Le Gyalwa Karmapa
Tradition et Actualité

Activité du 17ème Gyalwa Karmapa dans le monde

Histoire de la reconnaissance du 17ème Gyalwa karmapa
Par le 14ème Kunzig Shamarpa
(Rédigé en septembre 1999)

14ème Kunzig Shamar RinpochéLe 17ème Karmapa, Thinley Thayé Dordjé, naquit en 1983 dans l’année du cochon. Il est le fils aîné du 3ème Mipham Rinpoché de l’école Nyingmapa du bouddhisme tibétain.

Le père du 17ème Karmapa, la 3ème réincarnation du premier Mipham Rinpoché, est à la tête de treize monastères Nyingmapas dans la région du Kham au Tibet et descend depuis plusieurs générations de docteurs et d’érudits en médecine. Sa mère Détchen Wangmo, est fille d’une famille noble descendant du roi Guésar de ling.

Dans sa jeunesse, le 3ème Mipham Rinpoché échappa au destin qui s’abattit sur de nombreux tibétains et qui les empêcha de pouvoir pratiquer leur religion sous la domination communiste chinoise. Son maître trouva un endroit caché dans les montagnes où, depuis sa plus tendre enfance, ils purent continuellement pratiquer le dharma. En 1982, après un assouplissement général des mesures gouvernementales concernant les restrictions des pratiques religieuses, Mipham Rinpoché se rendit à Lhassa pour prendre part à la reconstruction des institutions et aux pratiques religieuses. En raison de ses bonnes relations avec le Panchen Lama, ses activités furent particulièrement réussies.
Au début des années 80, le yidam de Mipham Rinpoché (divinité personnelle du bouddhisme vajrayana), lui prédit que s’il prenait une épouse, il aurait plusieurs fils qui seraient de grands bodhisattvas. Le lendemain un groupe de pélerins arrivant du Kham vinrent le voir, parmi eux se trouvait Détchen Wangmo. Il vit qu’elle était humble, douce et une pratiquante accomplie de Chakrasambara. Quand il lui proposa le mariage, elle accepta immédiatement.

En tant que mari et femme, ils s’établirent dans un appartement loué à une vieille dame dans le quartier Bakhor de Lhassa dans la même rue qui entoure les trois quarts du fameux temple Jokhang. Un fils fut issu du mariage en 1983. A l’âge de deux ans et demi, le jeune garçon commençait à dire aux gens qu’il était le Karmapa. Il se trouvait que la dame propriétaire était une parente éloignée du précédent 16ème Karmapa, et qu’elle l’avait rencontré avant sa fuite du Tibet en 1959. Il lui dit: «Avant de mourir, tu me rencontreras à nouveau». En raison du comportement exceptionnel du garçon, elle fut convaincue qu’il s’agissait du Karmapa en personne. Ressentant une grande dévotion, elle mit gracieusement l’appartement à la disposition de la famille. Cependant, Mipham Rinpoché resta silencieux au sujet de son fils, espérant qu’il s’agissait de la réincarnation d’un grand maître Nyingmapa, Katog Sitou Rinpoché.

Les parents du 17ème Karmapa, la 3ème réincarnation du premier Mipham Rinpotché et sa mère Détchen WangmoUn jour du début de l’année 1985, alors que Ngorpa Lagen, un vieil et humble lama Sakya, circumanbulait le temple du Jokhang, en suivant la rue qui l’entoure, il remarqua le visage blanc et éclatant d’un petit garçon qui regardait par la fenêtre d’une maison privée. Poussé par la curiosité, il s’approcha de la fenêtre et le jeune garçon dit : «Ne savez-vous pas que je suis le Karmapa ? ». Sans considérer ce qu’il y avait de sérieux derrière ces mots simples, Ngorpa Lagen répondit : «Si tu l’es, alors donne moi une bénédiction». Le garçon étendit les bras et toucha le lama. Le lama expliqua qu’il ressentit instantanément quelque chose de comparable aux états de post-méditation, où le calme profond et une qualité d’expansion prennent le pas sur toutes formes d’émotions grossières.

Quelques jours après cette bénédiction, le lama Sakya ainsi qu’un groupe de pèlerins qui étaient arrivés de son pays d’origine, se rendit auprès de Mipham Rinpoché pour déterminer où leur prochain pèlerinage devrait les conduire. Il remarqua que le jeune garçon qui l’avait béni auparavant, était en train de jouer seul dans un coin. Mipham Rinpoché demanda au groupe de visiteur, combien de famille comptaient-ils. Quand ils répondirent sept, le jeune garçon accourut de son coin et dit: «Huit !» Ils furent obligés de compter à nouveau. Lorsqu’ils réalisèrent que le garçon avait raison, le lama raconta qu’il eut la chair de poule, et qu’il fut si bouleversé et ému; qu’il put difficilement cacher sa réaction.

Plus tard durant son pèlerinage, vers la fin de l’année 1985 ; Ngorpa Lagen se rendit à Katmandou au Népal où il prit part à un grand rassemblement annuel de prières et de récitations dirigé par Lama Shérab Rinpoché, un disciple du précédent Karmapa. Les deux lamas furent rapidement présentés, et Ngorpa Lagen commença à raconter sa rencontre avec le jeune garçon à Bakhor. Sur ce, Lama Shérab Rinpoché et son serviteur Tcheupel Zangpo partirent pour le monastère de Tsourphou, mais ils s’arrêtèrent d’abord à Lhassa pour rendre visite à Mipham Rinpoché. Quand ils arrivèrent, le garçon n’était pas avec son père, alors Lama Shérab Rinpoché demanda, s’il était néanmoins possible de le voir. Lorsqu’il arriva, il s’assit calmement auprès de son père, mais de temps en temps, il regardait les invités et souriait avec un amusement évident. Lorsque Lama Shérab Rinpoché questionna Mipham Rinpoché à propos de sa femme, celui-ci répondit qu’elle faisait une retraite de Chakrasamvara. Lama Shérab raconta que durant le cours de la conversation, il commença à trembler sans pouvoir s’arrêter. Après leur départ, son serviteur lui dit immédiatement que quelque chose d’étrange lui était arrivé durant la conversation, et c’était exactement ce que Lama Shérab avait lui-même ressenti.

Cette histoire me fut d’abord raconté en 1987 par Lama Shérab Rinpoché et les circonstances correspondaient avec ce que l’on m’avait rapporté de Lhassa auparavant. En 1986, Chobgyé Trichen Rinpoché m’avait alerté à propos du fils de Mipham Rinpoché et m’avait montré une photo du jeune garçon. En 1988, j’entrepris indépendamment mes propres investigations afin de déterminer si le fils de Mipham Rinpoché était le véritable Karmapa. D’abord je demandais à séchou Rinpoché qui se rendait au Tibet en tant que membre d’une délégation gouvernementale népalaise, d’obtenir plus d’informations à propos du jeune garçon durant sa visite. Ensuite je dépêchais un lama à Lhassa afin d’examiner le garçon plus directement. Au premier instant de leur rencontre, le garçon dit au lama qu’il était envoyé pour enquêter à son sujet. Les résultats de tous ces rapports et enquêtes m’incitèrent à entrer en retraite de longue durée en juillet 1988, alors que je confirmais que le garçon était en effet la réincarnation du 17ème Karmapa.

En dépit de ma conviction personnelle qu’il s’agissait bien du Karmapa, le temps de faire une déclaration officielle n’était pas venu. Cependant, au début de l’année 1991, lors de l’inauguration du monastère de Karma Kagyu construit par Shangpa Rinpoché à Phokara, à laquelle assistait Dhazang Rinpoché, Shangpa Rinpoché et des centaines de lamas, ainsi que plus de quatre milles tibétains, j’annonçais que le Tibet serait probablement le pays de la prochaine réincarnation du Karmapa; que la prière pour le prompt retour du 16ème Karmapa devait être changé en prière de longue vie et que le nom choisi pour le dix-septième Karmapa était Thayé Dordjé. La conclusion que l’on pouvait à l’évidence en tirer était, que j’avais effectivement confirmé la réincarnation du 17ème Karmapa.

Karmapakshi, le 2ème KarmapaKarmapakshi, le 2ème Karmapa, dans son ouvrage ésotérique (sangwai namthar) appelé «dugpa tsarchod», prédit la renaissance de vingt et un Karmapas, et donna ou prédit le nom de chacune de ces renaissances. Le nom du 18ème Karmapa est Thayé Dordjé. Cependant le 5èmeKarmapa prédit également: «Ma lignée faiblira au moment du 16ème ou du 17ème Karmapa». Apparemment, la prédiction de Karmapakshi ne correspond pas avec la reconnaissance et le nom de Thayé Dordjé que je donne au 17ème Karmapa. Toutefois cette contradiction apparente peut être facilement expliquée. Tout le monde sait que la réincarnation du 14ème Karmapa ne vécut que trois ans et ne fut jamais intronisée ; ainsi de façon officielle, on ne compte pas la 15ème réincarnation comme étant le 15ème Karmapa. Donc, il s’ensuit que la 16ème réincarnation du Karmapa devient le 15ème Karmapa d’après le nombre d’intronisations. En d’autres termes, les prédictions de Karmapakshi et du 5ème Karmapa concernant l’affaiblissement sa lignée au moment de la 16ème ou de la 17ème réincarnation, fait référence à la différence entre le nombre des renaissances et celui des intronisations causée par la mort prématurée de la 15ème réincarnation. La prédiction de Karmapakshi à propos du nom de Thayé Dordjé donné au 17ème Karmapa s’avère correcte étant donné que la 17ème Karmapa à être intronisé, est la 18ème réincarnation.

Mon annonce faite à Phokara a provoqué sans aucun doute beaucoup d’émois, mais aussi beaucoup de commentaires. Cela poussa également Lama Shérab Rinpoché à venir me voir immédiatement à Katmandou et à me montrer un poème écrit sur un morceau de papier. Une personne sainte et très âgée nommée Lopeun Kunjang Rinpoché, décédé avant 1991, avait donné ce papier à Lama Shérab Rinpoché dans la plus grande confidence en 1983, à l’occasion de l’une de nombreuses visites qu’il rendait à Lopeun Kunjang Rinpoché qui était alors en retraite dans les montagnes de Rinag au Sikkim. L’origine littéraire exacte du poème est encore incertaine. D’après Shérab Gyaltsen Rinpoché, le chef spirituel de la communauté Trichenbale des Manangs au Népal, Lopeun Kunjang Rinpoché disait qu’il y a deux sources possibles. La première est le texte ancien appelé «Les trésors du yogi Zilon Lingpa» (il appartient à l’école Nyingmapa du bouddhisme tibétain).La deuxième source possible du poème est attribuée au précédent Dudjom Rinpoché quand il effectua une poudja spéciale de gourou Padmasambhava à Kalimpong dans les années soixante. Le poème contient les quatre vers suivants :

Dza yi yul du khyer na ki yi drong
Dans la région de Dza (se trouve) la ville de Ki
Lhamo norbu dzin pe
La déesse, dévi (appelée) Norbou dzinpa
(la détentrice du joyau qui exauce tous les souhaits)
Ser ngal du khailash yi chuld ly
En son sein, de par la nourriture du (mont) Khailash
Yong smin pe Thayé Dordjé drowe pal du shar
à sa complète maturité Thayé Dordjé (pour) le bienfait des êtres apparaîtra.

Le sens de ce poème est par lui-même largement évident. Les références du premier vers à Dza et Ki désignent les lieux de naissance du 3ème Mipham Rinpoché et de Détchen Wangmo son épouse, et mère du 17ème Karmapa. L’allusion au mont Khailash fait référence à Détchen Wangmo qui est une pratiquante des tantras. La pratique de Chakrasamvara est sa pratique principale, et dans l’univers tantrique, le mont Khailash est le mandala de Chakrasamvara.

Immédiatement après que le Karmapa Thayé Dordjé et sa famille aient pu fuir le Tibet pour le Népal en mars 1994, le jeune Karmapa vint à New-delhi où durant une cérémonie de bienvenue, je le reconnus formellement en tant que 17ème Karmapa. En novembre 1996, il entra dans la sangha en recevant les voeux de refuge du Bouddha lors d’une grande cérémonie qui eut lieu dans le temple de Bodhgaya. On lui donna le nom de Trinley (signifiant l’activité du Bouddha) Thayé (sans limite) Dordjé (immuable).

A la lumière de cette relation des faits, il doit être clair que l’identification et la reconnaissance que j’ai faite du 17ème Karmapa Thinley Thayé Dordjé s’est déroulée dans le respect de la tradition Karma Kagyu plusieurs fois centenaire. Ce fut une action spirituellement pure.

septembre 1999

 

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