Dordje :

A 11 ans, Trinley Thaye Dorje a été officiellement reconnu comme le Gyalwa Karmapa par Kunzig Shamarpa Rinpoché, le deuxième plus haut lama de la lignée Karma Kagyu du bouddhisme tibétain. La controverse introduite par le troisième plus haut lama de la lignée, Sitou Rinpoché, alors qu’il présentait Urgyen Trinley Dorje comme le Karmapa, ne semble pas avoir affecté Trinley Thaye. Néanmoins, il n’aime pas en discuter. Confiant et s’exprimant avec aisance, il considère que les gens doivent reconnaître le Karmapa authentique à travers ses actes. Interrogé sur son attitude s’il rencontrait le Dalai Lama ou Sitou Rinpoché, il répond sans hésiter qu’il leur manifesterait le respect qu’il leur est dû.

Comment se déroule votre formation ?

Avant même d’être reconnu comme Karmapa, j’étudiais déjà le bouddhisme et la philosophie. Maintenant, je m’y consacre d’une façon beaucoup plus intensive, particulièrement en ce qui concerne les rituels Karma Kagyu. Je ne vais pas dans une école classique. J’ai commencé à apprendre l’anglais quand je suis arrivé en Inde (en provenance du Tibet). Le but est de me préparer à mon rôle de Karmapa. J’apprends également le français, ainsi que d’autres langues occidentales, afin de pouvoir éventuellement me passer de traducteur. Par ailleurs, j’étudie l’histoire, la géographie, les sciences et les mathématiques.

La compagnie des garçons de votre âge vous manque t’elle ?

Oui, parfois. Mais j’ai de grandes responsabilités. La façon dont j’ai été éduqué laisse très peu de place aux distractions. Je lis également beaucoup.

Que lisez-vous ?

Toutes sortes de livres… et même des bandes dessinées et de la science fiction ! J’aime aussi regarder des films à la télévision, quand j’ai un peu de temps.

Quels sont vos films ou programmes préférés ?

J’ai beaucoup aimé " La Guerre des Etoiles ".

Qu’est ce qui attire l’Occident vers le bouddhisme ?

Les occidentaux mènent des vies trépidantes et sont à la recherche de la paix de l’esprit. Ils se tournent alors vers le bouddhisme car, en pratiquant le dharma dans la tradition karma kagyu, ils trouvent cette paix intérieure. La méditation les aide à développer une perception plus claire de la vie.

Quelle est la plus grande difficulté que les gens rencontrent de nos jours ?

La souffrance est partout dans le monde. Il y a beaucoup de violence et elle ne cesse de s’accroître jour après jour.

Quelle réponse apporte alors le bouddhisme ?

Le pratiquant bouddhiste apprend à y faire face, à s’y confronter. Mais, compte tenu de la situation actuelle, il doit pratiquer le dharma avec encore plus de détermination. C’est bon pour son corps et son esprit ; la méditation est comme une impulsion pour aller toujours plus avant.

Le bouddhisme prend différent aspects en fonction des pays.

C’est un point essentiel du bouddhisme. Les pratiquants du monde entier comprennent le dharma en fonction de ce qu’ils sont. Ils ont également des manières spécifiques de l’enseigner.

Sont-ils toujours fidèles aux textes originaux du Bouddha ?

Oui ; les enseignements et le but restent identiques ; ce ne sont que les chemins pour y parvenir qui diffèrent.

A quoi ressemble pour vous une journée " normale " ?

Je me lève à 6 heures 30 et commence la journée par la méditation. De 8 à 11 heures, j’étudie les écritures tibétaines, la philosophie, le dharma, les enseignements du Bouddha, ainsi que les maths, l’histoire et la géographie. Je reçois les visiteurs de 11 heures à 13 heures, puis je prends mon déjeuner. De 13 heures à 15 heures, je me consacre à mon travail personnel puis je médite pendant une heure. Ensuite, je fais une pause d’une heure et demi, suivie d’une courte puja. Enfin, avant d’aller me coucher, je médite à nouveau.

Trouvez vous du temps pour les loisirs, la télévision , le cinéma ?

Oui, quand j’ai du temps libre, principalement le week-end.

Etes vous en contact avec votre famille ?

Bien sûr. Ils vivent en Inde. Je les vois quand je vais à Delhi. Je les retrouve en tant que fils, et non en tant que Karmapa.

Voyagez vous beaucoup ?

Oui. Je me suis rendu à Taiwan, Singapour, en Malaisie, en France, en Espagne et en Allemagne. J’aime voyager, mais, pour le moment, je me consacre entièrement à mes études.

Comment la controverse sur les deux Karmapas affecte les gens ?

C’est difficile pour la plupart des personnes. C’est source de beaucoup de confusion. Je leur conseille de poursuivre leur pratique du dharma ; la controverse ne devant pas être un obstacle. Ce n’est pas la première fois qu’une telle chose arrive et cela se reproduira à l’avenir. Si les gens se focalisent dessus, ils ne s’en sortiront pas. Il faut qu’ils aillent de l’avant.

Quel est votre message aux pratiquants bouddhistes ?

Poursuivez avec constance votre pratique spirituelle, suivez les enseignements du Bouddha et attachez vous à faire le bien.

Traduit par le bureau de presse européen du Gyalwa Karmapa, Dhagpo Kagyu Ling,
Décembre 2001.


 

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